D'une présentation de malade avec les enfants


De la présentation de malades avec les enfants: de l’inadmissible à l’étonnement.

Journée d’étude de la SC, 14 mars à Marseille

Jacques Ruff

           

            Je voudrais revenir sur un changement de position qui s’est produit dans le service de pédo-psychiatrie, dont dépend l’Antenne de Gap, à l’égard de la présentation de malades avec les enfants. Ce qui a opéré, c’est d’être venu parler avec les personnes du service de la  présentation qui avait eu lieu à l’Antenne. Peu de personnes du service viennent y assister hormis le médecin-chef et deux ou trois personnes tout au plus. Au début de ces réunions, il y avait une dizaine de personnes. La dernière fois il y en avait une bonne vingtaine qui participaient à ce travail avec un intérêt certain. Au début de chaque réunion, on revenait sur les critiques qui portaient sur cette présentation. Ce temps préalable est en voie de disparition.

 

L’inadmissible

            Nous savons qu’une présentation de malades, cette unique rencontre, soulève des réticences. Les réactions sont encore plus vives pour une présentation avec des enfants. Comment peut-on faire venir un petit, un enfant devant une assistance d’une cinquantaine de personnes? Ne sera-t- il pas cerné par les regards et écrasé par le silence des participants ? Ce n’est pas sans surprise que le service découvrira l’aisance avec laquelle certains enfants se servent de la présentation. Néanmoins, on peut remarquer à quel point le fantasme de l’enfant objet de jouissance de l’Antenne clinique a pris facilement consistance. Ce fut au point que certains, dans l’institution, ont même parlé de « prédateurs ». En somme, il fallait tous les deux mois une victime à sacrifier sur l’autel de la présentation de malade. Il y avait une raison à cela. Dans les débuts de l’Antenne, le médecin chef, qui avait un transfert à la psychanalyse et à Lacan, prenait seul la décision de présenter tel enfant. Il n’y avait alors pas eu, comme on me l’a formulé, de  « retour dans l’institution ». Le compte-rendu et la transcription de la présentation étaient pourtant régulièrement déposés. Mais c’était sur le mode de la bouteille à la mer. L’institution nous avait ouvert la porte pour nous reléguer dans sa remise. Cette question du « retour » était donc importante.

            Il faut revenir sur la fragilité de la présentation de malades pour une Section clinique. Nous dépendons du bon vouloir de l’institution et du médecin chef. Ce bon vouloir comporte bien sûr un transfert à la psychanalyse. Quand on frappe à la porte de l’institution, on pense qu’à l’intérieur quelqu’un nous connaît et nous a « à la bonne ». C’est un point nécessaire mais pas suffisant. Régulièrement le médecin responsable du service fait entendre non seulement sa charge de travail mais aussi le travail qu’il doit faire lui-même pour persuader son équipe de l’intérêt de cette présentation. Il faut être attentif à cette demande de soutien de la part du médecin adressé à la Section clinique. On ne peut pas s’endormir sur la valeur agalmatique de la Section clinique pour s’assurer de la possibilité d’une présentation de malade. Il me semble qu’il faut au contraire se penser comme objet rejeté donc, non pas comme agalma, mais palea. L’objet rejeté est la clinique. La raison évoquée est un manque de temps. Disposer d’une heure et plus pour un enfant est un luxe. Il y a une clinique de l’urgence qui demande une réponse immédiate pour se débarrasser d’un problème qu’on met en dépôt dans une institution. C’est la clinique du trouble et de la norme: « il perturbe la classe ». On peut comprendre alors que le malaise dans la civilisation envahit l’institution. On y étouffe au point qu’on a pu me dire que la présentation de malade était, pour certains, un temps de respiration. L’objet rejeté, la clinique, peut donc être placé dans l’Autre de la Section clinique. Mais si l’institution, par le médecin, fait un premier pas pour aller chercher cet objet dans la Section clinique, il faut, pour que le circuit pulsionnel fonctionne, un retour dans l’institution qui est à la source.

