Ph. JOURDAN: Unglauben et vérité


Introduction.


Notre propos a été initié par une phrase que l’on trouve dans le séminaire XVII, (1) « mais comment FREUD définit-il la position psychotique dans une lettre que j’ai maintes fois citée ? Précisément de ceci qu’il appelle, chose étrange, Unglauben, ne rien vouloir savoir du coin où il s’agit de la vérité ».

Deux termes vont donc être étudiés : Unglauben et la vérité.

Que veut dire Unglauben ? On trouve Unglauben dans le manuscrit K, du 01 janvier 1896 édité sous le titre « de la naissance de la psychanalyse » de FREUD (2). Unglauben signifie incrédulité, ne pas en croire ses yeux, n’y pas croire de LACAN ou, comme le traduit Marie BONAPARTE, le retrait de croyance. On retrouve enfin Unglauben dans « Variantes de la cure type » dans les Ecrits (3) traduction de indifférence, dans un contexte sur lequel nous ne reviendrons pas.

Voyons dans quel contexte FREUD puis LACAN ont utilisé le mot Unglauben.

Dans le manuscrit K (4) FREUD en écrivant à FLIESS, essaie de faire une synthèse concernant les névroses de défense. Il s’agit d’une de ses premières tentatives de compréhension dans laquelle névrose et psychose ne sont pas encore distinguées. Cependant, guidé par la clinique, au fur et à mesure de ses écrits on voit la pensée de FREUD se mettre en place. Il met donc en parallèle l’hystérie, la névrose obsessionnelle et, comme il l’écrit, « une forme de paranoïa » qui sont des déviations d’état normaux :
- De conflits dans l’hystérie,
- D’auto reproches dans la névrose obsessionnelle,
- De rancune dans la paranoïa,
- De deuil dans le délire hallucinatoire aigu.
Citons encore FREUD « Ces affects pathologiques qui ont entraîné une atteinte permanente du moi apparaissent si l’incident provocateur a été d’ordre sexuel, - et qu’il se soit produit avant la maturité sexuelle ». Cela se passe en quatre temps :
Premier temps : - Un ou plusieurs incidents d’ordre sexuels traumatisants et précoces doivent subir le refoulement. Il s’agit d’un déplaisir.
Deuxième temps :- Refoulement de cet incident capable de réveiller le souvenir, et formation d’un symptôme primaire.
Suivi, troisième temps, d’un stade de défense, où seul se manifeste le symptôme.
– Enfin, surgissement des représentations refoulées avec formations de compromis avec le moi pour donner des symptômes nouveaux.

Dans cet article de FREUD, sont passées en revue successivement la névrose obsessionnelle qui semble, selon lui, le mieux adhérer à ce schéma, puis la paranoïa sur laquelle nous allons insister. Dans la formation de celle-ci, les conditions du stade initial sont inconnues, FREUD n’avançant que les stades ultérieurs.
- Premier temps : L’incident primaire est le même que celui des névroses obsessionnelles. Le déplaisir n’est pas un reproche, mais il s’agit d’un déplaisir dont le prochain est rendu responsable suivant le mécanisme psychique de la projection.
- Deuxième temps :- Le symptôme primaire qui se forme est la méfiance. Le contenu revient, comme FREUD l’écrit, sous forme de pensées surgissantes, d’hallucinations visuelles ou de sensations. L’affect revient, lui sous forme de voix. Là, FREUD n’a pas encore isolé névrose et délire psychotique en écrivant : « ces voix, comme dans les obsessions, sont des auto reproches à la façon d’un symptôme de compromis. Les phrases sont déformées jusqu'à devenir confuses et transformées en menaces, ne se rapportant pas à l’incident primaire, mais à la défiance, donc au symptôme primaire.
- Troisième temps : Le moi, dans le cadre d’un compromis, va intégrer ces symptômes à l’origine d’un délire d’assimilation pour donner une explication à ces auto reproches primaires qui sont refusés.
- Quatrième temps, le retour du matériel, refoulé sous une forme altérée, a créé un échec de la défense. Le délire d’assimilation n’est pas une défense secondaire, mais une « altération du moi ».

L’élément déterminant est donc le mécanisme de la projection accompagné de l’Unglauben, terme alors introduit par FREUD. Le processus s’achève. FREUD, fin clinicien, décrit comment évolue alors un paranoïaque :

- Soit vers une mélancolie, il y acceptation des reproches et le moi « devient tout petit »,
- Soit il y a délire de protection ou mégalomanie jusqu'à déformation complète du moi.

