J.RUFF:Zen - Le son d'une main


The sound of the one hand. 281 zens koans with answers, translated, with a commentary by Yoel Hoffmann, Basic Book, 1975.
(2004)

Pourquoi cet ouvrage, déjà ancien, et pas traduit en français, devrait-il retenir notre attention ? À un double titre. Il nous invite au cœur d’une pratique du Zen qui est un des “ trucs ”, comme dit Lacan dans Encore, qui ont été inventés au cours des temps pour sortir des embarras de la pensée. La pratique du Zen (ou Chan) rencontrait une difficulté. L’assise silencieuse, qui se contente de prendre la posture à l’image de Bouddha, ne libère pas du parasite des pensées. Pour ménager une voie vers l’éveil, Hakuin, au XVII°, systématise l’usage du koan. D’où la scission entre l’école Rinzaï et Soto à propos de l’usage systématique de ces koans. Hakuin et ses élèves en produiront non seulement la liste mais, et c’est la surprise de ce livre, les réponses “ corrects ”. On imagine le scandale de la publication de ce texte au Japon en 1916. La réponse au koan devait en effet permettre de tester la passe du pratiquant. L’introduction de ce livre fait en effet un rapprochement pertinent avec les questions que Freud s’est posées dans “ Analyse finie et infinie ”. Les quelques livres sur ce sujet, comme “ la passe sans porte ”, nous donnaient jusqu’à présent, un aperçu insatisfaisant sur les réponses retenues et d’une manière plus générale sur les résultats de l’usage de cette pratique du koan. Ce document, loin de ravaler cette pratique qui pourrait donner l’impression qu’on avait fini par jouer au zen dans les monastères, nous donne un témoignage sur ce qui avait été, en son temps, un effort de rigueur. Mais ces recueils de “ dialogue zen–type ” réintroduisaient en fait une nouvelle fétichisation du texte écrit dont le Zen avait voulu pourtant se libérer. Prenons les trois première page de ce livre. Un des koans classiques est celui-ci. En frappant les deux mains, un son se fait entendre. Quel est le son d’une seule main ? Dix-huit questions pressantes du maître et les réponses au tac au tac de l’élève sont rapportées. Le geste de présentation d’une seule main ponctue toutes les facettes du questionnement du maître. Mais au moment où il est demandé de faire entendre le son de cette seule main, l’élève, sans un mot, se lève et va gifler le maître. Voilà sans doute, non sans ironie, une voie abrupte pour témoigner de la destitution du sujet supposé savoir. On aperçoit donc que le zen avait réalisé qu’un des aspects du témoignage de passe devait porter sur l’atteinte à l’amour respectueux du père.
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