Jean-Louis GAULT : La fille robot


Je vais vous parler d’un cas dont j’ai eu à m’occuper il y a quelques années. J’introduis le commentaire du traitement de ce cas par quelques considérations générales. Le docteur Lacan a fini par considérer que, en tant qu’être parlant, la seule maladie dont nous souffrons est celle qui est introduite dans le vivant par le parasitisme du signifiant. Nous sommes tous, en tant qu’être parlant, des traumatisés du langage et c’est cela le véritable traumatisme : le traumatisme du langage. Cette déchirure originelle que le symbole inflige à la vie est éprouvée par le sujet comme une jouissance insupportable, jouissance dont il se défend par le fantasme quand il est névrosé, par le délire s’il est psychotique - pour autant qu’il soit paranoïaque - car pour le schizophrène chez qui tout le symbolique est réel, ce recours, ce recours au délire, est exclu. Ainsi c’est par la voie du symbole que le sujet se traite de la virulence du logos. Lacan a donné le mathème de cette répartition des effets du langage sur le vivant. Premièrement un effet de morcellement, de division fondamentale lie la structure discontinue du signifiant et qu’on peut écrire comme une suite infinie de S1. Ceci a comme conséquence, ce morcellement que le vivant subit du fait de cette découpe opérée sur lui par le signifiant et la mise à nu d’une jouissance désormais erratique.

Le deuxième versant de ces effets du langage c’est l’appareillage de cette jouissance par l’instrument langagier lui-même dans la structure de discours, structure de discours dont l’unité minimale est réalisée par l’articulation de deux signifiants. L’écriture S1 - S2 rend compte de cette articulation. Cet appareillage de la jouissance est celle que réalise le sujet névrosé par la voie de l’instrument du phallus, pour se défendre contre l’insupportable de cette jouissance. Le sujet psychotique emprunte d’autres voies et au cours de son enseignement, depuis son écrit sur la psychose jusqu’à son Séminaire sur Joyce, le docteur Lacan a exploré les différentes solutions de capture de cette jouissance excédentaire. C’est, par exemple, la pratique transsexualiste de Schreber ou l’écriture pour Joyce. Le cas que nous voulons évoquer maintenant offre l’occasion de discuter une telle tentative thérapeutique, puisque cet appareillage de la jouissance par le signifiant est un mode de traitement.

Il s’agit d’une toute jeune femme puisque elle a 12 ans et demi au moment où je la rencontre dans un établissement de l’éducation spécialisée où elle vient d’être admise.
1) Les premiers troubles.

Les premiers troubles se remarquent quand elle entre à l’école primaire. Jusque là, elle fait l’admiration de sa mère qui l’élève seule et dont elle est l’unique enfant. La mère, loue l’intelligence de sa fille et son imagination. Vient l’entrée à l’école : au travers des exigences qui font l’ordinaire d’une vie d’écolier, l’atypie de cette jeune enfant se  fait jour. Elle objecte au discours commun et refuse de se plier à toute consigne : devoirs, exercices, etc. Pourtant elle apprend très rapidement à lire et à écrire mais elle ne fait aucune acquisition en mathématiques. Au fil des années sa singularité s’accentue, la signification de son attitude échappe, son discours qui est fait de longues digressions apparaît de plus en plus énigmatique. Même si à l’occasion ses maîtres notent ses talents d’imagination dans des exposés oraux ou des devoirs écrits, elle ne les rend pas moins perplexes sur la conduite à tenir. Elle passe en CM1, redouble, va en classe de perfectionnement mais cela ne s’arrange pas. Bientôt les troubles du comportement faits d’agressions à l’égard de ses camarades vont la marginaliser de plus en plus et elle est orientée vers un établissement spécialisé.


2) A son admission.

On note une recrudescence de la symptomatologie à la suite des premières approches sexuelles, au moment où elle devient pubère à l’âge de 12 ans. Quand elle entre dans l’établissement où je vais la rencontrer, on relève les manifestations suivantes : des agressions, des cris, des hurlements, des grognements, des rires immotivés. Des invectives, des insultes à caractère sexuel adressées à ses camarades ou aux adultes qui s’occupent d’elle. Une conduite d’exhibition avec pollution urinaire volontaire. Une voracité alimentaire -elle se précipite sur tout ce qui peut se manger-. Des attentats contre des poupées qu’elle mutile et qu’elle jette par les fenêtres. Une activité d’écriture désordonnée sur des bouts de papier.


3) Les premiers entretiens.

Ils prennent place dans ce contexte. Mais avant d’y venir disons quelques mots de son histoire familiale. Elle est le fruit d’une nuit d’amour de sa mère avec un homme rencontré à une noce et qu’elle perd immédiatement de vue. A quelques temps de là, quand cette femme constate la grossesse, elle ne cherche aucunement à revoir cet inconnu et élève seule son enfant. Quand sa fille a 9 ans, elle entreprend de retrouver les traces du père, elle y réussit, elle le revoit et s’installe entre eux des relations courtoises qui prennent depuis la forme de rencontres amicales qui ont lieu une à deux fois par an. Le père de la jeune fille, qui poursuit une carrière artistique, vit seul dans une grande ville, éloigné du couple que forment la mère et la fille. C’est dans le temps même des retrouvailles avec le père que la mère, qui jusque là était demeurée seule, rencontre un homme et se décide à vivre avec lui. Cet homme a été autrefois marié, il est père et grand-père, c’est-à-dire beaucoup plus âgé que cette jeune femme qui pourrait être sa fille.