La pensée de FREUD a ensuite évolué. Continuons la lecture des lettres de FREUD à FLIESS tout au long de l’année 1896.
- Dans la lettre n° 46, (5), FREUD reprend son raisonnement en introduisant un tableau et les dates d’apparition des différents stades en fonction de l’âge de l’enfant. Selon lui, dans la paranoïa les scènes traumatisantes ont lieu après la seconde dentition dans la période dite II, jusqu’à 14 ans et réapparaissent à la maturité. La défense se manifeste par l’incrédulité. Sur un autre tableau topologique, dans la lettre 52 de décembre 96 (6), soit 11 mois après le manuscrit K, FREUD fait un nouveau schéma. La paranoïa a son origine - jusqu’à 14-15 ans – là où se constitue le premier enregistrement des perceptions tout à fait incapables de devenir conscientes et aménagées suivant les associations simultanées. Au delà, il y a refoulement dans le pré-conscient.

Etudions maintenant ce qu’en dit Jacques LACAN qui cite le terme d’Unglauben, dans le séminaire VII, (7), dans le séminaire XI et dans le séminaire XVII (1) dans les contextes suivants :

- Dans le séminaire VII, de 1960, Lacan commentant le principe de réalité de FREUD, déploie le mot « das Ding » qui signifie « la chose », en tant qu'elle est séparée des mots « Sache et Wort » qui veulent dire aussi une chose.
Das Ding c’est autre chose. « C’est ce autour de quoi s’oriente tout le cheminement du sujet (on dirait le fantasme maintenant). Par rapport au monde de ses désirs, il s’agit de la préfiguration d’un objet perdu comme tel, (préfiguration de l’objet petit a). C’est cet objet, das Ding en tant qu’Autre absolu du sujet qu’il s’agit de retrouver et qu’on ne retrouve tout au plus, comme regret, comme coordonnées de plaisir ». LACAN, commente ensuite l’Esquisse et la lettre 52 de FREUD (7).

Selon FREUD, le névrosé recherche dans l’action spécifique, l’objet par lequel fonctionne le principe du plaisir. Si la fin de l’action spécifique qui vise à l’expérience de satisfaction est de reproduire l’état initial, de retrouver das Ding, l’objet, alors nous comprendrons bien des modes du comportement névrotique.
- La conduite de l’hystérique à pour but de recréer un état centré par l’objet, das Ding, support d’une aversion. C’est en tant que l’objet premier est objet d’insatisfaction que s’ordonne l’Erlebnis, l’expérience vécue de l’hystérique.
- A l’inverse, dans la névrose obsessionnelle, l’objet par rapport à quoi s’organise l’expérience de fond, l’expérience de plaisir, est un objet qui apporte trop de plaisir. L’obsessionnel va donc avoir un comportement d’évitement par rapport à l’objet de son désir.
- Dans le cadre de la paranoïa, classée initialement par FREUD dans les psychonévroses sexuelles, celui-ci parle de Versagen des Glauben, soit littéralement « échouer la croyance ». Ce premier étranger par rapport à quoi doit se référer le sujet, le paranoïaque n’y croit pas commente LACAN. L’attitude radicale de certitude du paranoïaque s’articule avec un acte de non foi appelé : Unglauben. LACAN refait allusion au séminaire III concernant l’étude de la psychose en redisant « que la paranoïa est rejet d’un certain appui dans l’ordre symbolique, appui qui peut se faire autour de la division en deux versants du rapport à Das Ding ».

1 – D’une part, Das Ding, hors signifié, forclos, avec son rapport pathétique pour lequel le sujet conserve sa distance et se constitue dans un mode de rapport, d’affect primaire antérieur à tout refoulement. Ce refoulement, en 1896 fait problème à FREUD qui alors, a pour théorie qu’il se fait par rapport à Das Ding, orientant le choix de la névrose et qui réglera la fonction du principe de plaisir.

2 – d’autre part, à la même place, selon LACAN, viens s‘organiser un négatif de Das Ding, qui est la réalité qui commande et qui ordonne.

