Grandin Topologue


Fichier (docx)


Clôture du séminaire
Temple Grandin la topologue ou le traitement d’une jouissance autistique
Jacques RUFF

Temple Grandin a écrit trois livres qui témoignent d’une étonnante capacité d’introspection. Elle est une autiste de type Asperger. Temple Grandin est devenue professeur spécialisée dans le comportement animal à l’université du Colorado, conférencière, experte reconnue pour réduire la peur des animaux allant à l’abattoir, conceptrice d’équipements pour l’élevage industriel.

Ce qui m’a retenu chez elle, c’est la place d’un évènement de corps initial qui reste une référence jusqu’à la fin alors qu’un traitement de la jouissance s’est opéré et a permis un lien social. Il est alors intéressant de reconstruire méticuleusement la boîte noire des opérations rigoureuses qui se sont effectuées.

En effet, au moment où elle trouve une stabilité dans sa vie, après toute une élaboration sur laquelle je reviendrai, elle fait à nouveau le récit d’un événement de corps où elle dit éprouver la même sensation du début, quand son autisme l’isolait complètement. « L’expérience avait été étrangement hypnotique…(elle immobilise les animaux) je songeais à la similitude entre la merveilleuse impression de transe que je venais d’éprouver en immobilisant doucement le bétail et le sentiment de dilatation que m’avait procuré, lorsque j’étais petite, le fait de m’absorber dans la contemplation du sable qui coulait entre mes doigts sur la plage. » Je vous lis le récit de l’expérience de corps de son enfance. « Je pouvais m’asseoir sur la plage pendant des heures en faisant couler du sable entre mes doigts et en façonnant des montagnes minuscules. Chaque grain de sable me fascinait comme si j’étais un scientifique qui regardait au microscope. D’autres fois, j’examinais chaque ligne sur mon doigt, en suivant l’une d’elles comme une route sur une carte. » Quelque chose a changé dans sa vie, mais un éprouvé du corps, une modalité de jouissance familière reste fixe, hors du temps. Asperger soulignait déjà ce trait : « l’essentiel reste invariable » Que doit-on entendre par jouissance ici : c’est un ravissement, une transe, un éprouvé du corps hors du temps.

Il n’y a pas un déclenchement qui ferait rupture dans le cours de sa vie. Il y a une continuité. L’état terminal garde les traces de l’état initial avec une mutation. L’animal a pris la place du grain de sable, la trappe de contention a pris le relais de la main, le sable fait tas comme les corps qui se transforment en viande. C’est donc sur ce déplacement que je voudrais m’attarder : entre les grains de sable qu’elle laisse échapper entre ses doigts et la manière de calmer de sa main les animaux qui se succèdent dans une rampe avant qu’ils ne soient abattus. C’est sur l’enseignement que nous apporte le traitement de cette jouissance autistique que porte ma lecture. La perspective déficitaire ne tient donc pas. L’autiste est au travail d’inventer sa solution. Temple Grandin a dû "créer quelque chose d'unique" pour traiter l’insupportable auquel elle avait affaire. Mais quel est cet insupportable ? Et en quoi les autistes nous éclairent vraiment sur ce point.

C’est la thèse de Lacan. Le traumatisme fondamental, pour tous les humains, est celui du l’incidence du langage sur le corps. Ça paraît incroyable ? L’autiste peut témoigner de sa tentative de se défendre de l’assujettissement au caractère traumatisant de la langue.

