J-J POUMET: "L'ob-su-jet"


Dans le dictionnaire "Petit Robert" :
Ob : élément de la préposition latine" ob" : " en face de, à l'encontre", qui prend la forme Oc-, Of-, Op-, Os-, O-, selon la lettre qui le précède.
( Ex : Occasion, Offenser, Opprimer, Omettre ).



Le Sujet pâtît et jouit de quelque chose qui, de s'être avéré d'abord, n'en a pas moins manqué et défailli, au double sens équivoque du défaut et de la faute, mais s'articulant aussi avec "le défaut du Vrai", inhérent à la structure du langage. C'est par ce biais que, dans son texte Radiophonie ( Scilicet 2/3 , Paris, Seuil, 1970, p. 80.), et dans son Séminaire "D'un Discours qui ne serait pas du Semblant", LACAN parlait de "la faux du temps", faisant résonner le cristal de la langue avec son "faut du temps" :

" Qu'il faille , disait-il , ce qu'il faut de temps, dit assez qu'il faut que le faux soit là pour faire tomber le Vrai . Du Faux au Vrai, il y a une faille qu'il faut du temps pour franchir".

Si LACAN dans Radiophonie nous laisse entendre que le "faut du temps" recèle une exigence ontique de l'intégration d'une perte et d'un manque à l'origine, c'est aussi à partir de ce que produit dans l'œuvre de FREUD la révélation d'un impossible (réel) du "zeit-los" (l'impossible d'un dénoué du temps) comme tel imputable à l'inconscient . Cet impossible se déduit pourtant significativement du temps dont FREUD ne parle cependant pas en tant que tel dans son commentaire relatif à son "sophisme du chaudron percé", pas plus qu'il n'y parle d'un "hors temps" ". Il substitue au temps le défaut de son articulation subjective qu'il met en évidence.

FREUD en effet dans "Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient", note ( NRF, coll. Idées, p. 89), que "l'apparence de logique caractéristique du sophisme est destinée à couvrir la faute de raisonnement". Disons qu'il s'agit d'une faute ou d'un défaut dont le partage se détermine ici entre erreur et mensonge, interrogeant les rapports de la vérité au savoir supposé du sujet ("la varité", dont parle LACAN).
Ainsi le sophisme recèle-t-il "une omission", que FREUD donne comme étant le "nœud" même de ce fameux sophisme du chaudron percé qu'il propose en exemple, sophisme "dont on a beaucoup ri, nous dit-il, bien que l'on puisse douter de son caractère de mot d'esprit".
Rappelons ce sophisme :
" A a empreinté à B un chaudron de cuivre; lorsqu'il le rend, B se plaint de ce que le chaudron a un grand trou qui le met hors d'usage. Voici la défense de A :
- primo, je n'ai jamais empreinté de chaudron à B.
- secundo, le chaudron avait un trou lorsque je l'ai empreinté à B.
- tertio, j'ai rendu le chaudron intact."

Le commentaire de FREUD met l'accent sur l'exigence d'une détermination subjective: un sujet "A" qui serait quelqu'un qui puisse dire "je".., car ceci n'est rendu possible que par le choix explicite et décisif d'un argument dont la plausibilité (consistance subjective), surgisse de l'acceptation de la perte, soit de l'abandon des deux autres arguments :
"Chacune de ces objections en soi est valable nous dit FREUD, mais rassemblées en faisceau, elles s'excluent l'une l'autre,. A isole ce qui doit faire bloc…On peut aussi dire que A met un "et" là où seule l'alternative "ou- ou bien" serait de mise".
Cette mise au subjonctif conditionnel de l'alternative du choix forcé de l'aliénation ( un parti pris de choix), articule un "en jeu" à l'en "je" du choix d'un "sujet", celui dont l'entrée réelle soit exigible dans la dimension temporelle d'une scansion, d'une coupure par quoi puisse s'introduire la fonction d'une identification signifiante, avant tout manifestable par l'assertion d'une certitude subjective anticipée : celle d'un "je" qui parle, à partir d'une position désirante déterminant un avant et un après historicisant son dire.