Dans le séminaire XI, en 1964, au chapitre traitant du « Sujet supposé Savoir » et du transfert, LACAN développe et reprend les concepts d’aliénation – séparation développés auparavant dans les deux chapitres précédents (9).
Une formule est mise au tableau comprenant un petit losange, processus circulaire qui sert à intégrer quelque un des signes majeurs de LACAN (a, D, $, etc) dans des algorithmes comme le fantasme etc.. Dans une logique symbolique, le petit poinçon peut se diviser en deux parties, une au dessus, une au dessous, parties vectorielles, comme écrit LACAN caractérisées par «la non réciprocité et la torsion dans le retour »:



Au dessus le trajet vectoriel de droite à gauche appelé séparation est en rapport avec la dialectique des objets du désir tant qu’elle fait le joint du désir du sujet au désir de l’Autre. Nous ne le développerons pas ici.
Pour introduire Unglauben, nous resterons à la partie inférieure du losange appelé le vel qui désigne la première opération essentielle où se fonde le sujet, opération appelé l’aliénation. L’aliénation consiste dans ce vel qui condamne le sujet à n’apparaître que dans la division qui fait que, s’il apparaît comme Sens, produit par le signifiant, il apparaît de l’autre comme aphanisis, ou fading ou disparition.


Cet algorithme est repris plus loin (10). Le sens est défini par la lettre X, à gauche et l’aphanisis est représentée à droite par S1 en regard du losange et par S2 sous X, réalisant un circuit à 3 signifiants pour illustrer que l’aliénation est liée de façon essentielle à la fonction du couple de signifiants.
La fonction du sujet, nous dit LACAN, ne peut être définie qu’avec deux signifiants. S’il y a 3 signifiants, le glissement se fait du 3 ème au premier selon un mouvement circulaire réalisant pour ce troisième signifiant un effet d’aphanisis.
La formule est remise au tableau établit donc les rapports entre X, la suite des sens, poinçon, S1, la suite des identification et S2, sous X, réalisant normalement un effet d’aphanisis dans le sens S2 -X.


Citons LACAN « Lorsqu’il n’y pas d’intervalle entre S1 et S2, il y a alors le modèle de toute une série de cas ou le sujet n’occupe pas la même place ». Commentant un article de Maud MANNONI, il cite un exemple destiné à faire comprendre ce qui se passe dans le cas d’un enfant débile qui prendrait la place en tant que sujet en S (S1-S2 pris en seul terme), dans le cadre d’une identification globale, massive, en tant que support du désir de la mère.
Dans la psychose, il n’y a plus de possibilité d’effectuer l’opération S2 – X, troisième signifiant vers le premier car la prise en masse de la chaîne signifiante primitive (S1-S2) interdit l’ouverture dialectique qui se manifeste dans le phénomène de la croyance, (la croyance est alors prise au sens de celle du névrosé, être divisé, accessible à la foi et au doute).
Chez le paranoïaque, qui est animé d’une toute autre croyance règne ce phénomène d’Unglauben. LACAN réintroduit alors le terme d’Unglauben en disant « Ce n’est pas le « n’y pas croire », mais l’absence d’un des termes de la croyance, du terme ou se désigne la division du sujet ». Ce terme forclos fait la spécificité du paranoïaque alors que chez le névrosé, « s’il n’est pas de croyance qui soit pleine et entière, c’est qu’il n’est pas de croyance qui ne suppose dans son fond que la dimension dernière qu’elle a à révéler est strictement corrélative du moment où son sens va s’évanouir » (11).
Chez le névrosé donc, l’opération S2 - X peut se réaliser, faisant apparaître le sujet comme aphanisis, corrélativement à la réalisation de l’opération signifiante S1- S2, non soudée comme dans la psychose.

Dans le séminaire XVII, au chapitre, « vérité sœur de jouissance », LACAN fait encore allusion à la lettre de FREUD contenant le mot Unglauben. Ce chapitre difficile aborde encore le thème de la vérité en psychanalyse et il aborde le thème du Je (12). « Si vous superposez un S sur lui-même, sous et sur une barre, le signifiant ainsi désigné, dont le sens serait absolu est le Je, Je transcendantal, Je du maître, Je idéal qui maîtrise tout par où quelque chose est identique à lui même, à savoir l’énonciateur, c’est précisément ce que le discours universitaire ne peut éliminer de la place ou se trouve la vérité ».
LACAN aborde alors la position des philosophes pour qui la vérité est une position souple et pathétique pour les plus lucides et les plus clairs qui cherchent à sauver la vérité. L’un de ceux là, dans cet effort est Ludwig WITTGENSTEIN qui a écrit un seul livre, terme d’une réflexion philosophique et logique, nommé « tractatus logico philosophicus » en 1921. WITTGENSTEIN a formulé de la façon la plus pure qu’il n’y a de vérité qu’inscrite en proposition, le savoir étant constitué d’un fondement de proposition qui peut fonctionner en toute rigueur comme vérité. WITTGENSTEIN serait celui qui aurait articulé ce qui, de quoi que ce soit qui propose, peut être dit vrai et soutenu comme tel. WITTGENSTEIN a écrit un livre impeccable de rigueur concernant la vérité – sa conception absolue de la vérité dans un implacable discours.
C’est là que la phrase citée au début de cet article intervient « mais comment FREUD définit-il la position psychotique dans une lettre que j’ai maintes fois citée ? Précisément de ceci qu’il appelle, chose étrange, Unglauben, ne rien vouloir savoir du coin où il s’agit de la vérité » (1).
LACAN recommande ensuite la lecture d’un texte de POLITZER intitulé « Fondement de la psychologie concrète ». Ecrit en 1928, ce livre cinglant contre la psychologie de l’époque, spécialement universitaire, recommande de ne se fier qu’au discours du patient. Cependant, dit LACAN, POLITZER, en voulant faire un effort louable pour sortir du discours universitaire de l’époque ne peut s’empêcher de retomber dans l’exigence du « Je » qui caractérise spécialement le discours universitaire lui même.

