S. PERAZZI: Les formules de la sexuation


Par ces mathèmes, Lacan, après le tournant des années 70, cherche à formaliser la manière dont l’être parlant, qu’il soit homme ou femme anatomiquement, se situe par rapport à la jouissance sexuelle. C’est leur description, assortie de quelques commentaires qui est ici proposée.

Deux points sont à souligner d’emblée : il s’agit là de l’inscription dans le langage et elle est indépendante du sexe anatomique. (D’où sans doute l’emploi du terme de sexuation.)

Ces formulations, Lacan ne les évoquent à ma connaissance qu’à partir de 1971, dans le séminaire D’un discours qui ne serait pas du semblant par l’abord d’Aristote et de l’au-moins-un.

Mais c’est le 13 mars 73 dans le séminaire XX qu’il les déplie.



Cette figuration de « l’être parlant et son inscription dans le sexuel » se présente sous la forme d’un rectangle comportant une barre verticale qui sépare le tableau en deux;
du côté gauche se situe la « part homme » ou « l’homme comme tout », ou L’Un
du côté droit, la « part femme », ou la femme comme « pas-tout » ou L’Autre.

Une barre horizontale délimite deux rectangles supérieurs, avec quatre « formules propositionnelles » comportant deux signes de la logique mathématique : $, il existe, ", pour tout.
@ dans la partie gauche : du côté homme, "xFx , qui se lit : « pour tout x phi de x », soit que « l’homme comme tout » prend son inscription dans la sexuation de la fonction F, de la fonction phallique.
La fonction F supplée au fait qu’il n’y a pas de rapport sexuel. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’acte sexuel, mais que cela ne fait pas pour autant « rapport ». Cela ne peut pas s’écrire mathématiquement sous la forme : l’un sous l’autre donne ça. Justement, cela ne donne rien , car rien ne peut s’en dire, et encore moins s’en écrire. Pourtant Lacan essaye de l’écrire dans le séminaire Les Non dupes errent, séance du 11/6/74 sous la forme xRy, une fonction à deux arguments . Mais c’est une pure écriture qui ne rend pas pour autant compte du réel du rapport sexuel, d’où sa formulation : il n’y a pas de rapport sexuel car ce n’est pas parce qu’on peut l’écrire, que pour autant, cela s’écrit.

Mais pour que cela soit possible, que l’homme comme tout prenne son inscription de la fonction phallique, il faut qu’il y en est un qui fasse exception.
C’est une loi générale de la théorie des ensembles que pour circonscrire un tout, il faut un point extérieur à partir duquel on pourra définir ce qu’est ce tout; s’il n’y a pas de limite, c’est l’infini; et c’est le point extérieur qui permet d’inscrire la limite. (Ceci est un fait d’observation courante dans la vie : c’est aux parents de donner une limite à leurs enfants, eux-mêmes ne peuvent pas se la donner.)
La fonction extérieure, celle de l’exception, Lacan l’écrit logiquement : $ x . x, qui se lit : « il existe un x non phi de x » et il met une petite barre sur le F pour écrire ce .

Il le désigne du père réel, non pas celui de la réalité, mais une des fonctions du père, supportées par ce dernier qui est de signifier la castration portant sur cet objet symbolique qu’est le phallus F.

@ dans la partie droite, le côté femme des formules propositionnelles, Lacan écrit la négation des formules de gauche :
Pas tout est fonction du phallus x . Fx (Pas tout x est phi de x). Ce qui implique qu’il n’y ait pas l’exception x . x (il n’existe pas de x qui ne soit pas phi de x).

Contrairement aux précédentes, leur inscription n’est pas d'usage en mathématique « Nier, comme la barre mise au-dessus du quanteur le marque, nier qu’existe un ne se fait pas, et moins encore que pourtout se pourpastoute. » dit Lacan dans l’L’étourdit..


@ Au-dessous de ces fonctions, séparées par une barre horizontale, Lacan écrit d’autres lettres :
du côté homme le sujet divisé $, et le phallus F, du côté femme l’objet a, cause du désir, le rapport à l’Autre barré par le signifiant, signifiant du manque dans l’Autre, aussi bien, la jouissance féminine, et , le fait qu’il n’y ait pas de signifiant pour désigner La femme, puisque le seul signifiant dans l’inconscient est le phallus F (C’est le primat du phallus déjà pointé par Freud).

@ Pour poursuivre la description, il faut aussi tenir compte des flèches qui vont de $ à a et de à F et à :

@ Du côté homme, le sujet $ a rapport au phallus qui est du même côté que lui, mais aussi à l’objet cause, c’est même le seul rapport qu’il ait avec l’Autre et ce rapport se fait par l’intermédiaire du fantasme ($ ◊ a).

@ Alors que du côté femme, le rapport au phallus est lui aussi présent, c’est ce qui fait qu’elle désire (et aussi ce qui la rend désirable), mais il y a une jouissance supplémentaire qui passe par le lien situé uniquement du côté femme avec le signifiant du manque dans l’Autre. Cette jouissance est dite supplémentaire et non pas complémentaire, car la notion de complément renverrait au tout et à l’existence d’un rapport.
De fait, il n’y a d’identification sexuée que du côté femme, parce qu’une femme doit en passer par la jouissance phallique bien que ce soit justement ce qui lui manque.
Mais le lien de la femme avec l’exception phallique passe par le dire, il se manifeste par l’impudence, effronterie insolente, (donc une énonciation), qui n’est pas l’impudeur soit le manque de pudeur physique, de discrétion dans la manifestation des sentiments (donc un donné à voir).
La négation de l’exception a pour conséquence qu’on ne peut pas dire « La femme », comme on dit « l’homme » du fait du primat du phallus dans les deux sexes :
« Et le x . x, barrés tous les deux, c'est en quoi la femme n'existe pas, c'est-à-dire ce en quoi sa jouissance ne saurait être fondée de sa propre impudence. »
Quand elle a affaire au F dans son énonciation (impudence), c’est la jouissance phallique et non la jouissance féminine qu’elle rencontre.
La jouissance féminine est d’ailleurs fort problématique, on l’éprouve mais on ne peut rien en dire et les seuls exemples qui en sont donnés par Lacan sont les mystiques.

EN CONCLUSION :

Tout être parlant peut s’inscrire d’un côté ou de l’autre des formules, mais pour l’analyste, il ne peut se tenir uniquement du côté homme, car sinon et c’est inscrit dans le tableau, il n’en passe que par le fantasme alors que ce que l’on exige de lui est justement qu’il l’ait traversé (c’est l’expérience de la passe), et on soutient plutôt qu’il tient la pertinence de sa pratique de sa part femme, celle qui lui permet de se faire semblant d’objet a, en étant passé par la castration. Heureusement, on n’analyse pas comme sujet mais comme semblant d’objet.
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