Témoignage


13 mars 2004

Je vais parler d'une performance que j'ai faite récemment et qui parle du travail.

Pendant un mois, j'ai fait comme si j'allais au travail - comme au bureau (ça venait d'une
expérience que j'avais eu, ici dans la fac de science éco, j'étais secrétaire, employée comme CES).
Pendant la performance, j'ai respect‚ des horaires de bureau, je m'habillais comme
pour aller au bureau, mais … la place du travail de secrétaire je faisais la peinture.
J'ai substitué une activité par une autre - tout en gardant les conditions de ce qui est
habituellement considéré comme du travail. J'ai fait cette peinture, qui représente un
bureau. Je me demandais qu'est-ce que le travail?
Qu'est-ce qui fait qu'une activité est considérée comme un travail, respectée comme un
travail et rémunérée comme tel. Tandis qu'une autre qui demande au moins autant de
d'attention, d'effort, et de construction, ne l'est pas? Le travail ne doit-il être qu'une chose pénible, répulsive et répétitive? N'y a t'il que le travail de bureau? Comment gagner sa vie?
Dans ce projet je devais être payée le salaire de la secrétaire, qui ‚tait également le prix
de la peinture. Mais finalement je n'ai pas été payée du tout.

(J'ai filmé, pendant la performance, une demie heure par jour, ça fait environ 10 heures de vidéo, un temps très long comme l'ennui du bureau, et également la solitude dans la peinture. Et j'ai interviewé des gens en leur demandant ce qu'était pour eux le travail.

J'ai aussi écrit un texte, dont je vais lire quelques extraits.

Je vais au travail comme à l'abattoir
(loge du bureau)

Ce projet s'inscrit dans une recherche plus vaste, que j'ai entreprise, sur le travail -
et le sexe, paralllèlement. (...)

(L'origine du mot travail : )
Maintenant il faut que je re-trouve "un travail".
J'ai cette responsabilité de gagner ma vie, car je suis adulte, j'ai 36 ans, et j'ai un enfant, dont je veux m'occuper. Je ne vais pas jouer les misérables toute ma vie, avec le RMI, les CES, le chômage... me dit mon père chaque fois que je lui demande de l'argent -en plus... et je lui en demande depuis longtemps, alors il me dit quoi faire, en échange. Cette dépendance et l'humiliation qui en est issue prolongent le mépris que je crois être le sien, mais qui est surtout le mien envers moi-même - pas de reconnaissance sociale, pas de reconnaissance familiale, l'argent valide votre engagement (pour vous-même et face aux autres), s'il n'y a pas d'argent vous n'êtes rien (face vous-même et face aux autres) semble-t-il. Pourtant je ne lâche pas "l'affaire", mon affaire. que je vous montre. dont je vous parle. la peinture. l'oeil qui vous regarde. le trou béant de la mort. le désir. le travail dans le sexe. l'absence d'amour. la société laborieuse des Hommes sans tête.
Le pouvoir de l'autre sur moi -celui qui a l'argent - cet argent que je ne sais pas gagner normalement est injuste et pénible.(...)


"Je ne veux pas aller au bureau"
(la maturité c'est l'acquisition des poils -au cul. (je ne cesse de me les raser. La vidéo que j'ai faite, où je pose les poils sur l'eau au dessus du sexe ras, dans la baignoire) (a s'en va, a se remet comme une perruque, l'enfant, l'adulte, les poils ou les non poils. comme le travail et le non travail ?)
J'ai fait cette expérience de secrétaire, pour laquelle je n'étais pas douée, pour savoir un peu ce que mon père faisait chaque jour lorsqu'il quittait la maison et allait au bureau. Qu'est-ce qu'il faisait quand il disait "je vais travailler" ? Qu'est-ce qu'il y a dans ces "bureaux" ? Qu'est-ce qu'y s'y passe ?
Pourquoi est-ce qu'il rentrait toujours si tard et si fâché à la maison ? (...)

Ainsi mon père rentrait très tard du travail -ma mère elle ne travaillait pas, elle s'ennuyait ferme la maison - et il faisait la gueule et lui gueulait dessus car il n'était pas content de la voir. Elle non plus probablement, elle faisait la gueule qu'il rentre si tard. Ils n'avaient plus de bouches pour communiquer. pour s'embrasser. Ils étaient des bêtes. et méchants aussi pour leurs enfants- on avait fait pareil pour eux avant. Reconstitution.
En fait Il voyait une autre femme après son temps au bureau . Tout cela ne me regarde pas pourtant. Mais il faisait croire -ou c'était peut-être ma mère, pour essayer de cacher la faille béante qui déchirait cette belle famille. il-elle faisait croire qu'il avait beaucoup souffert toute la journée, travailler pour gagner de l'argent, pour nous lever et nous offrir tout ce dont on avait besoin (et plus). mais il avait certains soirs du rouge lèvre dans le cou et une odeur de parfum féminin sur lui, qui étaient intrigants.
Il souffrait peut-être vraiment, d'ennui et de dégoût de la vie, de sa situation, et de son travail dans les immeubles gris et tristes de la Tour Montparnasse. Il ne faisait pas le métier qui lui aurait plu, il s'était sacrifié pour nous ses enfants,
Et tout n'était que souffrance et peine, horreur et désolation, cris et agonie.

et moi je dis Vive le travail, et Vive la vie.