Le psychotique, comme WITTGENSTEIN, ou l’universitaire veulent sauver la vérité.
Pirouette de LACAN, effet de langage ou existe t-il un rapport entre Unglauben, « n’y pas croire » et la vérité ?

Commentaires

Nous allons commenter Unglauben, en le reprenant dans le contexte où LACAN nous l’a cité, dans le séminaire XVII, c’est à dire en essayant de cerner ce qu’est le concept de vérité pour un psychanalyste.
Les enjeux de la vérité sont nombreux et essentiels, dans la mesure où, comme le dit le Dictionnaire, ils portent sur la possibilité même de produire des énoncés vrais et de se débarrasser des opinions, des erreurs, des apparences et des idéologies.
Le concept de vérité agite beaucoup : vérité des philosophes, « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » dit PASCAL (13), mais le même auteur dans sa foi religieuse dit aussi « La foi est différente de la preuve : l’une est humaine, l’autre est un don de Dieu ». Nous ne pouvons pas traiter tout ce qui a été dit sur le concept de vérité, qui, des sophistes à la théorie de la relativité, inciterait à être prudent et critique. C’est pourtant un fait d’observation quotidien : de nombreux universitaires, religieux, hommes de sciences restent, eux aussi, persuadés de détenir la vérité.
LACAN résume cela, en commençant son chapitre sur « vérité sœur de jouissance, » (14) en nous mettant bien en garde. « Vérité n’est pas un mot à manier hors de la logique propositionnelle, où on en fait une valeur, réduite à l’inscription au maniement d’un symbole. Cet usage est très particulièrement dépourvu d’espoir. C’est bien ce qu’il y a de plus salubre ». En effet comme il nous le montre plus loin, l’amour de la vérité est l’apanage du pervers, du psychotique (et nous pourrions ajouter des obsessionnels graves).
« La vérité pour le psychanalyste est inséparable des effets de langage pris comme tel, vérité qui semble nous être étrangère, notre propre vérité précise LACAN, dont nous ne sommes pas sans elle et, qu’a être à sa portée nous nous en passerions bien » (15). Nous ne sommes plus dans le registre de la croyance en un sens de la vie, d’une foi religieuse ou d’un principe philosophique, mais dans la structure, le fantasme et le symptôme. C’est avec le savoir en tant que moyen de jouissance que se produit le travail qui a un sens, un sens obscur. Ce sens obscur est celui de la vérité (16).

Pour articuler Unglauben à la vérité, 3 temps chronologiques sont à décrire :

Le temps de découverte et de mise au point de l’acte psychanalytique par FREUD
Le 1 er temps de l’enseignement de LACAN
Le 2 éme temps de l’enseignement de LACAN

1 - Incrédulité, ne pas vouloir savoir, Unglauben a été un terme souligné par FREUD pour expliquer le comportement d’une « certaine forme de paranoïa », lorsqu’il en était au début de son expérience de la psychanalyse et que la névrose et la psychose étaient encore en friche. Ultérieurement, dans ses commentaires sur les mémoires d’un névropathe, FREUD a compris et a décrit la paranoïa, alors définitivement séparée des névroses.