4) Le début du traitement.

Des entretiens sont proposés à cette jeune fille dans une visée thérapeutique au sens donné plus haut, c’est-à-dire comme appareillage de la jouissance. Elle relève le gant très rapidement, avec beaucoup de détermination. La cure se poursuit pendant trois ans, chaque semaine, avec une régularité sans faille. Les éléments qui apparaissent lors des premiers semaines sont les suivants :

· Le principe de la famille
Lors du premier entretien, elle parle de sa famille et donne les prénoms de son père, de sa mère, de son grand-père, de sa grand-mère, de son oncle, de sa tante, de ses cousins, de ses cousines, etc. Elle indique aussi, en sus des prénoms, les noms de sa mère, de son père, de la mère et du père de la mère. Elle essaye ensuite d’ordonner le réseau de tous ces noms et prénoms. Devant la difficulté pour moi-même de suivre un discours fait de longues énumération, je lui propose de porter cela par écrit. La semaine suivante elle revient avec la présentation écrite de ce qu’elle appelle sa « grande famille ». Elle écrit : « Voici ma grande famille : ma mère s’appelle …, mon père s’appelle …, mon grand-père s’appelle …, ma grand-mère s’appelle …, ma cousine s’appelle … etc et cela dure pendant trente lignes. A partir de là, les entretiens seront soutenus par des textes écrits : petits papiers au début puis écrits largement développés plus tard. Ainsi, le texte qui suit les premières séances sera consacré à son interrogation sur « le principe de la famille » qu ‘elle présente ainsi, je la cite : « D’après ce que j’ai entendu dire ce sont le père et la mère que nous aimons le plus. Le principe de la famille ce sont les parents ». Mais elle ajoute que c’est là justement ce qu’elle ne comprend pas, « le principe de la famille ». Alors elle se fait réexpliquer le principe mais elle ne peut aller au delà de cette formule : « en principe, le principe de la famille ce sont les parents ».

· Viennent ensuite différents textes qui concernent la cuisine, les repas dont on appréciera
plus loin l’importance. Chaque page est titrée : il y a d ‘abord « le plateau brûlé » -histoire d’une tentative de réaliser une recette de cuisine- puis il y a « le couscous » et puis il y a un autre texte dans lequel elle donne une recette de son invention : « les toasts gâteaux au chocolat ».

· Après ces écrits culinaires elle va rédiger un texte sur la guerre qui décrit en page le cataclysme, provoqué en 1966, par l 'invasion par des robots soldats de la ville où elle habite. Elle décrit cette guerre comme une « surprise », je la cite, « robotiquement diabolique et dramatique ». Puis la guerre cesse et arrive dans la cité un personnage qui va prendre une très grande importance : « l ‘inventeur orthodontiste et en plus spécialiste qui s’appelle Laurent Michel Robotman ». C ‘est là, dans cette ville, que Monsieur Robotman, va fabriquer un robot, un robot-être humain. Il décide que ce sera une fille mais ne sait pas encore comment il l’appellera.

· Peu de temps après un texte est consacré au « nouvel appareil ». Il se trouve qu’elle suit des soins d ‘orthodontie, qu’un nouveau praticien est venu succéder à celui qui s’occupait d’elle jusque là et celui-ci lui change son appareil dentaire. Alors elle écrit « le nouvel appareil ». Elle raconte le changement de l’appareil dentaire et elle termine le texte ainsi, comme elle le fera assez souvent, « texte écrit en entier par (suivent ses nom et prénom) ».

· Apparaissent ensuite les diverses tentatives de narrer la fabrication du robot-fille dont une première version de plusieurs pages et qui est appelée : « Robotor numéro 1 ». On voit déjà dans cette première tentative de quelques pages les caractéristiques de cette création du robot : l’inventeur orthodontiste va faire des courses dans un supermarché, il achète tout ce qu’on peut trouver dans un supermarché mais surtout, tout particulièrement, des articles d’écriture, des articles de bureau - des crayons, des feutres, de la pâte à modeler, des peintures et puis des élastiques - et puis, à côté des articles de bureau, des produits alimentaires - des tomates, des haricots verts, des concombres, des aubergines et des biftecks, sans oublier les yaourts. Et puis, épisode important, l 'inventeur orthodontiste fait sa toilette. Voilà la première partie du traitement.

5) Robotor numèro 3

Nous sommes à 6 mois du début du traitement, les différentes versions ont été réécrites et ont abouti à un long récit développé qui se présente sous la forme d’un cahier de 60 pages qu’elle appelle « Mon roman ». Tout ceci a la forme d ‘une histoire, le titre est « Robotor numéro 3 » et elle met « Ecrit par…, mis en scène par …, avec … ». C’est présenté aussi comme un scénario de cinéma. Il y a une première partie dont le premier chapitre s 'appelle « Monsieur Robot-man ».