 

De la modalité du retour de la clinique dans l’institution

            C’est donc de l’effet du retour de la clinique que je voudrais parler. Dans un premier temps, le retour dans l’équipe se fit par la lecture du compte-rendu de la présentation de malade. En effet, à l’Antenne de Gap, avant chaque nouvelle présentation, un stagiaire est chargé de faire un compte-rendu de la présentation de malade précédente. Ce compte-rendu est travaillé dans le cartel organisateur avant d’être exposé à l’Antenne. Il est donc plutôt compact et dans un langage propre à la Section clinique. Autant dire que la lecture de ce travail ne convenait pas. Le retour fait dans l’Antenne ne peut pas être du même ordre que celui fait dans l’institution. Ce qui fut donc opérant, c’est la lecture de la transcription elle-même de la présentation. C’est rendu possible par un autre travail dans l’Antenne. Une petite équipe a été mise en place sous la responsabilité de l’un d’entre nous. Elle a pour but d’établir le texte de la présentation. C’est un travail considérable et remarquablement bien fait. Ce texte ne circule pas dans l’Antenne. Il est envoyé aux membres du cartel organisateur et au stagiaire qui a la charge du compte-rendu.

            C’est donc la lecture de ce texte qui a produit une modification. Il est distribué à chaque participant avant la réunion programmée dans l’institution. À part une ou deux personnes, personne n’a assisté à la présentation. Certains pourront même dire qu’ils n’y sont pas venus parce qu’ils ne se sentent pas encore prêts. Ceux qui y assistent, en se pensant prêts, ne seraient-il pas trop anesthésiés à ce qui se rend présent ? De quoi s’agit-il sinon de l’effet de captation que produit l’image d’un corps. Souvenons-nous de ce que Lacan disait des corps en présence dans l’analyse. Il rappelait que c’est par «  le regard que le corps prend son poids » et que « tout ce que l’homme pense s’enracine là ». Il avançait jusqu’à ce point : « Il est vraiment très difficile à un analyste…de ne pas être aspiré par le glou-glou de cette fuite, de cette chose qui le capte, en fin de compte narcissiquement…l’analysé. »[1]. Le texte, en soustrayant le lecteur à l’effet de captation de l’image du corps, ménagerait donc une étape dans le retour de et à la clinique. 

 

De la présentation de malade à la lecture de sa transcription

            Il s’agit donc du temps de lecture d’un texte où ferait retour, tel le cheval de Troie, la clinique. Ce temps de lecture s’impose à moi-même tout autant. Même si j’ait fait la présentation, même si un travail d’élaboration s’est fait après la présentation, c’est encore autre chose quand je me trouve à en lire le texte. Un stagiaire, dans son compte-rendu dans l’Antenne, avait pris le parti de mettre en avant certains de mes modes d’intervention dans la présentation. C’est inhabituel. C’est pourtant une réflexion qui mériterait d’être reprise. En effet, je ne suis pas à la même place quand j’opère dans la présentation et quand je lis moi-même ce qui s’y est passé. Quand je lis mes interventions, je peux en effet me demander après coup ce qui me guidait. Est-ce que je parvenais à bien repérer l’effet de captation  qu’exerçait sur moi l’image du corps de cet enfant? 

            La présentation de malade avec les enfants, plus qu’avec les adultes, confronte dès le départ à la question de savoir si elle va même avoir lieu. Combien de fois, jusqu’à la dernière minute, apparaissent les réticences dont j’ai parlé. La réticence et même le refus sont ceux de l’enfant mais aussi de la personne qui l’accompagne. Mais même, quand l’enfant est enfin là, il n’est pas sûr que la présentation puisse avoir lieu. C’est là, plus que jamais, que se pose la question de savoir ce qui est rendu présent dans une présentation ? Les corps, celui de l’enfant et celui du présentateur, sont mis en jeu d’une manière plus vive qu’avec les adultes. L’enfant peut, par exemple, se servir du présentateur pour lui demander de faire quelque chose. Une enfant m’avait demandé de fermer les yeux pour pouvoir crier et me faire peur. Une autre me chuchotait quelque chose à l’oreille, excluant les participants. Mais inversement, en interpellant le public, l’enfant peut se mettre à distance de la présence du présentateur.

