J.RUFF : Traumatismes de la langue


Introduction.
1) Métaphore du Traumatisme : ignorance de l’habitat langagier.
”il n'est pas nécessaire de connaître le plan d'une maison pour se cogner la tête contre ses murs: pour ce faire, on s'en passe même assez bien." Ou comme dit Freud “ que le moi n’est pas maître dans sa propre maison”,
"Ce qui distingue l'architecture du bâtiment : une puissance logique qui ordonne l'architecture au-delà de ce que le bâtiment supporte de possible utilisation."
=> Psychanalyse comme science du langage, logique habitée par le sujet, pris et torturé par le langage.
2) Le psychotique nous met sur la voie plus que le névrosé.
Le névrosé habite le langage le psychotique est habité, possédé par le langage. Névrosé :méconnaît la détermination des effets de la langue, qu’il est sujet, assujetti, $.
a) un événement extérieur autre que la langue : séduction par le père, menace de castration, observation du coït.
b) C’est le passage de la neurotica / fantasme.
c) nous sommes parlés par les signifiants des parents, de la contingence des rencontres nous en faisons après coup un destin.
Psychose : le véritable noyau traumatique est le rapport à la langue jouissance du corps de la langue maternelle.
Le psychotique est un “ martyr de l’inconscient ” de “ l’incidence de la langue sur l’être parlant”, qui “désorganise la jouissance de l’organisme” ; système signifiant a “ prise sur l’homme qui n’en a cure car cela n’intéresse à aucun degré ses besoins ”.
Ex : autiste tente d’y échapper : se frapper les oreilles (hallucination verbale intérieure).
3) Du traumatisme au troumatisme de la langue …qui troue, prélève une part.
=> L’abus généralisé par le langage dont il est en proie.
Wolfson : Aucun tribunal ne peut recevoir sa plainte quant à la manière dont la langue prend corps en tout être parlant.
=> être dupe de la structure comme nous y invite Lacan, c’est tenter de nous déprendre de la théatralisation des effets de la langue = traumatisme de la langue.
I. Wolfson ou le parasite normal du langage imposé.
1) Le parasite de la langue : eau, perplexité, proie, chancre.
Le psychotique a un rapport normal à l’Autre: automatisme mental auquel il est soumis comme tout sujet parlé.
1. Perplexité est devant l’envahissement de la langue, prenant corps, possession = inceste.
nous reconduit au “signifiant comme phénomène élémentaire du sujet avant qu’il ne soit articulé dans des formations de l’ics.” = Le sujet sait que le dit le concerne.
2. La causette = un effet d’intrusion et d’assujettissement traumatique qui produit la certitude d’être un objet en proie au désir de l’Autre (thèmes érotomaniaques ou persécutifs, et l’affect d’angoisse qui y est attaché). C’est l’effet “wanted” dont parlait Lacan
3. “ Chancre qu’est le langage ” chancre : ulcère qui s’étend et ronge les parties environnantes.
Jouissance gourmandede la langue : boulimie anorexie qu’il tente de neutraliser.// Boulimie de nourriture et de signifiant du dictionnaire sans limites
Wolfson. Son tympan branché en continuité à la voix de sa mère sur un mode incestueux des corps non séparé.. Intrusion matérielle, phonétique de la langue : il se sent possédé. Les sons, la phonétique anglaise de la langue de sa mère, s’introduisent en lui, l’envahissent, l’aliènent malgré toutes les ruses défensives . Se boucher les oreilles des doigts ou se branche au magnétophone qui lui dit des mots en langue étrangère. Passe son temps à traduire les mots anglais dans des langues étrangères.
Cette voix va pourtant s’éteindre avec la mort de sa mère.
// Joyce
Homophonies translinguistiques fondées sur 19 langues dans Finnegans Wake dissout le langage jusqu’à porter atteinte à l’identité phonatoire
homophonie : prolifération des équivoques > équivoque qui est restreinte.
Il a perçu que le langage est parasitaire, imposé ce dont témoigne son écriture mais aussi que sa fille est une télépathe.où il témoigne de sa préscience d’une autonomie d’un langage qui déborde le sujet.