Le début est constitué par une énumération exhaustive des articles qui ont été utilisés pour la fabrication de la robot-fille et le texte commence ainsi : « Dans le paquet d’élastiques cheveux il y a 8 élastiques : un élastique blanc, un élastique bleu, un élastique rose, un élastique orange, un élastique gris, un élastique vert, un élastique jaune, un élastique mauve ». Même chose pour les peintures qui sont énumérées une par une, couleur par couleur et ensuite nuance par nuance, claire et foncée, en tout 22 couleurs. Pareil pour les couleurs de la pâte à modeler. Puis viennent ensuite les choses qui se mangent : tomates, haricots verts, concombres, aubergines, courgettes et les biftecks. Cette énumération est d’autre part comptabilisée : pour chaque produit est indiqué le prix à l’unité et le prix au kilo. Dans tous les cas, qu ‘il s’agisse de tomates ou de crayons de couleur, il y a le prix au kilo. Et il n’y a pas de relation évidente entre les 2 chiffres. Par exemple : « le stylo bleu coûte 12 francs au prix de 12,10 au kilo ».


La fabrication du robot proprement dite qui comporte deux temps :

· L’orthodontiste inventeur spécial réalise d’abord ce qu’elle qualifie de « belle sculpture » en pâte à modeler et il n’oublie pas l’appareil dentaire -très important, l’appareil dentaire-, ni les lunettes -elle porte elle-même des lunettes-. Il dessine les yeux, la bouche, les lèvres puis il fait cuire la sculpture dans un four. Avant la cuisson proprement dite est située une brève séquence qui est accompagnée d’un dessin -de temps en temps elle fait des dessins-. Sur le dessin, l’orthodontiste va chercher dans le tiroir de la commode quelque chose de supplémentaire ˆ l’ensemble des produits qu’il avait rassemblé pour son opération : une boite de cire à chaussures. Sur le dessin il a une main dans la poche de son pantalon et une main sur le tiroir de la commode.

· Deuxième temps de l’apparition du robot : la recette magique. Après la cuisson, un mélange constitué des différents produits alimentaires est déposé sur la sculpture en pâte à modeler et l’orthodontiste prononce la formule magique « Abracadabra » et il lance cette invocation « Que la puissante et belle structure se transforme en robot ». Et là, la puissance créatrice du signifiant opère et on passe au chapitre 2.


Chapitre 2 : “Mona Robotor numéro 1”

Le prénom du robot -Mona- est le même que celui de la jeune patiente.
A partir de ce moment-là, l’orthodontiste s’adresse au robot comme à sa fille et il devient progressivement son père. Il s’adresse à elle et lui demande « Comment dois-je t’appeler : Mona ou Béatrice ? ». Suivent des pages et des pages de discussion sur les associations signifiantes qui peuvent se déduire de ces deux prénoms, toutes les associations signifiantes possibles avec »Mo », avec « na », avec « Bé », avec « a », avec « trice » etc … Elle note que ces associations sont sans fin et elle fait  avec toute une série de prénoms, pratiquement tous les prénoms du calendrier y passent. Finalement elle choisit son propre prénom : Mona. la sculpture est désormais un robot-fille vivant et il s’agit d’affronter un Robotor méchant qui menace deux enfants.

La suite du récit est consacré aux comparaisons des traits respectifs du père et de la fille. Il va y avoir des séquences de mesures de la taille et du poids respectifs du père et de la fille. Cela dure pendant des pages, c’est très compliqué. Dans le même temps, s’instaure une relation tendre et même amoureuse entre le père et la fille, à un moment elle lui dit « Mon papa adoré », "mon amour" et ils s’embrassent. Une des premières choses que va faire le robot-fille dans sa vie de roman, c’est de se mettre à goûter toutes les choses que va lui proposer son père. Il va lui faire découvrir progressivement, en lui faisant goûter, un grand nombre de choses.


Chapitre 3 : « Mona a grandi»
Premièrement apparaissent un certain nombre de considérations sur la vie et la mort. Il y a des robots-gars et des robots-filles et ils ne vieillissent pas.

Deuxièmement, à travers des lunettes spéciales, la robot-fille a accès au mystère des choses. Le père fait son éducation au travers de ces lunettes. Et notamment elle va apprendre les mathématiques, ces mathématiques, qu’elle n’avait pas réussi à apprendre jusque là en classe malgré la compétence de tous les enseignants qui l’avaient entourée. Par la médiation de ce robot-fille on va voir se développer dans le roman lui-même les premières opérations : d’abord les additions puis les multiplications. Tout ça se met en place. Elle explique une chose très précise concernant ces lunettes spéciales : il y a un oeil qui lit ce qui est écrit, qui lit les écritures alors que l’autre voit les dessins. Avec la fin de cette première partie le récit s’interrompt et on est introduit à la deuxième partie dont on n’a que le titre et dont on n’aura jamais que le titre.

Cette deuxième partie s’appelle « Les suspens » et ça s’arrête là. Malgré une tentative pendant 3 ans d’écrire la suite, ça ne dépassera pas ce titre.


