Brochure Antenne clinique de Gap 2007


INSTITUT DU CHAMP FREUDIEN
SECTION CLINIQUE D’AIX-MARSEILLE
Sous les auspices du Département de Psychanalyse de l’Université de Paris VIII

Directeur : Jacques-Alain MILLER
Association UFORCA Aix-Marseille pour la Formation Permanente.
N° Agrément 93130657813


Antenne de Gap
XII° année
Année 2006-2007
SESSION de PSYCHANALYSE APPLIQUEE


  Le père dans la clinique
 « …s’en passer à condition de s’en servir. » J. Lacan

 

Pour tout sujet, en tant qu’effet des jeux signifiants, il y a la rencontre d’un réel insupportable qu’il va devoir traiter, limiter, sous peine d’un risque pour lui et pour les autres. Le père, tenu pour le représentant de la loi symbolique, avait été, par Freud, mis en fonction dans le mythe d’oedipe, pour être l’agent symbolique de cette perte de jouissance nommée castration. La vérité du sujet est l’horrible de la castration – toujours. Lacan, dans les années 1950-65, comme Freud, a pris en compte le fond religieux de notre culture où cette mythologie du père s’exprimait. Il lui redonnera sa place (notamment dans le Séminaire III, Les psychoses - 1955-56), avec le Nom-du-Père, formalisé, via la linguistique saussurienne, par la métaphore paternelle. C’est la mesure du plaisir qui se substitue à l’infini de la jouissance de l’Autre maternel. Toute une clinique s’est fondée sur la présence ou l’absence (la forclusion) du Nom-du-Père que l’on pouvait repérer à ses effets.

En fait, pour Lacan dans la seconde partie de son enseignement (à partir de 1967), l’interdit du père devient une dramatisation imaginaire, un mythe symbolique freudien, pour transcrire un fait de structure. L’interdit n’était que la face imaginaire d’un impossible logique. La cause du malaise de la civilisation qu’on avait voulu fixer dans le père et ses interdits n’était qu’une défense par rapport à la pulsion. Lacan parlera d’un réel de la jouissance et en explorera les différents paradigmes.

Mais, en ces temps relativement libérés des interdictions imaginaires, nous sommes confrontés brutalement à cette jouissance à ciel ouvert. Comment s’orienter cliniquement ? Un paradoxe surgit que nous voudrions éclaircir. Lacan ne recommande pas, comme un courant désorienté le voudrait, le rétablissement de l’ordre et de la sécurité par la menace du père. Nous sommes dans un temps qui veut se passer du père et de ses figures. Lacan propose plutôt que nous nous en servions. Qu’est-ce à dire ? A la différence de Freud, Lacan interprète le père. Du coup il le réduit voire le ravale à sa fonction. C’est cette fonction du père que nous devons dégager pour un usage pragmatique qui désormais s’impose à nous. En cessant d’y croire, on se donnera la chance de s’en servir. « L’hypothèse de l’inconscient, Freud le souligne, ne peut tenir qu’à supposer le Nom-du-Père. Supposer le Nom-du-Père, certes, c’est Dieu. C’est en cela que la psychanalyse, de réussir, prouve que le Nom-du-Père, on peut aussi bien s’en passer. On peut aussi bien s’en passer à condition de s’en servir. » (J. Lacan – avril 1976. Séminaire XXIII, Le sinthome). Qu’appelions-nous « père » si ce n’est cette possibilité de faire tenir ensemble les dimensions hétérogènes de notre expérience humaine, l’imaginaire, le symbolique et le réel ? Il s’agit dans tous les cas de localiser une jouissance chez le parlêtre qui n’est pas résorbable totalement dans l’imaginaire ni le symbolique. C’est en effet ce que nous présente la clinique de nos jours qui voit coexister des usages standards et non-standards du père dont l’enjeu est de parvenir à instaurer un lien social avec les autres. La fin de l’enseignement de Lacan orienté à partir du réel comme impossible logique sera d’un grand secours pour cette orientation.

 

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