LACAN logifie davantage encore cette objection "qu'il faut" opposer à l'ignorance du temps attribuée inconsidérément à l'inconscient sous l'angle d'une généralisation. Cette ignorance est celle qu'"on" rencontre de façon significativement interrogeante dans les cures, et s'adressant au cas par cas, elle a poussé LACAN à inventer la passe en psychanalyse.
Dans son texte sur le "temps logique", qu'il dénomme "un nouveau sophisme", celui de "l'assertion de certitude anticipée", "la fonction de la hâte" s'organise, d'être mise en tension par la durée et d'être logifiée en intention par l'acte de sortie du "moment de conclure", lequel succède à "l'instant de voir" et au "temps pour comprendre". Ici, les motions logiques suspendues à ces trois temps d'arrêt décisifs, s'avèrent signifiantes de la prévalence de la structure temporelle, et non pas de la structure spatiale du procès logique, nous dit LACAN.
La dimension de sophisme tient à "l'intersubjectivité logique" du groupe des trois prisonniers. Elle réside dans le fait de l'universalisation de la solution logique, qui réalise l'allégorie triple d'un sujet unique : celle d'un "je" final, celui qui, parlant de ce qu'il ne peut voir de lui-même sur lui-même, s'avère néanmoins réellement présent dans la représentation de l'issue déductible qui s'affirme sous la forme résolutive de l'acte conclusif pour chacun de ces trois prisonniers . Ceux ci, d'avoir rejoint la certitude finalisée d'un savoir ramené au pur jeu logique des motions suspendues du signifiant , sortent ensemble au troisième temps, si je puis dire "comme un seul homme".


La solution universelle et son articulation au temps logique qui rend véridique la résolution du problème, c'est donc bien ce à quoi répond l'écrit de LACAN intitulé : " Le temps logique ou l'assertion de certitude anticipée. Un nouveau sophisme" ( " Le temps logique ou l'assertion de certitude anticipée ", Ecrits, Paris, Seuil, 1966, pp.197-214), avec ses trois temps : l'instant de voir, le temps pour comprendre, et le moment de conclure.
Je rappellerai à ce propos une partie du commentaire éclairant qu'en a fait Eric LAURENT dans son article : "Le temps de se faire à l'être", paru en février 1994 dans le N° 26 de la Revue de la Cause Freudienne: " Le temps fait symptôme", diffusion Navarin Seuil .pp. 40-43 .
Eric LAURENT dit qu'on distingue dans le temps logique de LACAN " la solution parfaite et la solution vraie comme relevant, l'une du calcul synchronique, l'autre d'un calcul incluant le temps".