// Brisset (ce n’est pas mot d’esprit) origine de langue par analyse phonétique, l’écrit dans la parole, les sons s’écrivent de plusieurs manières.Noeud: naître, noeud être sexe/ excès Origine dans la grenouille qui en grandissant à un sexe et crie à l’aide;. // l’insu que sait de l’une bévue sait l’amour ou les non dupes errant. Lalangue, Mais où est donc ornicar? // anagramme (bouleversement de l’ordre des lettres ex nacre, écran, carne rance.) qui est la base de lalangue
// Raymond Roussel : billard, pillard blancprincipe générateur d’une oeuvre deux mots semblables et des mots pareils pris dans des sens différents etc.
2) La castration de la langue.
a) le langage opérer un moins, une coupure, une séparation.
Le mythe freudien du traumatisme de la castration de la femme, manque de pénis n’est que castration de la référence.
La castration met en image, en mythe, en scène, le résultat de l’opération du langage sur le corps à savoir en enlever une partie. Oedipe et Totem et tabou une fois déshabillés du mythe, il reste que le père c’est le langage.
b) Conséquences du refus de la castration.
Appel à la castration dans le réel
Se produire comme sujet comme manque à être, sujet barré, creuser un espace vide dans le trop plein du signifiant.
Ex1 Sur le corps
s’infliger des douleurs (anorexie, douches glacées, brûlures de cigarette ( // chatouille ou grillage) pour marquer ce corps par une castration réelle pour mettre à distance cette jouissance. et interroger si la vie aurait dû surgir, le fait de faire- faire un moins, s’arracher des poils
Ex2 Dans la langue
shortening dans vegetable shortening/ oil supportable qui évoque la coupure par le raccourcissement où résonne la castration. L’inclusion de la castration dans l’objet, ici oral, se montre en effet problématique dans la psychose.
Opération des amygdales comme mutilation réelle /. Sore throat.
Son invention d’une orthographe. Il supprime matériellement une lettre indiquée par un astérisque avant le mot., comme la suppression de certaine consonne double. des lettres dites par lui parasites ou serviles comme certaine consonnes doubles ou le u après la lettre q. Par exemple: *sqizofréniqe. Sans doute pourrait-on s’attarder sur le choix de ce signe typographique où se laisse entendre autant le risque, que le fait de bouger, se déplacer (stir) ainsi que l’appel à une étoile. Peut-être que la spécificité de la langue anglaise, le rapport complexe entre l’écrit et la phonétique n’est pas pour rien dans le témoignage de ce mode traumatique de la langue pour Wolfson.
Conserve la consonne considérée comme squelette du mot, son orthographe.
3) Effet traumatique sur le corps : le corps du langage donne corps.
Il y a deux cliniques du corps 1) la première où il est imaginaire 2) la dernière où l’Autre c’est le corps, langage est un corps qu’on incorpore dans lequel on peut disparaître réellement, être incorporé Il n’y a plus de clivage trouble du langage et troubles du corps. C’est la base de la clinique borroméenne.
a) trou, bord, fantasme de lavement pour localiser la jouissance.
Pas d’inscription d’une perte dans la langue corps => trou sans bord, ni fermeture -ouverture : voix, bouche anus
- intrusion de la jouissance de l’Autre maternel par les trous du corps
1) Pas de bord, edge mais bridge. Il trouve bridge pont et pas coupure. Puis Rucken et il élabore son délire d’être la raison d’être de sa mère.
2) Bouche oreille ne peuvent pas se fermer. Entends / boulimie, voix: la voix de sa mère s’introduit en lui malgré toutes les ruses défensives.
3) fantasme de lavement comme tentative de rassembler son corps au moins dans un point.
- Rien de tel qu’une rage de dent pour rassembler le moi fermer le corps sur lui-même.// Schreber jouissance de chier
- orgasme anal plus de trente mille fois par jour avec le cri de “ lavement ” (enema –amen). Ce fantasme trouve sa matrice dans deux souvenirs d’enfance : l’infirmière comme double maternel lui enfonce un thermomètre et pas un lavement et c’est lié à une amydalectomie..C’est l’inceste avec une femme munie d’un tube. ce qui donnera les attouchements recto chez les médecins ;
- compulsion à hurler “Enema”.(= jouis) quand il est désemparé face au désir de l’Autre.// hurlements de Schreber quand l’Autre se retire.