6) Robot-girl numéro 3

La patiente a interrompu son premier récit et elle essaye de le réécrire sous une autre forme qu’elle appelle « Robot-girl ». Le thème de l’invention d’un robot-fille est repris mais sous une forme différente. Le texte débute par le récit d’une grande catastrophe -on revient à la guerre du début, il y a toujours un élément de catastrophe au début-, une grande catastrophe qui a frappé la planète, planète qui s ‘appelle Robolor, en 1900 et qui est la destruction de tous les robots par les robots humains. Cette catastrophe se produit dans la ville de sa naissance. A la fin de la guerre il ne reste plus que deux morceaux de ferraille. Cette planète Robolor est une planète néologique dans la mesure où s’y trouvent les mêmes choses que sur la terre mais sous une forme différente, commençant toujours par le préfixe « ro » ou « robo ». Par exemple nous avons « Robomasse », le robot qui masse, « Robomâche » le robot qui tue en mâchant, « Robobouche»le robot qui bouche, etc.

Après 4 mois le récit « Robot-girl » ne comprend que 5 pages. Ce n’est pas allé très loin. Elle n’avance pas et en reste aux préparatifs de l’opération de création. Pendant les deux ans qui vont suivre elle va faire plusieurs tentatives pour écrire ce « Robot-girl » jusqu’à prendre un cahier, écrire « premier chapitre, deuxième chapitre, troisième chapitre » en séparant les chapitres par quelques pages blanches et ça fera un cahier blanc avec cette numérotation des chapitres jusqu’au huitième chapitre et rien d’écrit dans le cahier.

Le traitement s’interrompt trois ans après le début, au moment où elle quitte l’établissement où elle était, pour aller dans une ville éloignée et entreprendre la formation ˆ un métier, qui sera de couturière de costumes de théâtre.


7) Les commentaires.

Les considérations qu’elle-même va faire sur le récit sept/huit mois après l’écriture du roman.

· Elle note que le prénom est le même que le sien mais elle dit que ça n’a aucun rapport, c’est quelqu’un d’autre. Elle nous donne lˆ une indication sur le statut de ce roman : ce roman n’est pas une formation de l’inconscient, ce n’est pas un produit de l’inconscient de cette patiente au sens d’une formation articulée "ses pensées ": elle ne reconnaît pas son propre prénom dans le prénom du récit. Cela n’a aucun rapport. ‚ça indique le statut de ce roman : il a le statut de l’inconscient rejeté, rejeté à l’extérieur, dans le réel.

Pendant tout le traitement il ne sera que trés rarement question de sa vie de tous les jours. De sa vie dans sa famille, de ses camarades, de ce qu’elle fait, il est trés difficile qu’elle en parle. Quelquefois il arrive qu’elle en dise quelques mots mais elle s’interrompt très vite, elle est très réticente. Tout le traitement va être consacré uniquement à parler de cette élaboration du roman, complètement disjoint du reste de la vie de tous les jours.

· Le deuxième commentaire qu’elle fait concerne l’appareil dentaire. Elle dit que le robot-fille a besoin de cet appareil dentaire parce que c’est un robot et que l’appareil dentaire est un signe de vie et donc il doit l’avoir « sinon il meurt ». Elle montre là l’appareillage que constitue l’appareil dentaire. Il constitue un appareillage de la vie, mais pas un appareillage du sexe dans la mesure où ce robot jamais ne réussira ˆàse particulariser véritablement comme robot-fille.

· Le troisième point concerne la viande. Elle dit qu’elle a abandonné le procédé du début où elle faisait intervenir beaucoup de produits alimentaires parce que c’était de la viande. Ca la dégoutait et donc elle avait rejeté ça.

· Quatrième commentaire : elle dit que le robot-girl va à l’école mais personne ne sait que c’est un robot. Les filles en général qui vont à l’école savent comment elles sont nées mais elle, la robot-girl, ne le sait pas. Par contre, il y a plein de choses qu’elle sait et plein de choses qu’elle veut expliquer à son professeur, notamment des recettes mangeables. Voilà autour de quoi tourne le savoir électif de cette jeune patiente à travers ce robot-girl.


· Cinquième point concernant les mathématiques. Elle explique que, pendant très longtemps quand on lui posait des questions sur les mathématiques, elle répondait au hasard. Elle a alors 12 ans et n’a aucune acquisition mathématique. Elle répondait au hasard. Elle explique que, quand elle faisait une soustraction, elle ajoutait. Elle dit « Je croyais que 1-1, ça faisait 2 ». Le gain qu 'elle a fait avec ce roman c’est qu’elle dit « Maintenant j’enlève et je sais que 1-1 ça fait 0 ». Voilà le pas qui a été fait par le biais du roman : elle a eu accès ˆ la soustraction, au moins, au rien, au zéro.

Elle conclue ce commentaire qu’elle fait du roman en disant « J’ai entendu dire que des extra-terrestres sont venus de Belgique donc je pense qu’il peut y avoir des extra-terrestres à Nantes et dans les écoles ». Evidemment elle parle d’elle quand elle dit que ce robot-girl fréquente l’école, qu’il ne sait pas qu’il est un robot, et qu’il y a des extra-terrestres dans son école, mais tout ça est rejeté. Ceci a un statut de discours, rejeté, dans le sens du rejet de la psychose.