Il nous rappelle que dans la solution vraie, les modalités de la certitude s'articulent aux trois temps que nous résumerons ainsi :
- la première modalité est impersonnelle dans une matrice indéterminée où se nouent être et avoir : "à être en face de deux noirs, "on" sait qu'on est un blanc". Ce mode, dit-il, est quasi grammatical . Il lie protase et apodose précise t-il, qui sont des figures de style inversant principale et subordonnée . "Le déplacement ici de la subordonnée accentue la place de la cause ".
- la seconde modalité du temps, dit Eric LAURENT, "c'est une dimension imaginaire", celle "de sujets indéfinis, sauf par leur réciprocité".., "où le "je" ne se calcule que d'un réglage sur les semblables" : "je ne peux pas être un noir, sinon B et C ne tarderaient pas à se reconnaître pour être des blancs".
- ce n'est qu'à la troisième modalité que s'avère le jugement conjoint à la structure essentielle d'un "je" qui soit celui de la certitude conclusive, et qui, selon LACAN , résulte aussi de ce que "la tension du temps se renverse en tendance à l'acte"- réalisant, disons le ainsi, ce que réalise la fonction temporelle d'une véritable instance, celle d'une sollicitation pressante, celle que LACAN appelle "la fonction de la hâte" dans l'assertion de certitude anticipée.
Eric LAURENT remarque aussi ceci : " dans le texte de 1945, la certitude se présente comme conclusive certes, mais il faut noter son caractère toujours anticipé, c'est à dire suspendu à l'Autre". C'est ce que, semble indiquer dit-il, LACAN en 1964 (Le Séminaire, livre XI, Paris, Seuil, 1973, p.33 ) dans cette reformulation :
"L'apparition évanouissante se fait entre les deux points, l'initial et le terminal, de ce temps logique - entre cet instant de voir où quelque chose est toujours élidé, voire perdu, de l'intuition même, et ce moment élusif où , précisément, la saisie de l'inconscient ne conclut pas, où il s'agit toujours d'une récupération leurrée.
Ontiquement donc, l'inconscient c'est l'évasif, poursuit LACAN, mais nous arrivons à le cerner dans une structure (…) temporelle (…) jamais jusqu'ici articulée comme telle".
Ici, et avec le recul de cette conceptualisation, E. LAURENT souligne pour nous que " ce qui va vraiment conclure, c'est la part de jouissance alors non encore thématisée comme telle" dans le Séminaire XI par LACAN, et "qui viendra explicitement s'inscrire ultérieurement dans le Séminaire Encore, où la hâte est mise en équivalence avec l'objet a". ( La Cause Freudienne N° 26 p. 41)

La référence implicite à "l' Au delà du principe de plaisir" qui traverse le célèbre jeu du Fort-Da qu'a décrit précisément FREUD dans cet article, LACAN nous en parle ( page 67 du Séminaire IV) comme de la relation constitutive du " couplage présence-absence".
Cette présence, ou cette absence, peut s'écrire + ou - , nous dit-il, et l'enfant la reçoit d'abord du dehors. Elle connote, nous indique LACAN, un ordre symbolique, c'est à dire la constitution symbolique de l'agent de la frustration qui, "à l'origine", est "la mère symbolique" introduisant pour l'enfant, par son absence référée à sa présence, "une disjonction identificatoire" entre elle et l'objet, non seulement celui qu'elle est ou qu'elle n'est pas pour l'enfant par sa présence ou par son absence réelle, mais au delà, selon que, dans sa présence, cet objet, elle le donne ou qu'elle le refuse. De ce fait, elle se constitue comme "puissance réelle", nous dit LACAN .
Elle introduit donc symboliquement "un élément nouveau et unique de totalité qui s'oppose au chaos des objets morcelés", celui de "la position paranoïde" par exemple, qu'a décrite Mélanie KLEIN, position qui, selon cet auteur, précède "la position dite dépressive" par où l'enfant, en réalisant symboliquement sa séparation d'avec sa mère, vient à réaliser l'unité imaginaire de son corps propre dans la perception de sa mère comme autre, par le deuil des objets perdus engendrés de leur détachement d'une mythique jouissance originaire étayée sur le besoin.