- Retour dans le réel par les délires de la fonction du père dans la génération qui prend la place de - phi absent pour unifier les différents objets a. ; délire de fécondation par l’intrusion de parasites proliférant dans l’air et issues des matières fécales procréatrices qui entrent par la bouche (lait et couvercle) et l’anus. Pb de sheet /shit drap et merde.
- // “émission “ du livre Schizo et les langues et venue de Pompidou qu’il devrait tuer.
b) Du corps à l’univers : nettoyer (lavement) l’univers.
Langue = mère = son corps = le monde.
Mère morte d’un cancer => laissé tombé du corps, il est un cadavre et l’univers atteint d’un cancer doit mourir
La planète a pris la place du corps de Wolfson. La planète entière doit être nettoyée. => pour mettre fin à la vie sur la planète, calculer le nombre de bombes nucléaires à fabriquer pour l’apocalypse. C’est pour faire cesser la souffrance. La terre est une fabrique de cadavre. Calcule le nombre de personnes qui meurent à la minute. Donc faire qu’on ne soit plus à naître : ne pas être né. ! Du fait qu’on est fait de matière, atome, et qu’on sera un rebus un jour même si ce cœur bat pour l’instant.
4) L’écriture pour traiter cette jouissance envahissante.
a) les livres de Wolfson
condamné à une élaboration incessante d’une langue étrangère indéchiffrable, de la lalangue maternelle.
Son 1° livre, “Le schizo et les langues
Se soutenir de la diversité des langues pour briser l’emprise de la langue maternelle. À défaut d’un père, des langues, un Babel des langues secourables.
“Convertir, neutraliser, transmuter, détruire”, “démembrer, désosser” pour pouvoir après parler l’anglais
Importance du bilinguisme qui “installe toujours la division entre le maître et l’esclave.”: langue maître / autre. Pour se séparer
Son deuxième livre : « Ma mère … » est écrit 15 ans après Schizo et l’interview dans l’Ane.
Le titre :
1° possibilité rare de cette allitération sur les circonstances de sa mort // gagner à la loterie : m,m + 138° jour de l’année et habite 138° rue,
P, P Pontalis, Pompidou.// sortie de son livre grâce à Pontalis // tuer Pompidou comme lallation d’une lalangue jouissive. // où tout est déterminé nous sommes une machine et pas responsable
2° Point final à la planète infernale = sa vérité, son message =suffisamment de bombe pour nettoyer mettre fin à la planète // la voix de sa mère va disparaître et elle lui parle en Yiddish

Le livre
notes de sa mère incorporées // ses paris en bourse et aux courses et la place des chiffres, des dates // perte de sa mère ou de son père en argent
Cancer de sa mère de Pompidou et de la planète….Tu meurs
Idée pour mettre fin à la vie sur la planète, calculer le nombre de bombes nucléaires à fabriquer pour l’apocalypse, suicide ou euthanasie de la planète pour faire cesser la souffrance. Détruire la planète le détruire : a ---a’
La terre est une fabrique de cadavre. Du fait qu’on est fait de matière et qu’on sera un rebus un jour même si ce cœur bat pour l’instant. Calcule le nombre de personnes qui meurent à la minute. Donc faire qu’on ne soit plus à naître : ne pas être né. !
Interview dans l’Ane.
Nous sommes des machines prédéterminées donc pas responsable. Se croit un atome vide bousculé par d’autres atomes. Est comme un mécanisme avec des choses qui rentrent dans les oreilles, les yeux. Les mots, les pensées ne sont pas sublimes mais des illusions, des jeux avec des mots, des phénomènes physico chimiques. La matière est masochiste en devenant des hommes et des femmes qui souffrent

=> A le sentiment avec ces deux livres d’avoir fait quelque chose et de ne pas être un zéro.
b) Fonction de l’écriture : localisation inscription d’une perte, d’un trou.
Écrire
--/→à Une impression, un instrument pour noter. Ses livres ne racontent rien qu’on attend à la fin.
--à Inscrire une perte, un trou dans le sens comme indication d’une place. Localiser, isoler la jouissance, se soulager d’un “  trop de présence ” qui encombre : faire enfin trou dans la présence.