Mes premiers pas dans la clinique furent avec des autistes. Et c’est par eux que cette thèse s’est imposée à moi comme une évidence éclairante. Et je me souviendrai toujours particulièrement de l’un d’entre eux. Il ne parlait pas. Son histoire comportait une date qui marquait un avant et un après, donc un acte, un acte de sa part à lui. Il avait eu une évolution normale au dire des parents. Il commençait même à dire quelques mots. Mais toute son évolution s'est arrêtée du jour où sa mère l’a amené et laissé pour la première fois à l'école maternelle vers deux ans et demi. Là, il avait pleuré toute la matinée, pendant quatre heures, à tel point que les institutrices en avaient été surprises et n’étaient pas parvenues à le consoler. Quand sa mère était venue à midi, pour le chercher, il avait manifesté sa colère à son égard et de ce jour n’avait plus parlé. Toutes les tentatives de repérer d'autres coordonnées à cette his¬toire conduisaient toujours à ce récit minimaliste à un détail près. Sa mère m’avait dit en effet un jour, à la suite de ce récit si souvent répété, que c'était la première fois qu'elle le quittait aussi longtemps car elle ne l'avait auparavant jamais quitté, plus de cinq minutes en temps réel. C'est donc dans cette rencontre contingente de la rentrée des classes qu'une insondable décision de cet être s'est opérée. Son débranchement était donc à mettre sur le compte d'un choix de l’autisme. On pouvait pour ce cas le formuler ainsi. Si parler la langue maternelle conduit nécessairement à aller à l'école, et si l'école me sépare aussi longtemps de ma mère pour me brancher à des inconnus, je préfère me débrancher de la langue maternelle pour en éviter les conséquences. Ou encore sur un mode qui évoque Diderot Si après a, il faut dire b, et après c. Je préfère ne pas dire a pour ne pas entrer dans cette affaire infernale où l’on se trouve toujours divisé entre deux lettres puis deux mots puis deux phrases sans que ça ne s’arrête. Sa mère m’avait dit d'ailleurs que, longtemps après encore, il manifestait des signes d'excitation quand il repassait devant les bâtiments de l'école. Pas d’aliénation dans la langue mais une séparation radicale d’entrée. Mais pas d’aliénation dans la langue ne signifie pas pour autant qu’un corps, comme corps humain, ne soit pas pris fondamentalement et déjà par le langage. En somme ce retrait, ce refus de la langue ne peut s’opérer que parce qu’un être en est déjà la proie. La lecture de T. Grandin va nous éclairer sur ce point.
La lalangue : penser en image.

Sa vie, avant 3 ans, n’était faite que de cris, et de hurlements. Elle est prise en charge par une orthophoniste qui lui donnera une base pour sortir de son autisme profond, au point qu’à 6 ans, elle arrive à avoir un langage satisfaisant. Elle est aidée par ses professeurs qui respectent sa pathologie et supportent son côté moulin à parole, questions incessantes, colère, agressivité. Elle dit qu’elle « pense en image », c’est-à-dire qu’elle est une banque de données, un magnétophone qui n’enregistre que des détails. « Si je pense au mot bol, je vois immédiatement le bol de céramique posé sur mon bureau, le bol de soupe du restaurant où j’ai dîné dimanche, le grand bol de salade de ma tante où son chat fait la sieste. » Ainsi le mot bol ne renvoie donc pas à l’idée de bol mais à ce bol-ci puis à cet autre-là. Elle n’a pas le concept de bol. D’où le développement d’une mémoire prodigieuse pour stocker tous les bols aperçus dans ce qu’ils ont chaque fois d’unique. Elle dit être bloquée au « stade des pièces détachées de la perception. » C’est-à-dire que pour elle : « Les gens normaux restent insensibles à l’inattendu ..., ils ne voient que ce qu’ils s’attendent à voir.»

Quel rapport alors avec le traumatisme qu’est l’incidence de la langue sur le corps?

La thèse de Lacan, sur le langage, se fonde sur ce qui fascine Temple Grandin quand elle regarde sans fin les sillons, le ravinement des lignes de sa main. Pour Lacan, le langage est fondamentalement, primordialement de l’ordre d’un ravinement comme celui que produit le ruissellement de pluie sur la terre . T. Grandin rend compte, à ciel ouvert, de cette sensibilité à l’incidence du langage sur le corps, à la marque de la rencontre du langage et de l’organisme. Mais il y a plus. Le langage n’est pas seulement comme l’eau de pluie qui tombe des nuages et ravine. Le langage est comme l’eau qui traverse le corps comme une passoire en laissant « quelque chose au passage, quelques détritus avec lesquels il (l’enfant) va jouer, avec lesquels il faudra bien qu’il se débrouille.» C’est tout à fait l’expérience de T. Grandin. L’eau du langage s’écoule en effet dans son organisme comme le sable passe à travers ses doigts. Les détritus se matérialisent, se signalent par ces grains de sable, par chaque sillon de sa peau. Atome d’ex-istence pour le grain de sable, chair ravinée par le langage dans les sillons de la peau.

