Alain de Botton, l'art du voyage


Alain de Botton

l’art du voyage, Mercure de France, 2002.

 

 

Alain de Botton pourrait faire partie de ces suisses voyageurs qui, à l’instar d’Ella Mallart ou Nicolas Bouvier, se sentent vivre quand ils sont ailleurs. Sa différence tient dans le fait qu’il a voulu interroger son désir de voyage. Il fait des constats et en déduit un art du voyage qu’il veut nous transmettre. Évoquons quelques conclusions. Le meilleur du voyage est peut-être dans son anticipation qui met en évidence l’écart entre l’imagination simplificatrice et la réalité complexe qu’on découvre sur place. La rêverie de l’ailleurs oublie le corps et le sujet qui finissent toujours par se réveiller à l’arrivée. On se plaint des mouches, de la nourriture, du mauvais sommeil et l’humeur n’a pas la couleur du ciel bleu pourtant bien présent. Il suffit même parfois d’une simple petite bouderie sentimentale pour gâcher le plus beau des paysages du monde.

Le déplacement dans l’espace, le seul dépaysement ne produit donc pas automatiquement le déplacement subjectif espéré. Pourtant le souvenir de l’impression que lui fit à un moment la santé et l’exubérance d’un arbre lui permettra, quelque temps plus tard, d’alléger les soucis qui venaient s’associer aux embarras routiers dans lesquels il était pris. Mais c’est un aspect de sa thérapie proustienne. Il a écrit par ailleurs un « Comment Proust peut changer votre vie ». Cette substitution d’un souvenir heureux à une impression de malheur est en fait déjà dans la lignée de la thérapie épicurienne. Mais comment croire à la victoire du principe de plaisir quand tout son travail est justement causé par l’interrogation sur ce pousse répétitivement au désir de voyager. Plus intéressant est le dialogue qu’il noue avec Baudelaire et Flaubert. Ses commentaires sur les peintures d’Hopper pointent la solitude du voyageur. L’œuvre d’Humbold lui permet de réaliser que les guides de voyage ont des effets pernicieux : ils nous font oublier nos propres questions sur les choses. Notre attention se porte d’une architecture gothique à une ruine romaine, sans ménager le temps pour se cultiver, pourtant indispensable pour apprécier ce qui s’offre à nous. Il en déduit donc un art de voyager qui invite à « peindre en mots » pour apprendre à regarder, à remarquer. Avant de partir en voyage, il faudrait ainsi déjà remarquer autour de soi ce qu’on n’avait fait que voir. Sage conseil en référence à Xavier de Maistre. Encore un effort, pourrait-on lui dire, pour être freudien et remarquer surtout comment on habite dans son paysage intérieur !

Alain de Botton, l’art du voyage, Mercure de France, 2002.

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