= passe de l’écriture à jouer en bourse et perd de l’argent
--→àpasser de la lalangue à la langue “ étrangère 
La décomposition du langage: la lalangue et lien social.
lalangue : en dessous de la norme sociale : malentendus infantiles, homophonies, les sens joui
Le lien social par son écriture d’une langue étrangère qui se sépare de la lalangue.
-→à Élaboration incessante.

Désir de l’Autre et l’effet trou : traumatisme de la langue: S(A).
a) Proie du désir et trou de l’énigme de la signification
Le névrosé n’accède pas d’une manière aussi pure et directement à ce sentiment de naître dans le désir de l’Autre sinon dans la phobie
Mais dans la psychose On introduit un désir, une demande adressée au sujet et dont la signification peut rester opaque.
répartitoire
le traumatisme de la certitude angoissante du psychotique ; la perplexité devant l’énigme traumatique du vide de signification
la névrose. le traumatisme de l’incertitude du névrosé qui s’embrouille dans ses interprétations ; la surprise, l’étonnement plus propre à

Aliénation et séparation non-localisable
Dans la rencontre du désir de l’Autre, dans ce mathème S(A), il nous faut distinguer une double opération. En effet ce S de grand A barré est un signifiant bien particulier. Comme le commente Jacques Alain Miller: “ si on lui garde son nom de signifiant c’est bien qu’une signification lui est attachée.”
Il y a d’une part un vouloir dire qui engendre une chaîne signifiante, aliénation dans l’Autre du signifiant, comme Schreber lorsqu’il est soumis à la compulsion de penser.
Mais il y a une autre opération que Schreber met en valeur dans ses phases de hurlement où il nous dit ne penser à rien. Jacques-Alain Miller fait une lecture de cette double causation du sujet en soulignant la part signifiante et la part non signifiante qu’il transcrit en un vouloir dire de l’aliénation et un pur vouloir de la séparation où se lit la pulsion, la part libidinale
À nouveau, dans la psychose, si l’opération séparation peut se repérer, le défaut d’inscription de la castration ne permet pas de la localiser, de la fixer aussi facilement.
C’ est, au contraire, ce que le névrosé parvient à faire par son fantasme réponse. Par contre, si ce pur vouloir jouir de la pulsion trouve un abri dans le fantasme c’est de l’ignorance de son statut logique d’axiome qu’un effet traumatique va se manifester.

II. Temple Grandin : de la lalangue du corps à la langue du corps.
Temple Grandin témoigne de cette nécessité de "créer quelque chose d'unique". Il y avant la création de sa machine de contention et après.
Avant elle hurlait, battait des mains et ne regardait pas dans les yeux car les yeux ne sont jamais immobiles. Elle se sentait engloutie dans ces moments où se manifestait l'affection des autres. Elle ne pouvait pas serrer la main ni être prise dans les bras. Son questionnement ironique la poussait à poser les mêmes questions pour avoir les mêmes réponses : un vrai moulin à parole.
1) Problème de topologie : l'invention d'une machine comme enveloppe corporelle.
a) La lalangue surface - fond : fixer, localiser, raviner
On part d’une jouissance du fond d’un objet incernable, indiscernable, anonyme, dont il faut s’arracher pour que surgisse une subjectivité. .
Une clinique de la topologie de surface, forme-fond, est pertinente pour serrer cet UN à partir des trois registres dénoués
C’est lalangue comme ravinement : “ eau du langage se trouve laisser quelque chose au passage, quelques détritus avec lesquels il va jouer, avec lesquels il faudra bien qu’il se débrouille. ”
pluie-sillon-ravinement pour un paysage
- des grains de sable qu'elle distingue sur le fond indifférencié du monde. Elle étudie chaque grain de sable. Tous sont différents par leur forme, leur couleur. Elle pouvait rester des heures sur la plage à faire couler le sable entre les doigts, en façonnant des montagnes minuscules.
- De même, elle pouvait observer une ligne sur la peau de son doigt comme une route que l'on suit sur une carte.
- Elle tournoyait aussi sur elle-même, sans être étourdie, en jouissant du fait, qu'en s'arrêtant, la pièce continuait à tourner. Toutes ces activités étaient accompagnées d'une jouissance intense qui la faisait exister en se coupant du monde.