Quel est alors le rapport de ces détritus, le fait de penser en image et le traumatisme de la langue ? L’autisme n’entre pas dans le langage par le signifiant, mais par le signe. Le grain de sable est un signe d’existence comme corps-organisme qui s’ouvre au symbolique. Le signe reste collé à la présence de l’objet concret, perçu, comme le signe de ce bol-là. Il ne peut signaler l’effacement, la perte, la présence-absence spécifique à l’usage du signifiant . Le signifiant, au contraire, est en rapport avec un autre signifiant au point de produire un monde, une réalité autrement sensible, faite d’un réseau de signifiant qui n’a plus cette adhérence à la sensation. Cette différence entre un signe et un signifiant produit donc des corps différents, des corporisations différentes. Temple Grandin nous présente un corps intellectuel, qui fonctionne sans généralisation, en image, qui n’est pas ému par les sentiments amoureux ou esthétiques, et qui ne connaît pas le « faire semblant » propre à la logique du signifiant. Temple Grandin devra donc « jouer » et se « débrouiller » avec ces signes-détritus de lalangue, S1, modalité du symbolique, grains de sable, lignes des mains, marques de l’événement de rencontre entre le langage et le corps. Ces éléments, par lesquels elle désigne son être au monde, l’arrachent déjà dans un premier temps d’un fond-surface indifférencié du monde, soit un monde bidimensionnel où son corps se distingue de son organisme.
L’invention : une machine à bien-être pour traiter la jouissance des détritus
Mais ces signes-détritus ne produisent pas de calme, d’apaisement à son corps, du fait de la dérive métonymique des signes. Il va falloir, à cette langue de son corps, un objet supplémentaire. Dès le CE 1, elle rêve d'une "machine à bien être" qui lui permettrait de contrôler la quantité de stimuli de son corps. « Puisqu’il n’existait aucune machine susceptible de me procurer un bien être par magie, enfant, je m’enveloppais dans une couverture ou je m’écrasais sous les coussins du canapé pour satisfaire mon désir de stimulation tactile. La nuit, je bordais mon lit bien serré et je me glissais sous les draps et les couvertures. Parfois, je portais des cartons comme un homme-sandwich… » C’est bien une suite métonymique d’objets dont la fonction sur le corps est de coller, serrer, border. Elle passe d’un corps grain de sable qu’elle était à avoir un corps enveloppé, une enveloppe formelle à cette existence.

C’est chez sa tante, à 17 ans, dans un ranch en Arizona, qu’elle découvre les trappes à contention pour marquer, vacciner et castrer le bétail. Elle constate que ces bêtes, pour lesquelles elle éprouve de l’empathie, sont calmées par ces trappes qui les enserrent . Une vache devient donc son double par transitivisme. Ce double n’est pas persécuteur : il ne parle pas. Il permet la mutation de l’inanimé, du minéral, les grains de sable au vivant, à l’animé, à l’animal. Après l’ouverture au symbolique par le signe et pas au signifiant, c’est l’ouverture à l’imaginaire par le double qui n’est pas une identification. Elle se met donc dans la trappe. Sa tante, à qui elle fait confiance, actionne alors, à sa demande, l’ouverture et la fermeture de la trappe. Cette machine se trouvera par la suite dans sa chambre à coucher à côté de son lit. Elle s’allonge à plat ventre de toute sa longueur comme dans un étau dont elle contrôle la pression . Temple Grandin met explicitement en rapport la pacification de sa jouissance obtenue par sa machine avec la masturbation chez les enfants. C’est donc bien un traitement de la jouissance de son corps. D’où l’embarras de certains de son entourage qui refusaient cette trouvaille et voulaient la lui ôter alors que cette machine était plus importante que « d’être normal ou même se marier » dit elle. Sa machine lui procure d’autre part le sentiment d’avoir un corps et des pensées à elle. « Les sentiments et les pensées qui me venaient dans la trappe pouvaient exister en dehors. Les pensées étaient le fruit de mon esprit et pas de la trappe de contention. » C’est à partir des effets de cette trappe à laquelle elle s’appareille qu’elle pourra désormais aborder les autres. La trappe est cet Autre fait de bords qui se collent aux bords qu’elle a produit sur son corps.