Les effets de ce traitement, les effets obtenus par ce grand travail d ‘écriture, sont spectaculaires et très rapides. Alors qu’au début elle était dans un état qui la rendait totalement intolérable -la question s’était très rapidement posée, de la maintenir dans l’établissement où elle se trouvait et on envisageait de la faire hospitaliser, les troubles étant majeurs- très rapidement, à partir du moment où elle se met à écrire, où elle trouve un interlocuteur pour ses écrits, la conduite s’amende. Au bout de quelques mois les troubles du comportement, de la relation à l’Autre, ont totalement disparu et elle s’intègre parfaitement au groupe d’enfants, elle va à l’école, elle fait son travail. Elle conserve quand même cette petite chose qui est l’activité d’écriture absolument incessante : il faut qu’elle écrive en permanence, quasiment. Ce n’est pas toujours bien compris par les personnes qui s’en occupent. Il faut un certain temps pour qu’elles saisissent que ça ne comporte aucun caractère de danger de la laisser écrire, et que dès qu’on accepte ça, les choses deviennent beaucoup plus simples. A certains moments elle va parler de phénomènes cliniques beaucoup plus précis : elle est sujette àdes hallucinations -elle n’en a pas parlé à l’extérieur, elle m’en a parlé au cours du traitement-. Elle est sujette à des inquiétudes, à des angoisses concernant l’état de son corps -elle s’interroge beaucoup sur la chair, le squelette, ce qu’il y a sous la peau, est-ce que c’est un robot ?-. Tout ça reste ˆ fleur de discours mais c’est quelquefois dit.

9) Interrogeons-nous sur le diagnostic, assez évident, de psychose. Il n’y a pas, chez ce sujet, de structure articulée de l’Oedipe. Il n’y a pas non plus de symptôme interprétable et pas plus de formation de l’inconscient qui été interprétées pendant les trois ans de traitement. A aucun moment elle n’a interprété un rêve, un acte manqué ou un lapsus.

Quel est l’effet de ce roman ? A travers ce roman, comme elle l’explique très bien, elle devient elle-même, elle devient qui elle est, elle devient Mona, puisqu’elle s’appelle Mona. C’est un récit donc d’auto-engendrement par l’opération du père. C’est un engendrement très particulier, elle est la fille de son père mais elle est surtout la fille de ses propres oeuvres puisque c’est elle qui écrit ce roman. Par ce roman elle se donne un nom, elle se fabrique un ego, mais surtout elle se donne un corps à travers la petite sculpture qui intègre la viande.

Sur le statut d’écriture de ce roman, je citerai ce que Jacques-Alain Miller a dit dans un de ses cours, en 1993 : « On parle d’acte de parole, on en a fait même une catégorie de la linguistique pragmatique, mais la thèse de Lacan c’est bien plutôt que l’acte est d’écriture. C’est par l’é’criture proprement dite que se serre l’objet (a) et pas par la parole ». Je crois que c’est ce que nous montre ce récit où, par le travail d’écriture, elle serre cette pulsion orale, cette voracité orale qui l’envahissait. Elle rassemble dans ce récit tous les éléments de la pulsion orale, tous ces produits qui peuvent se manger, elle y met l’appareil dentaire et tout ça se trouve enserré, noué. Ceci a des conséquences dans sa propre vie puisqu’à partir de ce moment-là cette voracité orale disparaît.

Sur le statut du nom dans ce récit, on peut observer qu’il s’agit d’un prénom, parce que, finalement, le vrai nom propre c’est le prénom. Vous lisez ça dans l’article de Jacques-Alain Miller dans le dernier numéro de la revue de la Cause freudienne, consacré au commentaire du texte de Lacan sur Joyce : il rapproche les deux prénoms « James » et « Jacques » (James Joyce et Jacques Lacan), et il fait un commentaire sur son propre prénom « Jacques-Alain ». Il considère que, pour lui, son vrai nom propre c’est « Jacques-Alain » qu’il écrit « Jacques à l’Un ». Le vrai nom propre est le prénom. C’est comme a qu’il faut interpréter le statut de ce « Mona » dans le récit. Mais elle est plus encore « Robot-girl », Mona, précise-t-elle n’est qu’un surnom. « Robot-girl » est son vrai nom propre.


Le signifiant dans la langue n’est jamais identique à lui-même, le signifiant est toujours différentiel, il renvoie toujours à d’autres signifiants. Ce glissement infini d’un signifiant ˆ un autre est stoppé par le nom propre : le nom propre arrête cette dérive infinie des mots, des signifiants et constitue un point de capiton, en tant que ce nom propre est un désignateur rigide - comme l’a nommé l’américain Kripke quand il a commenté le nom propre -. Il est un désignateur rigide parce que, au lieu d’être pris dans la dérive infinie des signifiants, il est rapporté à une personne en particulier. Il noue, pourrait-on dire, le symbole et le réel. Mais ce nom, à la différence du capitonnage phallique, n’appareille pas la libido. Et c’est ce qu’on voit dans le récit de cette jeune patiente : il y a un appareillage de la vie, mais il n’y a pas un appareillage du sexe.

En ce qui concerne le nouage que réalise cette jeune fille à travers ce roman, elle ne le fait pas par le biais de la métaphore paternelle, elle le fait par le biais d’un bricolage qui lui est propre et qui est l’articulation directe du père et de la fille. Elle ne fait pas intervenir, comme dans la métaphore paternelle, trois éléments : le père, la mère et la signification qui en est déduite. Elle réalise une articulation directe entre le père et la fille, court-circuitant en quelque sorte le désir de la mère.