Quand est venu mon tour de travailler, je me suis retrouvée face ces questions : que fait-on quand on travaille? pourquoi doit-on souffrir autant ? Mon père est-il un menteur?
Aussi j'ai voulu essayer, je suis allée voir à quoi ça ressemblait. Je voulais participer activement à la société comme adulte responsable et qui a du poil au cul, je suis allée travailler.
Enfin c'est une faon de parler, je n'ai rien fait de bien intéressant. C'était comme si ils avaient inventé des tâches pour me donner l'illusion d'être utile. (à une certaine époque, le gouvernement a eu une idée pour réduire le nombre des chômeurs, il leur faisait creuser des énormes trous, puis je crois que c'en était d'autres, qui les rebouchaient.)
Mais les gens souffrent de cette situation alors on les bourre de médicaments. C'est cause de la distance qui se crée entre leur nature et leur activité. L'absurdité de leur pain quotidien, les rend malades.
Le silence et l'absence du bureau
vide
trou
(...)

"On ne peut pas faire l'amour toute la journée. c'est bien pour a qu'on a inventé le travail" dans L'homme qui aimait les femmes de François Truffaut.
(...)

Je reviens la réalisation concrète du projet, (...)
Ainsi, ce que je ferai : une grande peinture, d'environ 5 mètres sur trois, (...)Cette peinture représentera l'espace du bureau. Rien que l'espace, vide, surtout l'espace, le lieu du travail (...)
Le sujet de cette peinture est assez austère, presque rébarbatif. La grande dimension de la toile, "l'ampleur de la tâche" que j'entreprends, parlent de l'effort, de la souffrance inhérente au travail, suivant la tradition.
Mais, de n'importe quel sujet, je peux tirer du plaisir, de l'intérêt, en peinture, et c'est ce que je vais faire. Le travail malgré les contraintes et les difficultés qui y sont liées ne doit pas être pour celui qui le pratique une torture (malgré l'origine latine du mot . Si c'est le cas, la responsabilité de l'individu, est de réagir face à cela. (...)
Je travaillerai la lumière, la construction, et les couleurs.
- Je recevrai un salaire, pour la durée de ce travail, comme la secrétaire reçoit un salaire chaque mois. Le travail durera un mois. Ainsi je serai payée le smic (salaire minimum) car je serai paye au minimum pour ce travail.
Ce salaire "remplacera" celui que je ne gagne pas en n'allant pas réellement au bureau. Une subvention de l'état (j'allais dire subversion) pour ce non-travail comme il avait fait pour le travail de secrétaire à la fac! (les CES sont payés par L'Etat)
vraiment Il y a un décalage entre les choses.
L'état m'avait subventionnée comme secrétaire pour "me faire croire" que je travaillais, que j'étais intégrée la société, et pour que je ne sois plus sur la liste des chômeurs et aussi je coûtais moins cher aux services qui m'employaient qu'une vraie secrétaire !
(...)
L'importance de l'école et de l'apprentissage pour préparer au travail (passage à l'état d'adulte) (apprendre à apprendre et puis apprendre à travailler) (...)

Dans ce spectacle, je suis l'actrice, et l'espace de la vidéo je devrais y être, je le crée, par la peinture, pour ne pas avoir à y être dans la réalité, c'est l'espace dans lequel j'évolue (en faux vrai) et dans lequel a lieu l'action-fiction ( il s'agit encore de la distinction entre la réalité et l'imaginaire et sa limite difficile à définir, qu'est-ce qui est réel, qu'est-ce qui ne l'est pas?)
Représentation de L'Absurde.
(...)

Je me moque du travail-social-rémunérateur, de son inutilité et de son éloignement de la réalité -c'est dire des nécessités de l'être humain-, tandis que je fais un vrai travail de peinture.
Est-ce que l'art est nécessaire l'être humain ? Je pense que oui, mais beaucoup préfèrent la télé.
Car à la fin, sortant de cette comédie comme par miracle il y a
la peinture
comme la seule chose vraie, au delà de toutes ces questions.(...)


Le bus est rempli de personnages chaises (conclusion)
Je critique l'état et je lui demande de l'argent -comme avec mes parents. c'est exagéré?
c'est que je suis là au centre de la contradiction,
Ma propre impuissance à gagner ma vie et mon indépendance.
L'effort individuel (...)
Responsabilité de L'Etat . (...)
Je remercie mes parents pour leur aide -pour continuer à peindre.
Responsabilité individuelle Participer autrement (...)
Revaloriser le travail (...)
Je remercie Monsieur C et sa psychanalyse. (il aide)
La société ne donne plus à chacun la possibilité et la responsabilité de faire ce qu'il a à faire; elle impose une sorte de travail, ce qui ne peut pas être satisfaisant pour tous. (...)
Mais je dirai, qu'elle (la population) a accepté cette logique de se soumettre, et de ne pas se révolter -qui est parfois plus facile que de lutter, réfléchir, chercher d'autres solutions que celles qui nous sont proposées et qui ne nous conviennent pas.


Inventer des métiers.

Chansonnette
Où sont les cerfs ? Dans la forêt Qu'est-ce qu'ils y font ? Ils y travaillent A quel métier ? Au charpentier. Faut-il les tuer ? Oui (ou) Non.
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