Serrer, enserrer, border , sont des opérations réelles nécessitées par ces détritus-signes pour délimiter un corps avec un intérieur et un extérieur. Bord et trou sont donc des opérations topologiques, c’est-à-dire des constructions d’un espace mental et physique, qui prennent la suite de celles du début qui portaient sur la seule différence forme et fond-surface du monde. C’est le passage du bidimensionnel au tridimensionnel, donc de la surface au volume. Mais la question du trou lié au bord, la travaille : trous des portes, des ouvertures. Elle n’arrive pas à franchir une porte coulissante automatique . Et même, quand elle y parviendra, il lui faudra renouveler son geste un grand nombre de fois comme pour s’assurer qu’elle y est parvenue. De quoi est-il question ? D’une tentative de sortie, dans le réel en fait, de son univers du signe. Mais cette poussée vers la sortie est ressentie comme une menace et une impossibilité par rapport au mode de jouissance qu’elle a constitué et choisi. Calmer le regard par le rite
Un manque à voir la déstabilise

Elle a perfectionné par la suite les trappes pour les animaux ainsi que sa propre machine par laquelle elle trouve à se calmer. Mais le point de vue d’une vache va la conduire vers une autre étape : l’abattage des animaux. Jusque-là elle n’était pas allée aux abattoirs. Son expérience n’était que celle du marquage des animaux. La présence de la mort était lointaine. C’est au point que, lors de ses premières expériences d’abattage des animaux, elle se répètera qu’elle n’avait pas vraiment tué ces bêtes. Il n’y a donc pas que la vache qu’on calme. Il y a aussi la vache qu’on tue. Elle s’approche alors de quelque chose de redoutable. Tuer un animal ne met pas en jeu l’agressivité. Nous serions dans la logique imaginaire. Tuer un animal met en acte la destruction qui se porte sur le double. L’abattoir est donc une métonymie de la trappe comme Autre pour son double

La mort de l’animal produit un questionnement sur sa propre mort. Il lui faut donc trouver quelque chose pour les et se calmer. Elle décroche en 1974 un contrat dans un abattoir. Elle construit des rampes d’accès courbes, des couloirs incurvés où les bovins, à la file, ne peuvent pas voir ce qui les attend au terme de l’ascension. Elle introduit donc pour calmer, un manque à voir dans le point de vue d’une vache qui ne voit pas l’instant final qui l’attend. Mais, s’il y a un manque à voir du côté des animaux, il n’est pas de son côté. Elle est bien présente et voit ce moment final. Du coup il y a une différentiation, une division qui la perturbe. Elle est produite comme sujet divisé entre deux points de vue, deux images, entre l’une de vie avant et l’une de mort après, la bête vivante et la viande à consommer. Et il y a une temporalité qui lie ces deux moments différentiés. De plus cet entre-deux, entre ces deux états, n’étant pas une image fait au contraire trou dans son « penser en image ». On passe à une topologie de la sphère à de l’asphérique. Et c’est le trou propre à la logique signifiante, le trou entre un signifiant qui renvoie à un autre signifiant fait irruption, effraction dans son corps. Elle aura un cancer de la paupière. Le trou se localisera sur sa paupière donc au bord de son œil. Elle se fera opérer non sans l’angoisse de devenir aveugle. L’angoisse marque une atteinte à sa jouissance.
Le délire religieux ou scientifique