Enfin, dernier point que je voudrais évoquer, c’est celui de la place qu’a prise le thérapeute dans ce traitement. Ce personnage a été rapidement idéalisé, elle a voulu en faire son impresario -elle avait des projets de réaliser des films, des bandes dessinées-. Elle voulait vendre ce roman, qu’il soit édité, rendu publique. Mais, au-delà de ça, il me semble que trés rapidement, l’analyste a été celui qui, fondamentalement, dévorait ses écrits. Il a été d’emblée gourmand de ses écrits et a été, en quelque sorte, son Saint-Jean de l ‘Apocalypse, celui qui dévore le livre. C’est me semble-t-il par ce biais-là que l’opération de nouage de cette pulsion orale a pu se réaliser.



Questions

Question inaudible sur les inventions, les trouvailles d 'un sujet.


Bernard Porcheret

C'est un débat intéressant qui permet de faire remarquer la richesse de la clinique psychanalytique en opposition ˆ la pauvreté d' une clinique des réponses aux médicaments. Encore faut-il être attentif à cette dimension de l'écrit -comme dans le cas de Jean-louis Gault- ou d'invention -comme dans le cas de Laurence Forlodou avec l'invention du signifiant ÒphotocopineÓ-. ‚a passe souvent inaperçu, cÕest souvent effacé. En fait la question -c'est bien démontrée ici-, c'est : comment accompagner un sujet dans le traitement quÕ'l peut faire de sa jouissance ? C'est forcément trés différent que de lui dire comment faire, de lui proposer du prêt-à-porter du traitement de la jouissance. L'on a eu deux exposés de traitements qui se déroulent dans des institutions. Donc il peut se faire un travail de cet ordre dans les institutions.


Question ˆ Jean-Louis Gault :

Cette enfant dont vous nous avez parle, a-t-elle accés ˆ des jeux vidéo ou a-t-elle assisté à des films représentant des robots ?

Jean-Louis Gault :

Tout-à-fait, bien sur.

M. X :

Cette enfant peut faire liaison avec un congrés qui doit se dérouler prochainement ˆ Pari sur les conduites addictives de l'enfant et de l'adolescent, et en particulier l'addiction aux jeux vidéo avec son évolution possible du récréatif au pathologique. De nombreux enfants refusent le monde tel  qu'il est pour se réfugier dans un monde virtuel et l'utilisation de ces jeux vidéo permettent un accés plus facile ˆ ce monde virtuel dont  l'enfant a du mal de se détacher et entrainent des problêmes comportementaux liés ˆ l'utilisation abusive de ces jeux virtuels.


Jean-Louis Gault

Cette jeune fille nÕŽtait pas du tout dans le virtuel, elle ne lÕa jamais ŽtŽ, cÕŽtait mme plut™t son drame, cÕest quÕelle Žtait dans le rŽel, dans un rŽel qui lÕenvahissait et qui envahissait les relations quÕelle pouvait avoir avec les autres, avec ses camarades. A aucun moment elle nÕa ŽtŽ dans le virtuel, elle a toujours ŽtŽ dans le rŽel. Et cÕest contre ce rŽel quÕelle avait ˆ se dŽfendre, ne serait-ce que le rŽel de la pulsion orale, cette pulsion dŽvoratrice, ce vampirisme qui lÕenvahissait. Elle sÕest servie du matŽriel signifiant et imaginaire ˆ sa disposition dans le monde dans lequel elle vit. Elle aurait vŽcu il y a trois sicles -encore que le robot est ancien- elle se serait servie dÕautres ŽlŽments. Elle a fait de ces ŽlŽments un usage trs particulier et elle a dŽmontrŽ que, avec cette crŽation, elle pouvait affronter ce rŽel qui lÕenvahissait.

Elle a la perception quÕelle est un robot. Elle est un robot comme chacun de nous au niveau o nous sommes des tres mŽcaniques, cÕest-ˆ-dire au niveau du signifiant, comme des fonctions organiques. Nous sommes des robots. Nous sommes tous des animaux machines. Mais pas seulement, il y a un ŽlŽment supplŽmentaire qui sÕintroduit, lÕŽlŽment de la chair. LÕappel de la chair, avec quoi il faut faire. Ce sont ces deux ŽlŽments quÕil faut articuler : ce quÕelle appelle la viande quÕelle peroit quelquefois ˆ travers des plaies -il lui est arrivŽ de se blesser et elle a dŽcouvert la viande, ce qui lÕa horrifiŽ ou bien elle dit que, de temps en temps, des camarades sont venus t‰ter sa face et elle sÕest demandŽ ce quÕil y avait derrire- et son tre de robot ˆ articuler avec cette chair qui risque de dŽborder de partout.

Elle rŽussit lÕopŽration de faon tout-ˆ-fait originale : elle fait un rŽcit qui nÕa, pour elle, pas le mme statut que nÕimporte quel autre rŽcit. On pourrait le lire et considŽrer que cÕest passionnant et intŽressant ; on peut trouver des lecteurs ˆ ce rŽcit, cÕest une chose. La question que je me suis posŽe cÕest : comment ce rŽcit sÕarticule-t-il avec sa vie rŽelle, et notamment la pulsion orale, et quel effet a a ? Incontestablement a a un effet, on le constate. Mais jÕai essayŽ de voir par quelles voies ce nouage se rŽalisait et jÕai donnŽ quelques ŽlŽments lˆ-dessus.