Par le jeu du Fort-Da, la mise en fonction temporelle du couplage présence-absence, c'est à dire la pulsation d'un rapport à l'objet manquant identifié à, puis distingué de …la mère, apparaît comme la mise en fonction substitutivement subjectivée d'une scansion vocalisée qui se transpose dans la parole où elle prend corps. C'est une scansion, dont le sens des deux temps qui la composent successivement - Fort ( loin ), et Da ( là ) - vient à s'inverser par l'articulation qu'en réalise le sujet dans son jeu vocalisé du Fort-Da, souligne LACAN . Cette parole apparaît modulée significativement par deux temps signifiants, en fonction du surgissement ou de la disparition de l'objet en question, lequel objet substitué à la mère, la fameuse "bobine", devient symboliquement , en deux "instants" donnés à voir, appelé là ( Da ) quand il est absent, et rejeté loin ( Fort ) ou banni comme le dit LACAN ( Le Séminaire, livre I, Paris, Seuil, p.195, 196 ), lorsqu'il se présente et se représente réellement devant le sujet. Cette alternance se fait sur le mode de la célèbre vocalisation ( Fort-Da ) du petit fils de FREUD, ou de tout autre enfant qui, dans le même type de jeu répétitif, en inverse intentionnellement dans son message, le sens codé des mots, et c'est par où l'on voit, dit LACAN, "s'extraire du langage sa parole"- c'est à dire que du langage, l'enfant en déplace par un décalage synchronique la fonction "objectale", depuis celle supposée d'une désignation connotative adverbiale du mot dans son rapport à la chose, qui est la fonction d'un signe codé, jusqu'à celle plus vivante fut-elle mortifiée, bien plus parlante car proprement symbolique de sa mise en "je" désirante et signifiante singulière liée à son message.
Cette mise en jeu du Sujet dans son rapport à l'objet, s'avère engendrée d'une intimation verbale décalée comme à contre temps, qui évoque la syncope en musique. Elle passe aussi par l'inversion du sens des mots par rapport à l'événement de l'apparition ou de la disparition de l'objet, par quoi s'impose au sujet et par quoi se réalise impérieusement pour lui, au delà de son rapport à l'objet réel, une mise en fonction signifiante de la "différance"(au sens dérridien de l'action de différer dans le temps) que ces mots - Fort et Da- confèrent à la valeur de cet objet voulu chose manquante : celle d'un "jeu" primitif de satisfaction d'un simple besoin remplacé par l'avènement d'un sujet parlant qui réalise à contretemps, par et dans la parole, une scansion découpée de sa jouissance de l'appel contrastant successivement avec le bannissement ou la disparition, non tant de l'objet lui-même comme tel aboli, que de l'agent qu'il représente : la mère.., ou encore de "la bobine" du sujet lui-même, apparition jubilatoire surgie dans le jeu de cache-cache de sa propre reconnaissance idéalisée contrastant identificatoirement avec la disparition provoquée de son image dans le miroir . Ceci correspond point par point au texte freudien.
Nous sommes ici devant la scansion inversée d'un message négativé grâce auquel se représente en effets de sens (effets sujet), et au delà de l'objet réel refusé comme tel, la présence solitaire d'un sujet désirant, référée à la présence sur fond d'absence de l'Autre, "barrée" si je puis dire : la mère symbolisée comme manquante . Son absence est littéralement ordonnée par le sujet dans la présence, et inversement sa présence est ordonnée dans l'absence, et ces deux occurrences s'articulent à "la permanence" d'un sujet dont la présence ici et là se signale comme telle répétitivement à travers le message substitutif inversé par quoi s'introduit, avec sa voix, l'élément phonétique tiers, représentant ici littéral de ce que l'objet devenu tiers pour lui n'est pas : "le mot dans sa pure fonction signifiante de meurtre de la chose", comme le dit LACAN.
Les mots du Fort-Da témoignent de la mise en jeu (et en "je") syncopée de la représentation temporelle du manque de l'objet par une symbolisation élémentaire + et - de la parole qui appelle et bannit l'objet, en inversant les alternances perçues de sa présence ou de son absence "réelles" . Il y a là une symbolisation synchronique décalée en contretemps par rapport au surgissement ou à la disparition de l'objet réel perçu mis en question . Ainsi, la manipulation de "la bobine" ne se réduit pas à un pur et simple jeu de maîtrise de l'objet.
Nous voyons par cette négativation élémentaire qu'ordonne l'usage symbolique du mot, s'affirmer l'effet Sujet du signifiant, celui qui ouvre le sujet du langage à la manifestation d'un désir par lequel il entre en tant que "je" qui parle, dans une véritable première ébauche de discours où sa parole, de façon anticipante, s'affirme déjà paradoxalement de la négation même de son objet perdu .
"Le masochisme primordial est à situer autour de cette première négativation, de ce meurtre originaire de la chose", nous dit LACAN.

