Module 4: Qu'est-ce-que lire? -D. PASCO


Les ateliers de lecture de la Section Clinique sont nés l’année dernière, cette matinée est l’occasion de vous en présenter leur fonctionnement.

L’atelier se situe au moment de conclure la journée, deux participants volontaires, à chaque date, prennent la parole à partir de la lecture d’un texte qu’ils auront pris le temps de travailler. Ces fragments de textes sont choisis parmi une liste établie au regard du thème de l’année. Une discussion suit la présentation.
Prendre le temps de lire à partir de ce qu’on ne comprend pas & parce que la complexité nous parait plus pertinente pour aborder la clinique pourrait être un point de départ.

Extraits choisis
Quelle conception a Freud du symptôme ? Les conférences de Freud, « la 17 » et « la 23 », publiées dans Les conférences d’introduction à la psychanalyse et prononcées entre 1915 et 17 auprès d’un large public « profane », des médecins, des psychiatres, des assistants, visaient la « vulgarisation de la psychanalyse ». Deux conceptions freudiennes du symptôme y sont développées, l’une après l’autre, sans pour autant s’annuler entre elles :
-d’abord Le sens des symptômes, avec la conférence 17, Der sinn désigne l’effet de sens, ce qui se détermine à partir du signifié,
- puis Les voies de la formation des symptômes avec la conférence 23, concernant la libido.
Un trajet du sens à la libido est donc proposé par Freud. Comment Freud articule-t-il ces deux axes sens et libido ?

Les Points vifs
Dans la conférence 17, Le sens des symptômes, Freud aborde le symptôme d’abord par le sens, la pulsion passe au second plan. Son introduction marque d’emblée sa différence d’avec la psychiatrie, il critique le peu d’intérêt que porte la psychiatrie à la forme et au contenu du symptôme et situe la psychanalyse en opposition avec cela. Elle a justement commencé par considérer le symptôme comme « plein de sens et relié à l’expérience vécue du malade » . Le symptôme est conçu ici sur le même registre que les autres formations de l’inconscient, les actes manqués, les rêves : ils ont un sens, ils sont interprétables et peuvent disparaître grâce à cette interprétation.
Deux cas cliniques sont dépliés, des cas de névroses obsessionnelles (en fait il s’agit d’hystéries) car l’obsessionnel est censé créer ses symptômes dans le domaine psychique plutôt que corporels, il choisit des cas où le sens sexuel est évident. Freud a désormais repéré le symptôme comme ce qui nous introduit au plus intime de la vie sexuelle. Dans le premier cas, l’analyse a permis à une dame, en proie à des actes compulsifs, cherchant en fait à protéger son mari impuissant, de se remémorer une scène de sa vie sexuelle refoulée, celle de sa nuit de noces. Le second cas concerne un cérémonial d’endormissement, la jeune fille ne supportant pas le tic tac des pendules réorganise tout son environnement sans épargner le couple de ses parents. Après avoir stoppé l’horloge, laissé sa porte entrouverte, elle se retrouvera finalement à la place de sa mère dans le lit conjugal. Freud donne les résultats de plusieurs mois d’analyse, elle avait l’angoisse du rapport sexuel et voulait à tout pris maintenir séparer les parents, « ne pas les laisser rentrer en rapport conjugal ». Avec ce second cas Freud met en évidence un lien entre le cérémonial, les fantasmes de la jeune fille et son rôle de défense contre les souhaits sexuels. Il repère également la présence d’un lien érotique au père.
Que déduit-on de cet axe de la conception freudienne du symptôme :
- Son déchiffrage est lié et conduit à la vie sexuelle du sujet.
- Ce qui le produit est inconscient, il disparaît par la voie de l’interprétation.
- il est limité et échoue à expliquer pourquoi certains symptômes que Freud nomme ici « typiques » de la maladie, au sens de communs, comme la répétition et le doute chez les obsessionnels, résistent à l’interprétation.
- Par la voie du sens le caractère de fixité ne peut être expliqué non plus.
Ces deux points de butée sont repris dans la conférence 23.

Conférence 23 : Les voies de la formation des symptômes
Freud définit alors la névrose à partir d’un principe économique : la quantité d’énergie mobilisée pour la constitution des symptômes mais aussi pour se défendre d’eux a pour effet de paralyser ou d’empêcher le sujet dans sa vie. Ils apparaissent cette fois comme sources de déplaisir et de souffrance. Le symptôme est conçu ici comme mode de résolution d’un conflit. Freud introduit l’autre face du symptôme : la libido attachée au symptôme. Le symptôme vise toujours l’obtention de la satisfaction sexuelle mais tout en s’en défendant.
En suivant cette fois le chemin de la libido, Freud conçoit les symptômes névrotiques comme le résultat d’un conflit dont l’enjeu est un nouveau mode de satisfaction de la libido. Freud développe toute « une dynamique » complexe de la libido qui annonce la division de la personnalité en 3 instances, le moi, le ça et le surmoi de sa seconde topique en 1920.
Le symptôme est à certains moments représentation d’expériences vécues de l’enfance, et à d’autres représentations issues des fantasmes du malade et qui ont influencé la fixation de la libido. Freud s’étonne ici du peu d’importance finalement à accorder à ce qu’elles soient vraies ou inventées et l’articule au fantasme (voile devant le réel c’est à dire la fixation).


Que nous enseignent ces conférences ?

1) Selon le moment d’élaboration de la doxa psychanalytique les concepts ne désignent pas la même approche du symptôme : sens à déchiffrer ou mode de satisfaction de la libido.
2) Avec et entre ces deux conférences Freud produit à la fois une séparation et un pont entre le sens et la libido. Il tente d’articuler les deux versants de son oeuvre comme le fait remarquer J-A Miller :
- « celui de la découverte de l’inconscient, des phénomènes interprétables »,
- et celui de la découverte de la sexualité infantile et du caractère pervers de la sexualité.
Sans réussir vraiment à les articuler, il les juxtapose plutôt.
3) Cette approche dualiste du symptôme avec cette séparation libido d’un côté, inconscient de l’autre, est une des impasses de Freud repérée par Lacan. Lacan la dépassera en opérant un rapprochement entre refoulement et libido : « ce qui s’oppose au tout dire est la même chose que ce qui s’oppose à la réalisation sexuelle ».

Le trajet du sens à la libido ordonné de la sorte par Freud avec ces deux conférences sera repris ainsi par Lacan lorsqu’il concevra le symptôme comme bi-face, une face sens et l’autre face jouissance.

 
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