S. PERAZZI: Le symptôme de Freud à Lacan


INTRODUCTION :

Du début de la psychanalyse aux derniers travaux de Jacques Lacan, on peut
repérer ce qui amène un sujet à consulter, soit le symptôme. Si l¹on date le
début de la psychanalyse des Etudes sur l¹hystérie que Freud publia en
association avec Breuer en 1895, cela couvre près d¹un siècle, de la fin du
XIXe siècle à la fin du XXe.


Et en guise d¹introduction, je voudrais rapporter des éléments du premier
entretien avec une jeune patiente.





Elle a été adressée par un collègue de l¹Ecole après un long parcours malgré
son jeune âge, et le symptôme qu¹elle présente et que ses parents, qui ont
téléphoné pour elle, mettent en avant est un alcoolisme important.
Pour tenter d¹y remédier, elle « suit » (c¹est son terme), tout à la fois :
· un traitement médicamenteux prescrit par son psychiatre, mais qui ne
lui convient pas,
· des séances de programmation neurolinguistique avec un psychologue une
fois par mois,
· et bien sûr, une psychothérapie toutes les semaines.
Elle a un petit ami qui l¹adore et ses parents lui ont fait don d¹une usine
à diriger, ce qu'elle fait.
Malgré tout, les crises d¹alcoolisation aiguës persistent.

En l¹interrogeant un peu plus précisément, elle livre sans difficultés
qu'elle n'a pas fait le deuil de son frère aîné dont elle était très proche
mais qui usait et abusait d¹alcool et de diverses drogues. Elle réalise en
le disant que depuis qu¹il s¹est suicidé, elle a tendance à faire comme lui.

Si on laisse de côté les éléments de structure qui ne sont pas de notre
propos aujourd¹hui, ce qui se dégage de cette vignette est que toutes les
réponses données à cette jeune patiente allaient dans le sens de boucher la
manifestation d¹angoisse que recouvrent chez elle les crises
d¹alcoolisation. Que ce soient les diverses thérapies ou les éléments de son
quotidien, aucun espace « de respiration » ne lui est ménagé.

Loin d¹avoir dans l¹idée de critiquer l¹attitude de l¹un ou de l¹autre,
c¹est plutôt ce mode de réponse qui vise à ne laisser aucune place à
l¹élaboration d¹une demande qui me semble par trop fréquent dans notre
civilisation du rendement.
On a un traitement en réponse à un symptôme, si un ne suffit pas, on en
associe plusieurs, médicaments, PNL, psychothérapieS et tout devrait rentrer
dans l¹ordre.

Or, l¹observation clinique a montré que cela ne fonctionnait pas ainsi, et
ce, depuis Freud.

Et pour couper court à toute polémique inutile, je vous rapporterai les
propos que Lacan tient en janvier 64 dans son séminaire sur les Quatre
concepts fondamentaux de la psychanalyse où il traite de l¹inconscient, la
répétition, le transfert et la pulsion :
« L'important n'est pas que l'inconscient détermine la névrose < là-dessus
Freud a très volontiers le geste pilatique de se laver les mains. Un jour ou
l¹autre, on trouvera peut-être quelque chose, des déterminants humoraux, peu
importe < ça lui est égal. Car l'inconscient nous montre la béance par où la
névrose se raccorde à un réel < réel qui peut bien, lui, n'être pas
déterminé. »[1] <#_ftn1>

Si la clinique est d¹aujourd¹hui, la théorie s¹est construite depuis un
siècle et nous ne ferons pas l¹économie d¹un retour au père de la
psychanalyse.
Aussi nous envisagerons successivement :

1) Le symptôme comme vérité : Freud et le « premier » Lacan
2) Un cas particulier de transformation du symptôme en analyse : la réaction
thérapeutique négative, concept charnière du symptôme comme métaphore au
symptôme comme jouissance.
3)Le symptôme psychotique : Le sinthome

4) Le symptôme de fin d¹analyse : L¹identification au symptôme.


I) LE SYMPTÔME COMME VERITE :


· C¹est typiquement le symptôme freudien, qui veut dire
quelque chose de la vérité du sujet, vérité que le sujet ne connaît pas et
que l¹analyse doit lui faire découvrir.