Question

A votre offre de venir dire les choses en sŽance, elle a prŽfŽrŽ Žcrire. Cette prŽfŽrence, ce choix, est-il liŽ ˆ la psychose ?


Jean-Louis Gault

Elle acceptait volontiers de venir parler. DÕailleurs au dŽbut elle parlait. CÕest moi qui me suis trouvŽ en difficultŽ, qui nÕarrivait pas ˆ suivre ce quÕelle disait. Si je fais lÕessai ici et que je commence par dire : ÒMa mre sÕappelle, mon pre sÕappelle, mon grand-pre sÕappelle...Ó au bout de 15 secondes plus personne ne suit parce que cÕest impossible. La nŽcessitŽ de lÕŽcriture appara”t ˆ ce moment-lˆ. Si vous avez le texte Žcrit, vous pouvez le lire, le relire, voir comment il est fait, etc. Donc je lui ai proposŽ de mettre a par Žcrit parce que je savais quÕelle avait dŽjˆ une pratique dÕŽcriture, elle Žcrivait beaucoup. Elle aimait Žcrire et elle ne cesse pas dÕŽcrire.

Si vous vous demandez si lÕŽcriture a une place spŽciale dans la psychose, on peut rŽpondre oui dans la mesure o lÕŽcriture a une fonction de nouage, comme a se voit dans cet exemple. Quand le texte est Žcrit, mme sÕil sÕagit dÕune longue ŽnumŽration, on peut le lire, a reste, cÕest un document qui reste. Pour des sujets qui sont aux prises avec lÕeffet de prolifŽration signifiante induite par la parole -quand elle parlait elle Žtait entra”nŽe par la mŽtonymie infinie des signifiants, un signifiant en appelant un autre, sans arrt et elle-mme le remarque : quand elle Žcrit elle dit Òil manque un pointÓ et alors elle ajoute un point. Elle fait un grande ŽnumŽration de prŽnoms et au bout dÕun moment elle dit : ÒPoint, on arrteÓ. ‚a, elle le fait par lÕŽcrit. LÕŽcrit a toujours cette fonction : ˆ partir du moment o quelque chose est mis sur du papier, cÕest une sorte de ÒpointÓ mis ˆ la parole.

Cette place de lÕŽcrit est particulirement prŽvalente dans les psychoses dans la mesure o on nÕa pas cette opŽration de la mŽtaphore qui rŽalise le capitonnage de la parole. Le sujet psychotique a donc souvent recours ˆ lÕŽcriture comme supplŽance ˆ ce dŽfaut du point de capiton, dÕo la place que a prend dans lÕexpŽrience clinique.


Question

Dans ce qui peut appara”tre comme un branchement sur un monde imaginaire, est-ce quÕil vous para”trait pertinent de distinguer invention et envahissement ? CÕest une question sur les critres qui permettraient de dire que, lˆ, il y a invention du sujet ˆ partir dÕun nouage particulier en se branchant sur ce monde imaginaire et symbolique, et, dans dÕautres cas, pas vraiment un invention mais plut™t un envahissement.


Jean-Louis Gault

Le docteur Lacan dans son SŽminaire sur les psychoses en 1956/57 avait notŽ cette fonction de ce quÕil appelait les identifications conformistes. Il y a un set dÕidentifications ˆ la disposition du sujet et pour certains sujets psychotique cÕest un recours possible : alors on est ÒlÕŽtudiant en languesÓ, lÕŽtudiant schizophrŽniques en langues comme Wolfson. Donc je nÕutiliserais pas le terme dÕenvahissement, je dirais que cela a une fonction identificatoire. Il sÕagit de voir, au cas par cas ; cela a une fonction de pacification, de nouage, dÕarrt, dÕarticulation du rŽel et du symbolique ou pas, il sÕagit dÕestimer la fonction de ces identifications. En gŽnŽral si cÕest identificatoire, cela a plut™t une fonction dÕarrt. Il sÕagit aussi dÕestimer la valeur de cette identification : si on sÕidentifie ˆ un ÒŽtudiant en langueÓ, il nÕy a pas de mal ˆ a, mais si on sÕidentifie au diable, comme cÕest arrivŽ rŽcemment ˆ un patient, a a dÕautres effets : il voulait se prŽcipiter dans les flammes parce que le diable vit dans les flammes. Ce nÕest donc pas spŽcialement conseillŽ de sÕidentifier au diable sur ce mode-lˆ. Alors on lui explique quÕil nÕest pas obligŽ de faire la dŽmonstration, quÕon le croit sur paroles (rires).

‚a, cÕest la fonction des identifications.