- Grain de sable, ligne du doigt, tournoiement sont autant de fixation d'une jouissance qui trouve à se localiser. Elle fait son trou dans le monde, émerge de l'indifférence du monde, en se faisant naître de ses mouvements, ou de la perception de petites différences sensitives. Ces essaims de signes, S1, se constituent souvent par des battements alternatifs (lumière, sortir- entrer), à partir de substances non-dénombrables (eau, sable, pages d'un livre infiniment feuilletées) ou encore de bruits portés à l'oreille.
Ces points d'ombilication sont le sceau de la présence d'un être dans ses premières rencontres traumatiques.
b) De deux à trois dimensions. Création d’un habitat
Dés le CE1, ..elle rêve d'une "machine à bien être" qui lui permettrait de contrôler la quantité de stimuli, jouissance de son corps.
1. l’enveloppe comme habitat – habit.
-Elle s'enveloppait d'abord dans une couverture ou s'écrasait sous les coussins du canapé. Par la suite elle bordait son lit bien serré pour se glisser sous les draps et les couvertures.
- Puis lui est venu l'idée d'un costume gonflable qui donnerait une pression sur son corps. Elle part donc bien de son corps et quelque chose situé hors corps, électivement érotisé, pour produire un bord.
=> armures, carapaces protectrices.
2. Castration réelle par des bord et trous
-Elle découpe des trous dans des restes en plastique pour pouvoir s'en recouvrir comme d'une chemise.
- cette importance des trous s'étend au repérage de toutes les brèches ou encore aux points de franchissement des clôtures.
Le défaut d'inscription de la castration produit ce retour sans fin dans le réel des figures multiples du trou.
Ce n'est que par la suite qu'elle construira le premier contenant, boite ressemblant dit - elle à un cercueil. Puis viendra un enclos avec porte et enfin la fabrication des trappes à bétail.
3. Le point de vue d’une vache dans sa trappe qui va à l’abattoir.
Pourquoi ces trappes? C'est une identification à la vache qui sous-tend sa création. Elle voulait d'ailleurs intituler son livre "Le point de vue d'une vache". Elle se sent en effet plus proche des animaux et particulièrement de leur mort. Elle dit avoir regardé pendant des heures les animaux apeurés et la manière dont une trappe à bétail pouvait les calmer. Par identification, elle se fabriquera une machine de contention pour elle et par la suite fera des plans pour améliorer les machines dans les abattoirs.

=> des grains de sable à celle des vaches = ce n'est pas tant l'être (sable ou vache) qui semble importer que le lieu, la localisation, la fixation qui se produit.
L'usage équivoque des termes anglais qui désignent la contention, "contact point", "screw" accentue encore plus la problématique de la jouissance.

2) La lalangue: penser en image sans concept.
a) Le pas tout de la lalangue.
La langue suppose le phi de x ,le tout, l’universel qui permet le concept.
La lalangue est du côté dit féminin du pas tout des formules de la sexuation. On ne peut pas faire une totalité mais du un par un, une série. Elle pense par images.
- "chien" ne renvoie pas au signifié, au concept de "chien".
l'ensemble des chiens, elle supplée à cette impasse par la mémorisation de la série de tous les chiens particuliers qu'elle a connu dans différentes circonstances. Elle ne peut pas généraliser mais seulement passer d'une particularité à une autre sans produire un effet de signification. Elle est obligée de faire défiler dans sa mémoire tous les chiens rencontrés.
// grains de sable contemplés à l'infini.
- Il en est de même pour penser le dessus dessous, la conjugaison du verbe être, l'expression des sentiments comme Roméo et Juliette ou l'émotion esthétique.
b) l’insistance du trou de la castration dans le non-rapport aux autres
Avoir des relations avec les autres. Elle tente de l'imaginariser par l'acte de franchissement, de passage et ceci par le support des portes et les fenêtres. Nous retrouvons la place du trou dont nous avons parlé précédemment.
On le découvre à l'occasion d'une opération d'un cancer de la paupière où elle en vient à oublier sa machine, fait des cauchemars et est au prise d'une angoisse de devenir aveugle. C'est à cette occasion d'ailleurs qu'elle découvre les médicaments qui l'accompagne encore maintenant.