On en trouve chez Freud de multiples exemples, notamment dans les cas des
Etudes sur l¹hystérie celui de Katharina.[2] <#_ftn2>
Cette jeune fille d¹aubergiste que Freud rencontre lors d¹un séjour alpin,
lui confie qu¹elle est affectée de nombreuses manifestations d¹angoisse :
elle a du mal à respirer, la tête lourde, des vertiges, la gorge nouéeS.
Freud la fait alors associer et ce qui lui vient est un visage horrible.
Freud alors « tente quelque chose d¹une analyse », c¹est-à-dire qu¹il la
fait parler et lui fera retrouver les coordonnées de la révélation de la
sexualité par le biais de l¹inceste.
Freud l¹estime « guérie par la divination » [3] <#_ftn3>

Le traumatisme ici, est considéré par Freud comme la réalité : la jeune
fille de l¹aubergiste a bien subi les assauts de séduction de son père
(puisque c¹est en fait de lui dont il s¹agit comme l¹indique la note de 1924
où Freud se repent de sa dissimulation.)
Mais deux années plus tard[4] <#_ftn4> dans la Lettre à Fliess n° 69 Freud
se reprend et écrit la célèbre phrase qui va ouvrir un nouveau pan de
l¹histoire de la psychanalyse : « je ne crois plus à ma neurotica ». Le
trauma, la séduction, ne sont plus obligés d¹avoir eu lieu dans la réalité
pour fonctionner dans l¹inconscient.

· Mais, le symptôme comme vérité, c¹est tout aussi bien le symptôme
d¹entrée en analyse qui quand il s¹adresse à l¹analyste, prend valeur de
signe pour quelqu¹un.
Il est donc à déchiffrer et Freud emploie le terme de « hiéroglyphe »[5]
<#_ftn5> : il ne veut rien dire de prime abord et demande à être décrypté,
explicité, on doit en connaître les tenants et les aboutissants à la façon
d¹une métaphore.

· Toutefois, Freud lui-même a repéré un cas particulier de
transformation du symptôme en analyse :


II) LA REACTION THERAPEUTIQUE NEGATIVE : LE SYMPTÔME COMME JOUISSANCE



L¹étude de la réaction thérapeutique négative (RTN) est tardive chez Freud
qui la développe en 1923, quoiqu¹on en trouve les prémisses dès 1905 dans
l¹analyse du cas Dora.
Concept proprement freudien et peu utilisé de nos jours, alors que ce qu¹il
recouvre est toujours d¹actualité, il n¹est cité en ces termes par Lacan
qu¹au début de son enseignement, avant 1966, mais c¹est un concept «
charnière », permettant le passage du symptôme comme métaphore au symptôme
comme jouissance.
La réaction thérapeutique négative met en lumière ce qui, du symptôme, peut
se transformer en analyse ; ici d¹une façon plutôt déconcertante.

La description se trouve dans les Essais de psychanalyse[6] <#_ftn6> .Elle
sera reprise dans les Nouvelles conférences d¹introduction à la psychanalyse
(1932), Analyse finie et infinie (1937), Constructions dans l¹analyse (1937)
mais toujours à peu près dans les mêmes termes :
« 11 y a des personnes qui, dans le travail analytique, se comportent très
étrangement. Lorsqu'on leur donne espoir et qu'on leur montre qu'on est
satisfait de la situation du traitement, elles semblent insatisfaites et
aggravent régulièrement leur état. Au début, on voit là de l'esprit de
contradiction, un effort pour prouver au médecin leur supériorité. Plus
tard, on parvient à une conception plus profonde et plus juste. La
conviction s'impose non seulement que ces personnes ne supportent ni d'être
louées ni d'être reconnues, mais qu'elles réagissent aux progrès de la cure
de façon inversée. Toute résolution partielle qui devrait avoir pour
conséquence < et qui l'a réellement chez d'autres < une amélioration ou une
rémission temporaire des symptômes, provoque chez elles un renforcement
momentané de leur souffrance ; leur état s'aggrave au cours du traitement au
lieu de s'améliorer. Elles témoignent de ce qu'on nomme la réaction
thérapeutique négative. »

Freud en donne un exemple précis dans les « Nouvelles conférences
d¹introduction à la psychanalyse»[7] <#_ftn7>
« J'étais une fois parvenu à libérer une demoiselle d'un certain âge du
complexe symptomatique qui, environ quinze années durant, l'avait condamnée
à une existence de tourments et l'avait exclue de la participation à la vie.
Elle avait le sentiment d'être à présent en bonne santé et se précipita dans
une activité fébrile pour développer ses talents, qui n'étaient pas minces,
et saisir encore au vol quelque possibilité de se mettre en valeur,
d'obtenir jouissance et succès. Mais chacune de ses tentatives se termina de
la même façon : on lui faisait savoir, ou elle reconnaissait elle-même,
qu'elle était devenue trop vieille pour atteindre encore quelque chose dans
ce domaine. Après chacune de ces issues, la rechute dans la maladie aurait
été la chose la plus simple, mais cela, elle n'y parvenait plus ; au lieu de
cela il lui arriva à chaque fois des accidents qui la mettaient hors
d'activité pendant un temps et qui la faisaient souffrir. Elle était tombée
et s'était foulé le pied ou blessé un genou ; dans une manipulation
quelconque, elle s'était abîmé une main. Après qu'on lui eut fait remarquer
combien la part qu'elle prenait elle-même à ces apparents accidents pouvait
être grande, elle changea pour ainsi dire de technique. À la place des
accidents survenaient chez elle, lors des mêmes occasions, des maladies
légères, catarrhes, angines, états grippaux, enflures rhumatismales, jusqu'à
ce qu'enfin elle se résignât, ce qui mit fin aussi à ces accidents en série.
»