Il y a autre chose, il y a le sujet qui se sert du matŽriel ˆ sa disposition et qui lÕassemble ˆ sa manire. CÕest pas parce quÕon se sert des robots, quÕon est aliŽnŽ au robot. Pas du tout. On se sert du matŽriel quÕon a ˆ sa disposition, les robots mi-vivants, mi-mŽcaniques, on sÕen sert et on fait une crŽation qui est totalement originale. La crŽation de cette jeune fille est totalement originale : Robotor cÕest une invention, a nÕexiste pas Robotor ou Robot-girl n¡ 3, la plante Robolor. LÕusage quÕelle en fait et surtout le statut que a a pour elle, est profondŽment original. Ce nÕest pas du Òprt-ˆ-porterÓ.

Alors il y a la fonction des identifications comme Òprt-ˆ-porterÓ. Le Òprt-ˆ-porterÓ, cÕest utilisŽ tous les jours dans la mode et nous sommes tous un petit peu sur ce versant-lˆ -cÕest rare le vtement sur mesure, il faut tre trs riche. Il nÕy a que le pre de Johnny Halliday ˆ qui son fils pouvait payer des costumes de chez Cerruti et encore, il les revendait aprs- (rires). Il prŽfŽrait le statut de ÒclochardÓ et il a revendu les huit costumes que son fils lui avait offert.

Bon, en gŽnŽral on est vtu en Òprt-ˆ-porterÓ, donc il faut pas trop sÕinquiŽter quand on voit des identifications conformistes, cÕest quand mme le lot commun. CÕest plut™t ce qui fait dŽfaut dans le cas des psychoses : entrer dans un minimum dÕidentifications mmes conformistes. Alors quand a se produit, on ne va pas sÕaffoler, on est plut™t content ! Mais il y a des cas o la dŽmarche du sujet est profondŽment diffŽrente, elle est trs originale, il sÕagit dÕune crŽation et la crŽation se fait toujours ˆ partir dÕŽlŽments quÕon trouve ˆ partir de morceaux. Les morceaux de ferrailles dont cette jeune fille parle ˆ la fin de la deuxime guerre mondiale. Les robots, les jeux vidŽo, ce sont des morceaux de ferrailles. Elle va les assembler ˆ sa manire et elle les assemble dÕune manire trs particulire. Il y a un Žchec dÕailleurs dans cette tentative, puisquÕelle bute sur le problme du sexe. Ce robot est vivant mais quand il sÕagit de le sexuer, elle nÕy arrive pas. ‚a sÕarrte.


M. Porcheret

Je vais seulement rŽpondre ˆ la question qui mÕa ŽtŽ adressŽe par Monique Legrand, enseignante ˆ lÕinstitut de formation et qui pose une premire question par rapport aux institutions de soins gŽnŽraux et une deuxime, ÒY-a-t-il, selon vous, des lieux spŽcifiques avec mise au travail analytique ?Ó

Pour la deuxime question, je rŽpondrai, oui, sžrement. Il y a des lieux pour lÕanalyse personnelle -mais cela reste de la dŽcision de chacun-. Il y a aussi des groupes de travail. On a constatŽ en outre que dŽjˆ un rŽseau existe. Ce que je voudrais dire, cÕest que les psychanalystes et les acteurs du champs de la santŽ mentale qui sÕorientent ˆ partir des enseignements de la psychanalyse, ont ˆ faire conna”tre leurs rŽsultats, leurs recherches, comme cÕest le cas aujourdÕhui, en fait, cÕest-ˆ-dire ˆ exposer leur travail et lÕefficacitŽ de celui-ci.

CÕest ce que Jean-Louis Gault faisait remarquer trs justement ˆ propos de son cas. CÕest dommage que Madame la ministre soit partie car elle aurait pu mesurer les apports de lÕenseignement de la psychanalyse dans le champ de la santŽ mentale. Il y a donc un rŽseau qui existe et il nÕy aurait pas de rŽseau sÕil nÕŽtait pas orientŽ par le Champ freudien. Le Champ freudien a une orientation qui est celle de lÕenseignement de Lacan.

Au dŽbut de son intervention, Jean-Louis Gault donnait quelques points thŽoriques trs prŽcis, trs clairs. CÕest le fruit dÕun long travail que dÕarriver ˆ rendre claires des donnŽes aussi complexes. Ce sont dÕailleurs ces ŽlŽments thŽoriques qui charpentent lÕobservation. On nÕest pas assommŽ de thŽorisations hermŽtiques. Le Champ freudien a ses Žcoles : on a parlŽ de lÕEcole de la Cause freudienne, de lÕAssociation Cause freudienne, il y a lÕEcole europŽenne de psychanalyse et puis il y en a dans dÕautres pays, ˆ lÕextŽrieur de lÕEurope. Ceci veut dire que, sÕorienter ˆ partir de la psychanalyse, ce nÕest pas se laisser guider par lÕintuitif, par lÕineffable, nous ne sommes pas dans le registre du secret. On peut rendre compte en raison et dÕune manire assez simple dÕun long travail clinique. Quelque chose peut se nouer entre ce dŽsir dÕexposer son travail et la demande latente de lÕun ou de lÕautre. On peut constater ainsi, quÕici ou lˆ dans une institution, quÕelle soit de soins gŽnŽraux, dÕŽducation spŽcialisŽe ou de la santŽ mentale, quelquÕun qui sÕoriente ˆ partir de la psychanalyse peut y faire son nid, pour reprendre lÕexpression dÕEric Laurent et susciter chez quelques autres le dŽsir dÕen savoir un peu plus.

 
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