Le trou du symbolique fait alors son effet : elle cherche du sens. À la faveur d’un rêve, en 1971, il lui vient l’idée qu’il y a au-dessus des abattoirs des étages occupés par des bibliothèques où se stocke le savoir. Au moment où elle voit la disparition de son double, l’idée d’un abattoir-bibliothèque s’impose alors à elle . En somme, elle se défend de sa perte par l’immortalité de ses livres. . Par ses livres et ses constructions, elle pourra se faire un nom qui survivrait. Le rite shehita et le regard du directeur C’est là que vient, en 1992, le propos que je rapportais au début. Cette scène comporte la présence du directeur de l’abattoir et d’un rabbin. Pendant qu’elle calmait les bêtes , elle se sentait, dit elle, vibrer à l’unisson avec l’univers dans un état de calme total. Elle inscrit dans son journal intime, à une date précise, cette remarque à propos du calme qui lui est venu. « Quand la force vitale quittait l’animal, j’éprouvais de profonds sentiments religieux.» Après le symbolique et l‘imaginaire, c’est le réel qui fait irruption dans l’imaginaire. Le sang qui s’écoule et que perd l’animal prend la suite du sable qui filait entre ses doigts. Il faut donc qu’une perte s’inscrive, à sa façon, sur le corps pour qu’une régulation de jouissance en excès puisse se produire Dans ce moment, le temps, dit-elle, s’était arrêté jusqu’à ce que le directeur de l’abattoir la ramène à la réalité en l’invitant à le rejoindre dans son bureau. Il lui dira avoir été fasciné par cette scène qu’il avait épiée. C’est là qu’elle dit donc : « je songeais à la similitude entre la merveilleuse impression de transe que je venais d’éprouver en immobilisant doucement le bétail et le sentiment de dilatation que m’avait procuré, lorsque j’étais petite, le fait de m’absorber dans la contemplation du sable qui coulait entre mes doigts sur la plage. »
Trois remarques sur ce moment avant une brève conclusion

1) Sur le double. L’usage du double a fonctionné à nouveau. Sa fascination muette trouve son double dans celle du directeur qui regarde la scène. Le rabbin quant à lui est ce double qui prend en charge la pulsion de destruction à l’égard de la vache. Mais cette fois, une coupure s’est produite entre la jouissance éprouvée dans son corps et la vision qu’en rapporte le directeur comme témoin.

2) Le rite. La mort de l'animal est abordée, non pas tant par le discours religieux, mais par le rite d’abattage juif shehita. C’est sur le bord d’un vide aperçu, d’un trou, qu’elle met le rite. L’usage du rite prévaut pour elle sur ce qu’il veut dire. Le « rite peut être un moment de silence … Aucune parole, rien qu’un moment de pur silence » » est la dernière phrase du texte. Il ne faut pas que la voix, un vouloir dire, vienne hanter l’autiste. Le geste du rite se pose sur la bouche cousue de l’Autre

3) Dilatation. Elle apporte une précision sur la modalité temporelle de cette jouissance : un sentiment de dilatation. Le sentiment de dilatation qu’elle éprouve peut-être rapproché du mode de jouissance en fort–da de Schreber quand il disait que ses phrases avaient un tempo qui s’allongeait, s’étirait ou se ralentissait. Ce n’est donc pas une temporalité propre à la chaîne signifiante avec une dialectique entre passé, présent et futur. C’est ce qui me permet ma dernière remarque conclusive.

La temporalité de la réitération. Cette scène n’est pas un souvenir, ni un souvenir-écran qui comporterait un vouloir dire caché ou une reconstruction de quelque chose. C’est la réitération d’un même événement où son corps se jouit. C’est la pure répétition dans le réel de son ravissement, de sa jouissance de toujours. Nous dirions, à la suite de Lacan, c’est la mise en évidence de son sinthome pour le différentier d’un symptôme qui lui ferait appel au sens. Mais il aura fallu la réitération, c’est-à-dire la nécessité d’une seconde fois, d’une fois encore, pour qu’elle puisse identifier ce sinthome comme étant le sien et qui fait d’elle un être à nul autre pareil.

Si l’on prend les choses à partir du S1, comme origine du nœud, on peut dire que c’est un nœud si dense, si compact qu’il a fallu plutôt le desserrer. La vache comme double, la trappe comme Autre de bord et le rite comme bord du trou ont donc scandé les moments de dilatation de la jouissance de départ. La jouissance tente de se répartir dans une triplicité nodale « un être à trois » entre son corps, par le sable, comme corps minéral, atome de départ, le sang des animaux (R), ses études, ses diplômes, ses livres (S), et les autres, (I) vaches, directeur, rabbin et le lecteur auquel elle s’adresse comme 4° qui fait tenir le tout.
En haut En bas