La réaction thérapeutique négative est donc une constance à souffrir, un
besoin d¹être malade, chez certains sujets à qui il semble falloir une
souffrance pour satisfaire à un sentiment de culpabilité qui reste toutefois
inconscient, le patient ne sentant pas coupable, mais malade.
Il semble ne pas supporter une éventuelle amélioration de son état et l¹on
assiste alors cliniquement à un retour ou une exagération du symptôme, voire
à un arrêt brutal de la cure, le patient préférant en conclure que c¹est
l¹analyse qui n¹est pas bonne pour lui.
À chaque fois qu¹on pourrait attendre du progrès de l¹analyse une
amélioration, il se produit une aggravation, comme si le sujet préférait la
souffrance à la guérison, traduisant ce qu¹il appelle « le sentiment de
culpabilité inconscient » (meist unbewußtes Shuldgefühl,) dont la
satisfaction serait le plus important bénéfice de la névrose.
Il signale d¹ailleurs à ce propos que la meilleure thérapie de la névrose
peut être un grand malheur personnel !
Il accepte de l'appeler "besoin de punition" (Strafbedürfnis) de la part
d'une puissance parentale,
Le ³sentiment inconscient de culpabilité², c¹est ce qui fait que le sujet
se sent malade et trouve satisfaction dans sa souffrance.

Il s¹origine du masochisme moral qui est le témoin de l'union des pulsions.
Dangereux car prenant son origine dans la pulsion de mort, « il a d¹autre
part la signification d'une composante érotique », donc « même
l'autodestruction de la personne ne peut se produire sans satisfaction
libidinale. »


Selon les structures cliniques, des variations sont perceptibles : chez
l¹obsessionnel, le besoin de punition est conscient, c¹est le Surmoi obscène
et féroce, la voix du père, et il développe alors une formation
réactionnelle, alors que, dans l¹hystérie, il est inconscient et se
manifeste par la tendance masochiste, maintenant à distance ce à quoi se
rapporte le sentiment de culpabilité.

Jusqu¹en 1937[8] <#_ftn8> Freud poursuit sur cette question, faisant du
masochisme, de la réaction thérapeutique négative et de la conscience de
culpabilité des névrosés, la preuve de l¹existence de la pulsion de mort : à
les considérer ³on ne peut continuer à croire que les événements psychiques
soient exclusivement gouvernés par l¹incitation au plaisir².

La pulsion de mort est une aporie, un impensable que Freud a construit pour
répondre à l¹observation clinique.

Le concept lacanien : la jouissance :

Mais si le concept de la réaction thérapeutique négative, malgré la réalité
clinique qu¹il recouvre, est un peu tombé en désuétude, c¹est que Lacan va
introduire dans les années 60 le terme de jouissance qu¹il qualifie lui-même
de « nouveau »[9] <#_ftn9> dans la mesure où il n¹est pas utilisé en ce
sens par Freud, et en le corrélant au registre de la satisfaction.

La jouissance chez Lacan, c¹est à la fois la libido et la pulsion de mort
freudienne.

Avec cet éclairage, on conçoit que Freud bute sur la réaction thérapeutique
négative car pour la considérer comme un symptôme, il faut envisager que ce
dernier ne soit pas seulement à déchiffrer, mais qu¹il puisse être considéré
comme apportant une satisfaction en lui-même.

Freud d¹ailleurs l¹avait pressenti quand, dans Inhibition, symptôme,
angoisse, il distingue dans le symptôme une part de « représentant de la
pulsion », et une part de « motion pulsionnelle ». Le représentant de la
pulsion, c¹est ce que Lacan désignera de « l¹enveloppe formelle », à
déchiffrer, et la motion pulsionnelle, c¹est le symptôme comme fonction de
jouissance qui sera développé dans la dernière partie de son enseignement.