2 – Selon la lecture qu’en a fait LACAN, Unglauben s’inscrit dans l’être du paranoïaque psychotique comme pilier défensif d’une croyance absolue (au sens étymologique du terme). LACAN a replacé le terme Unglauben à une autre place que celle de FREUD : Pour ce dernier, c’est une construction secondaire, mais pour LACAN il s’agit d’un mécanisme d’appui d’un délire dans le cadre d’une forclusion. En effet, chez le paranoïaque Glauben ne peut exister sans Unglauben. Un paranoïaque est animé d’une foi profonde, impossible à entamer. Tout son raisonnement se bâtît sur un élément de certitude, autour duquel l’Unglauben règne, éliminant tout ce qui pourrait ébranler sa construction délirante. Sans la castration il n’y a pas de soumission du désir à la loi. Non divisé, non accessible au doute, ce n’est pas le « n’y pas croire », du névrosé, mais l’absence d’un des termes de la croyance qui est absent à l’origine par forclusion du terme où se désigne la division du sujet.

Unglauben doit aussi être intégré dans le tournant conceptuel qu’a pris LACAN en 1967. Le premier temps de l’enseignement de LACAN est la clinique du signifiant, les phénomènes de langage y ont une place particulière. Cette clinique est orientée par le Nom du Père en tant qu’il est un signifiant permettant de réguler l’énigme du désir de l’Autre en y apportant une réponse, celle de la mise en place de la signification phallique. Dans les séminaire VII et XI, nous sommes dans cette première période de l’inconscient vérité, ou l’Autre consiste. Soit le sujet dispose de ce signifiant, soit ce signifiant est forclos. Ainsi lorsqu’un sujet est confronté à une perte de réalité ou à un trou dans la signification, il y répond en mettant à l’épreuve son manque avec le manque de l’Autre. Il veut savoir ce qu’il vaut pour un Autre et interrogera donc le désir de celui-ci. Cette vérité première est une vérité toute qui épuise la rencontre de l’horreur de la castration. Cela est même rappelé plus tard, en 1969 dans le séminaire XVII (17): « L'amour de la vérité : c'est l'amour de cette faiblesse dont nous avons soulevé le voile, c'est l'amour de ceci que la vérité cache et qui s'appelle la castration»

3 - Cette promotion de la vérité et du signifiant sera progressivement déconstruite après 1967, dans les séminaires suivants. Le second temps de l’enseignement de LACAN est celui d’une clinique plus opératoire pour rendre compte de la Jouissance et de son dérèglement lorsque celle –ci ne se résume pas à la seule réponse de la signification phallique.
Dans l’Envers de la psychanalyse, de 1969, l’inconscient vérité est dévalorisé au profit de l’inconscient savoir. Quand à la vérité, LACAN nous rappelle ce qu’il faut en dire dans ce séminaire XVII, « Nulle évocation de la vérité ne peut se dire toute entière, au delà de la moitié il n'y a rien à dire »

En conclusion

Après 1896, le terme d’Unglauben ne sera plus utilisé ultérieurement par FREUD, mais remplacé, en fonction de son idée directrice, par Verneinung – dénégation ou Verleugnung – déni, voire Verwerfung – forclusion.
Unglauben repris par LACAN dans le séminaire XVII, dans un sens précis, « ne rien vouloir savoir du coin où il s’agit de la vérité » nous ramène à ce concept de vérité pris, repris, « disséqué » pour nous faire comprendre qu’il est à manier particulièrement avec précaution du fait de son rapport au réel. L’adage populaire, nous dis bien : « Toute vérité n’est pas bonne à dire ».
Notre vérité est déformée par notre imaginaire et vue à travers la lorgnette de notre fantasme. L’adage populaire, lui encore, ne s’y est pas trompé : « à chacun sa vérité »,
C’est LACAN qui en une phrase résume toute la complexité et « la vérité » du problème dans la phrase célèbre du début de Télévision : « On ne la dit que pas toute, car la dire toute, la vérité c’est impossible matériellement : les mots y manquent. C’est même par cet impossible que la vérité tient au réel » (1.

Bibliographie.


1 – J.LACAN séminaire XI page 71
2 – S.FREUD - De la naissance de la psychanalyse page 136.
3 – J.LACAN - « Variantes de la cure type » Ecrits page 341
4 – S.FREUD - De la naissance de la psychanalyse page 129 à la page 137
5 – lettre n° 46, page 146
6 - page 158
7 – J. LACAN séminaire VII, page 67
8 – J. LACAN séminaire XI page 216
9 - page 190
10 - page 215
11 page 216
12 - J. LACAN séminaire XVII page 70
13 – B. PASCAL Pensées page 294
14 - J. LACAN séminaire XVII page 76
15 - page 66
16 - page 57
17 - page 58
18 - J.LACAN Télévision. Page 9

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