=> Il y a encore l'exigence structurale d'un effort supplémentaire pour que le nouage symptômatique puisse se réaliser. C'est à ce niveau qu'on peut apprécier cet "essai de rigueur" propre au psychotique
3) La machine et son rite religieux complémentaire : du pasteur au rabin.
a) La rencontre de la religion.
Elle dit avoir été arrachée un jour du trou de torpeur où elle aimait se réfugier. C'était un dimanche à la chapelle. Un bruit l'a fait sursauter. Cette brèche dans son monde lui était venu du pasteur qui venait de taper sur le lutrin pour faire entendre le "frappez et il répondra." Ce qui lui est venu, comme réponse du réel, c'est un "qui". Qui pourrait en effet lui répondre?
La suite du discours du pasteur va capter son attention. "Je suis la porte: tout homme qui passera par moi sera sauvé... Devant chacun de vous il y a une porte qui ouvre sur le ciel." Ne disposant pas de la dimension métaphorique du langage puisqu'elle prend le mot pour la chose, elle va explorer toutes les portes en y cherchant le salut. Elle parvient pourtant à trouver la porte du ciel en montant au dernier étage où se trouve une fenêtre par laquelle elle peut voir la lune dans le ciel. Il ne lui en faut pas plus pour se sentir enveloppée d'amour et de joie. Elle fixera ce moment dans son journal intime puisqu'il marque pour elle une autre étape du traitement de sa jouissance.
Elle tente de s'accrocher au Notre Père avec les processus habituels d'imaginarisation. Elle produit un délire mystique fait d'éléments glanés dans le discours de la science. Mais le glissement du signifié ne parvient pas à fixer ses pensées et l'angoisse revient.
b) Du pasteur au rabbin de l’abattage rituel.
C'est à l'occasion de la fabrication d'une machine de contention pour des abattoirs de viande kasher qu'elle dit trouver le nouage adéquat. Au discours du pasteur se substitut donc celui du rabbin qui procède à l'abattage rituel. Elle calme et immobilise la bête pendant que le rabbin l'exécute
La mort de l'animal est appréhendée par un acte symbolique qui s'inscrit dans un contexte religieux. La métaphore chrétienne de la porte n'était pas parvenue à assurer la greffe du symbolique sur l'imaginaire. Ses tentatives pour se constituer une religion à partir des théories scientifiques n'avaient pas plus réussi que cette croyance délirante en un rêve qui transformait un abattoir en bibliothèque du savoir.
Ce rite, au contraire, en inscrivant dans le réel la possible disparition du sujet réduit l'angoisse du laisser tombé du corps qu'elle identifiait à la viande.
Elle fait le rapprochement entre ce moment extatique où pendant plusieurs heures elle accompagne chaque bête au rituel d'abattage et celui qu'elle a ressenti initialement sur la plage dans sa contemplation fascinée des grains de sable.
c) Se faire un nom par sa création.
Ce rite, d'autre part, a le mérite d'inscrire la mort du sujet dans le symbolique du fait de son identification aux animaux. Car la survie qui la hante est en fait celle de son nom et des idées qui lui seront associées.
Mais la localisation ne suffit pas. Il faut encore élever la chose commune, localisée comme sable ou viande, à la dignité que confère un nom propre. C'est là que son symptôme parvient à être un quasi nom
Clinique continuiste.
On voit que la clinique de la continuité permet de suivre la chaîne métonymique. Nous retrouvons à la fin la marque, le poinçon du début. La singularité de son être avait pris appui d'un grain de sable pour naître à l'existence. Cette singularité intraduisible sinon par le plus commun des éléments, le sable qui file entre les doigts, a fini par trouver un signifiant maître qui la désigne: une machine de contention.
Cette lecture continuiste était déjà celle, en 1955, de Lacan qui ne faisait pas du délire autre chose que la continuité des phénomènes élémentaires. "Ils sont élémentaires comme l'est, par rapport à une plante, la feuille où se verra un certain détail de la façon dont s'imbrique et s'insèrent les nervures - il y a quelque chose de commun à toute la plante qui se reproduit dans certaines des formes qui composent sa totalité...La notion d'éléments n'est pas à prendre autrement que pour celle de structure".
L’état terminal est l’initial.
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