C¹est dans cette optique que la réaction thérapeutique négative est un «
concept-charnière », entre le symptôme comme métaphore et le symptôme comme
jouissance mais aussi entre les symptômes que peut présenter tout sujet, et
la constitution à proprement parler d¹un symptôme analytique, soit celui
constitué à l¹adresse de l¹analyste. Cela nécessite que le savoir, d¹abord
logé dans le sujet, passe du côté de l¹analyste instaurant le sujet supposé
savoir comme formation tierce.
On peut en effet considérer que dans la réaction thérapeutique négative, il
y a des symptômes, mais pas la constitution d¹un symptôme analytique.
C¹est cette acception de l¹analyste comme sujet supposé savoir par
l¹analysant, pouvant être quelconque mais faisant semblant d¹objet a qui
fait aussi la différence entre Freud et Lacan.
Freud disant lui-même qu¹il était un peu trop père pour être un bon
analyste, il analyse au nom du père, donne des encouragements, des
explications, mais, parallèlement, met la résistance du côté du patient,
alors que pour Lacan, « il n¹y a de résistance que de l¹analyste » et que
par contre la construction dans l¹analyse, échoit à l¹analysant.

Tous ces éléments vont nous permettre à présent de déplier la notion de
symptôme quand elle s¹applique à la psychose.




III) LE SINTHOME :



A partir des années 70, l¹enseignement de Jacques Lacan (et notamment sur la
psychose) va amorcer un « virage ».
En effet dans les années 50, la description de la psychose passait par celle
de Schreber, psychose « lacanienne » où la forclusion du NDP faisait
apparaître des troubles de l¹énonciation, un grand délire structuré, la
psychose est alors conçue comme un « raté » de la névrose. (Voir Schémas L,
 et Á[10] <#_ftn10> ).







Dans la deuxième partie de son enseignement, Lacan, au contraire, va partir
de la psychose comme « normalité ». C¹est ce que Jacques-Alain Miller
appellera « La forclusion généralisée » : pour tous, névrosé ou pas, il faut
un artifice pour faire tenir ensemble les 3 catégories du Réel, du
symbolique et de l¹imaginaire ; simplement pour le névrosé, il a l¹outil à
portée de main, c¹est le nom-du-père qui lui est fourni avec son corollaire
de signification phallique qui sert de médiateur dans tous ses rapports avec
l¹Autre et avec le sexuel en particulier.
Alors que le psychotique, lui, moins dupe de la structure, plus sérieux dans
sa logique, sait que le nom-du-père n¹est qu¹un semblant et doit inventer ce
qui nouera les 3 ronds. C¹est ce que Lacan va désigner d¹un nom du vieux
français : le Sinthome, équivoquant avec un saint homme lorsqu¹il prendra
pour exemple de ce nouage réussi l¹écrivain James Joyce.

Un psychotique doit donc se constituer un symptôme, quitte à s¹appuyer sur
l¹analyste pour ce faire. (Suivent deux exemples cliniques)





IV) SYMPTÔME ET FIN D¹ANALYSE : L¹IDENTIFICATION AU SYMPTÔME


La conception de la fin de l¹analyse qui prévalait dans les années 60 (et
encore chez certains) était que l¹on pouvait quitter son analyste, comme l¹a
dit un de nos collègues, « sur un bon mot » soit un jeu signifiant. Le jeu
signifiant n¹est que l¹enveloppe formelle du symptôme, c¹est oublier son
côté pulsionnel, pourtant déjà présent chez Freud et repris par Lacan dans
les dernières années de son enseignement.

Le symptôme de début, d¹entrée en analyse, est donc lié à la demande, à
l¹adresse à un Autre que l¹on suppose consistant, un sujet supposé savoir
que supporte la personne de l¹analyste par sa présence réelle.
Le symptôme de fin, lui, est amené par Lacan en ces termes : [11] <#_ftn11>
« En quoi consiste ce repérage qu'est l'analyse ? Est-ce que ce serait, ou
non, s'identifier, tout en prenant ses garanties d'une espèce de distance, à
son symptôme ? »

Cette citation provient d¹un des derniers séminaires de Jacques Lacan
intitulé : « L¹insu que sait de l¹une-bévue s¹aile à mourre » .


