Patrick ROUX: DEA: L'autiste et son objet


Quelle est la structure et la fonction de l’objet autistique, quelles conséquences en tirer pour la clinique, tant dans le cadre de la cure qu’au niveau des « bricolages institutionnels » ? Telle est la question que nous avons suivie dans ce travail de recherche. L’abord de la psychose autistique par le versant de l’objet fournit, en effet, une prise plus sûre que le versant du sujet, ouvrant à un usage extensif de l’Autisme.
Dans un premier temps nous avons examiné les élaborations proposées par deux auteurs majeurs de l’école anglaise : F.Tustin et M.Mahler, toutes deux indéniablement d’un grand intérêt clinique. Nous montrons comment la catégorie du manque d’objet leur fait défaut pour penser le statut de cet objet, partenaire réel du sujet. Nous relevons cependant des formulations originales telles : « Ces objets sont des ‘moi’ qui aident l’enfant à s’assurer d’une ‘persistance dans l’être’ ». C’est en effet quelque chose de l’être du sujet qui réside là, en gésine. On se souvient que Lacan oppose, dans La Direction de la cure, « l’être du langage au non-être des objets » .
Après avoir suivi la généalogie de l’objet chez Freud qui le situe dès l’Esquisse comme « fait de reliquats échappant au jugement » , nous avons tenté de serrer le statut de l’objet, à partir de trois temps distincts dans l’enseignement de Lacan.
* 1954 l’objet est pensé à partir du symbolique et le commentaire de l’enfant-au- loup est pris dans cette perspective.
* 1964 la théorie de la pulsion et le mythe de la lamelle, paradigme de l’objet perdu.
* 1973 La jouissance se passe de l’Autre ; l’Autisme peut alors se lire comme la manifestation radicale de la vérité de la structure.
Dans une troisième partie nous étudions les vicissitudes de l’objet dans une clinique sous transfert. Les cures examinées montrent la constance d’une séquence type. 1. Une interprétation inaugurale qui fonctionne comme un ‘non à la jouissance’ et qui permet un certain « décollement » de l’enfant. 2. L’enfant commence une activité de va-et-vient. 3. L’enfant vient décrocher un objet sur le corps de l’analyste. 4. Cet objet peut alors entrer, dans le meilleur des cas, dans une série de substitutions. L’enfant se promène ainsi -comme le propose Eric Laurent- avec « dans ses mains, une interprétation ». C’est un montage, parfois surréaliste, par lequel le sujet se présente –faute de se représenter- et vise à couvrir l’absence de métaphorisation.
Dépourvu du signifiant du manque, l’enfant autiste est « sans défense devant l’impossible à supporter », cependant « rien n’empêche qu’on puisse l’aider à l’obtenir [le signifiant du manque] dans le réel » . La manière de penser l’objet comporte dès lors des enjeux majeurs. Dans une dernière partie nous proposons une série d’applications cliniques montrant qu’un certain traitement de l’objet est possible en institution, visant à faciliter l’insertion –fût-elle minimaliste- du sujet dans un lien social.
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