Mais si cette "abjection", négativante du réel de l'a-chose, par quoi s'introduit le premier "il n'y a pas de rapport" du sujet avec la chose comme telle rejetée, constitue bien ce dont le désir du sujet s'affirme originellement, il revient aussi à ce parlêtre qu'au travers de sa cause subordonnée à l'effet de signifiant, s'introduise, par l'effacement en lui de la trace de cet objet qui cause son fading, une autre dimension symbolique : celle du "neutre" de l'objet ( ne uter en latin voulant dire : ni l'un ni l'autre ) . C'est la dimension constitutive d'une véritable annulation de la toute puissance captivante mais leurrante de l'objet libidinal constitué comme partenaire, grâce à quoi s'établit, par l'acquisition d'une capacité d'abstraction symbolique, une pacification pulsionnelle des "rapports" de ce sujet avec l'objet d'amour plus familier que les mots lui sont devenus, hors de la satisfaction du besoin . Cette appréhension symbolique de l'objet comme neutre tend vers l'établissement de ce que FREUD a appelé le principe de constance, lequel ne se laisse pas réduire exclusivement à une conception purement organique ou économique quant à sa cause ici appréhendée dans la dimension d'un défaut répétitivement éprouvé de son équivalence dans le rapport qu'il n'y a pas à la chose. Cette cause n'est pas celle de son résultat en termes énergétiques : " un abaissement jusqu'au niveau zéro de la quantité d'excitation ". Elle n'est pas d'avantage" le maintient à un niveau constant d'une tension la plus basse possible" qui n'en est que l'effet de pacification de la pulsion résultant d'une symbolisation .
C'est plutôt dans le registre de l'au delà d'un "écouter-voir" des effets de la jouissance du signifiant substitué à l'objet que cette cause nous apparaît devoir être inscrite, repérable à ses effets de déplacement métonymique qui changent le positionnement du sujet par rapport au fonctionnement de la chaîne signifiante, "le zéro étant un chiffre symbolisant la fonction de la place dans la chaîne signifiante" .
C'est ce que nous dit LACAN dans "la direction de la cure et les principes de son pouvoir" (Ecrits, p. 594 ) précisément à propos du jeu du Fort-Da . Il en parle "comme de la combinaison de la vie avec l'atome 0 du signe, en tant qu'il connote certes d'abord la présence ou l'absence, en apportant essentiellement l' "et" qui lie cette présence et cette absence; il institue la présence sur fond d'absence comme il constitue l'absence dans la présence".
"…y apparaît du même coup la valeur de l'objet en tant qu'insignifiant ( ce que l'enfant fait apparaître et disparaître)", ce qui témoigne de sa réduction substitutive au rang d'un simple objet symbolique instrumental de démonstration, devenu maniable comme tel selon un modèle analogue à ce qu'est devenu, par exemple, dans le texte freudien, la girafe chiffonnée du petit Hans : un objet symbolique jetable certes, mais sur quoi l'on puisse tabler, se servir comme d'un fondement .
Comme le dit auparavant LACAN dans sa remarque sur le rapport de Daniel LAGACHE, ( Ecrits, p. 654) , rappelons nous que " le fait de la différentiation primaire laisse en suspens son usage proprement signifiant d'où dépend l'avènement du sujet"…" c'est une relation d'objet dans le réel …où le sujet fait son entrée comme sujet si, au besoin qui soutient cette différentiation s'ajoute la demande, cependant que le besoin devient pulsion pour autant que sa réalité ( de besoin ) s'oblitère en devenant symbole d'une satisfaction d'amour".