L¹équivoque y est patente quoiqu¹un peu codée : l¹insu que sait/l¹insuccès,
l¹une bévue, Lacan le donne comme traduction de l¹Unbewusst, l¹inconscient
en allemand; l¹inconscient n¹est-il pas toujours ce qui achoppe, ce qui ne
va pas avec ce que l¹on attendrait : acte manqué, rêve, mot d¹esprit. Et
donc ce qui lui fait obstacle, ce qui fait son insuccès, c¹est l¹amour.
La mourre écrite ainsi est un jeu qui se joue à deux et qu¹affectionnent les
enfants et qui est d¹origine italienne (deux d¹entre eux y jouaient devant
moi dans l¹avion la semaine dernière) qui consiste à faire deviner à l¹autre
le nombre de doigts levés et montrés rapidement. Évidemment ça ne marche pas
souvent.

L¹amour, écrit avec un seul r et sans e, est lui aussi ce qui ne va pas, ce
qui fait échec aux manigances de l¹inconscient, à ses effets de jouissance.

Alors bien sûr c¹est une réhabilitation de l¹amour ; mais cela n¹est plus le
même : il ne s¹agit plus de l¹amour narcissique toujours réciproque dit
Lacan dans Encore, ce qui signifie qu¹il ne renvoie qu¹à soi, que l¹on ne
s¹adresse et ne rencontre que soi. Mais d¹un amour qui n¹imagine pas que
l¹autre, quel qu¹il soit, soit un autre soi-même non barré à qui l¹on
pourrait tout donner et dont on pourrait tout attendre. C¹est un amour fait
pour suppléer au non-rapport et c¹est même peut-être la seule façon qui soit
d¹y suppléer.

L¹expression de Lacan « s¹identifier à son symptôme » même modérée de «
prendre ses garanties d¹une espèce de distance » a fait sensation. Certains
collègues qui assistaient au séminaire de Lacan ce jour-là me l¹ont confié.
Apposer le terme d¹identification et celui de symptôme est apparu comme
presque saugrenu ; Lacan s¹en explique et conjoint le terme d¹identification
à « ce qui se cristallise dans une identité ». Il ne s¹agit pas de prendre
des traits chez l¹analyste et de s¹en emparer pour lui ressembler, car il
s¹agit là d¹une identification au trait unaire ! Lacan énonce d¹ailleurs
dans ce même texte du 16 novembre 76 les trois identifications de Freud au
père, hystérique et au trait unaire, pour dire que dans l¹identification au
symptôme, il ne s¹agit pas de cela. L¹identification, là, c¹est « fonder un
nom propre » basé sur la connaissance, le « savoir y faire avec son symptôme
», c¹est s¹en débrouiller, mais pour cela, il faut l¹avoir dégagé et du
fantasme, et, autant qu¹il est possible, car il y a toujours un reste, de
ses connotations de jouissance.

Bien sûr, cela implique que le symptôme ait changé et soit sorti de sa prise
dans le fantasme. Ça n¹est pas un gage de béatitude » et encore moins
d¹absence d¹affect chez le sujet.




EN CONCLUSION :
On peut distinguer :

Ce qui change : le symptôme comme vérité avec son cortège d¹effets sur la
vie du patient.
Ce qui demeure : l¹identification au symptôme, soit le nom de jouissance du
sujet.

Pour le dire autrement,
Ce qui change : la dimension métaphorique du symptôme, son enveloppe
formelle telle qu¹elle était à l¹entrée.
Ce qui demeure : le symptôme comme Réel, la part de Réel avec laquelle il
faut « savoir y faire ».

Durant ce temps de la cure, la vie de l¹analysant a été transformée : « pas
tout » change, mais cela peut tout changer.




[1] Lacan J. Les quatre concepts fondamentaux de la
psychanalyse, Points-Essais n° 217 p 30.

[2] Freud S. Breuer J Etudes sur l¹hystérie PUF 1981 p. 98 à 106

[3] Freud S. Breuer J Etudes sur l¹hystérie PUF 1981 p. 105

[4] Freud S. La naissance de la psychanalyse PUF 1973

[5] Freud S. Breuer J Etudes sur l¹hystérie PUF 1981 p. 101



[6] Freud S. Essais de psychanalyse Le Moi et le Ça chapitre V «
Les relations de dépendance du Moi » Payot 1987 p. 262 à 275


[7] Freud S Nouvelles conférences d¹introduction à la
psychanalyse « Angoisse et vie pulsionnelle » 1984 p. 146-147


[8] Freud S. L¹analyse avec fin et l¹analyse sans fin in
Résultats, idées, problèmes II Paris, PUF 1992

[9] Lacan J. Séminaire du 14/6/67, La logique du fantasme,
inédit

[10] Lacan J Ecrits P. 548, 553, 571

[11] J. Lacan Séminaire du 16 novembre 1976 Ornicar 12/13 p. 6
En haut En bas