De même qu'il y a dans le jeu des prisonniers du temps logique lacanien deux signifiants contrastés : blanc et noir , dans l'exemple freudien du jeu du Fort-Da, l'incorporation signifiante elle aussi exige deux signifiants opposés : Fort et Da . "Ce qu'il y a d'abord, souligne E. LAURENT ( Revue de la Cause freudienne N° 26, p. 41 ), c'est la synchronie signifiante . Il y a ensuite l'identification, et c'est par là que le sujet s'y introduit ou non, et ne s'identifie que par un battement primordial :
"effet de langage (…) le sujet traduit une synchronie signifiante en cette primordiale pulsation temporelle qui est le fading constituant de son identification " ( LACAN J., Ecrits, p.835 )
LACAN précise cependant "qu'à ce retournement vers ce qui met en cause le sujet , l'alternative se propose en disjonction qui donne la réponse" ( LACAN J., Ecrits, p.835 ) "L'effet de langage c'est la cause introduite dans le sujet. Par cet effet, il n'est pas cause de lui même, il porte en lui le ver de la cause qui le refend". Effet de langage né d'une refente originelle, "le sujet donc, on ne lui parle pas, dit-il . Ca parle de lui et c'est là qu'il s'appréhende, et ce d'autant plus forcément qu'avant que du seul fait que ça s'adresse à lui, il disparaisse sous le signifiant qu'il devient, il n'était absolument rien. Mais ce rien se soutient de son avènement maintenant produit par l'appel fait dans l'Autre au deuxième signifiant".
Le sujet est donc divisé entre les deux signifiants Fort et Da . "Entre les deux, "on" n'est rien, dit E.LAURENT , et l'avènement du sujet suit ce chemin du "on" au "rien".

"La cause perpétue la raison qui subordonne le sujet à l'effet de signifiant " , nous enseigne donc LACAN ( Ecrits, position de l'inconscient, p.839 ) et "la rétroaction du signifiant en son efficace…est la seule et vraie cause première". C'est celle qui produit sa consistance imaginaire de la surdétermination d'une articulation non réciproque, où l'Autre pour le sujet est devenu le lieu de sa cause signifiante, "ce pourquoi nul sujet ne peut être cause de soi". (Ecrits p.841 )
La position de LACAN lorsqu'il commente le jeu du Fort-Da dans le séminaire I insistait à nous dire déjà que c'est par le langage que se produisent les variations des effets de miroir qui présentifient au sujet dans l'autre les figures et les images différentes de son désir. Il y enseigne déjà qu'il y a connexion entre le réel , l'imaginaire et le symbolique ( Le Séminaire, livre I, p.180 ) " pour autant que s'y inscrit l'histoire du sujet , non pas l'Entwickelung, le développement, mais la Geschichte, l'histoire dit-il, soit ce dans quoi le sujet se reconnaît, corrélativement dans le passé et l'avenir ".
Il explique alors que le passé et l'avenir se correspondent, mais pas dans le sens qu'il serait possible de croire que l'analyse indique, dit-il, c'est à dire du passé à l'avenir . Je le cite: "Au contraire dans l'analyse justement, parce que la technique est efficace, ça va dans le bon ordre - de l'avenir au passé".
Et il le dit encore autrement : "C'est en fonction du fait que le malade a un avenir que vous pouvez aller dans le sens régressif "… "C'est en fonction de la constitution symbolique de son histoire que se produisent ces variations où le sujet est susceptible de prendre des images variables, brisées, morcelées, voire à l'occasion inconstituées, régressives, de lui même".
Je conclurai sur cette dernière citation ( Le Séminaire, livre I, p. 181 ) :
"L'inconscient est quelque chose de négatif, d'une part en tant qu'idéalement inaccessible, et d'autre part quelque chose de quasi réel …c'est quelque chose qui sera réalisé dans le symbolique ou, plus exactement qui, grâce au progrès symbolique dans l'analyse, aura été".
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