            Mais il n’y a pas que ça. Quand, au début de ces présentations, l’enfant restait cinq minutes et voulait partir, nous ne pouvions pas nous empêcher de penser, même brièvement, que la présentation était ratée ? Nous constations que l’amorce d’un dialogue était plus délicate qu’avec un adulte. La plupart du temps lui demander de rendre compte de ce qu’il faisait dans l’institution était inopérant. Le S1, le signifiant qu’on pourrait appeler de présentation, tardait souvent à venir. Mais une fois le lien établi on avait ces présentations étonnantes qui font un effet d’émerveillement. Loin d’être impressionné par le monde, l’enfant s’adressait au public, racontait pleins d’histoires qu’il accompagnait de dessins.

            Si on ne peut pas se repérer sur l’effet subjectif des présentations, il ne faut pas pour autant les déconsidérer. En effet ce qui est en jeu dans  l’effet subjectif, c’est la présence ou pas de l’effet de sens, du dialogue, de l’échange. La présentation de malades avec les enfants nous installe d’entrée dans la prise en compte du rapport du sujet au langage. Le critère différentiel psychose-névrose apparaît plus facilement dans le fait que l’enfant tolérera ou pas ce mode de question-réponse en quoi consiste la modalité de la présentation de malades. L’effet persécutif, intrusif du langage et l’effort pour faire taire son bavardage sont rapidement perceptibles. D’où le fait que les participants puissent plus facilement accueillir la jubilation de l’usage de la langue par l’enfant que la façon dont l’enfant, comme objet du fantasme maternel, se défend de la jouissance que véhicule l’articulation signifiante dont il est issu.

 

Deux temps de lecture

            La modification du travail de l’équipe s’est opérée à partir de la lecture d’une présentation où pourtant tout avait mal commencé. L’enfant ne voulait pas venir. L’accompagnatrice n’avait pas compris en quoi consistait cette présentation. Une rumeur d’abus sexuel semblait en plus peser sur ce cas. L’enfant ne répondait même pas à mes quelques paroles alors qu’on se dirigeait vers la salle.  Et ce fut pourtant spectaculaire au sens propre. Elle identifia d’abord dans la salle quelques personnes avec qui elle travaillait en atelier. Puis ce fut l’une des stagiaires qui fut l’objet de son intérêt. Elle la dessinait au tableau en mettant en valeur certains traits. Puis ce fut une série d’histoires sur lesquelles je vais revenir.

            Jusque-là, la lecture du texte avait plutôt de quoi rassurer. C’était même un retour sympathique de la clinique. Fini les « prédateurs » ! Ce n’est pourtant pas ce que la lecture nous apprenait. Il y avait la scène de la présentation de malade et une autre scène, celle que cette enfant faisait entendre dans ses fantasmes qu’elle dessinait au tableau. C’était le retour par le symbolique et l’imaginaire d’un réel dont elle tentait de s’arranger. Dans ses fantasmes, dont elle jouissait visiblement à nous les raconter, apparaissait la figure d’un prédateur, sous la forme d’un chasseur ou d’un sanglier dévorant. Au moment où la présentation de malade montrait l’aisance d’une petite fille à s’exprimer, au moment où les plus réticents se trouvaient rassurés, voilà que ce qu’ils craignaient revenait dans le texte lui-même de l’enfant. L’enfant se servait de la présentation  pour faire entendre en quoi elle était l’objet de quelque chose dont elle tentait de se défendre. Il n’est pas exclu que c’était une réponse à la présentation elle-même comme rencontre. Car, après tout, c’est à celui qui cause sa division, en l’occurrence au présentateur en place de semblant d’objet, qu’elle s’adresse. Mais la vertu de ce moment est aussi de pouvoir faire entendre, à ceux qui l’écoutent, ce qu’elle voudrait qu’on puisse y lire. On y lit la trace d’une rencontre produisant un événement de corps qui fait explicitement entendre un appel. Dans la première des quatre histoires, une petite fille se faisait manger par un sanglier qu’elle avait rencontré dans la forêt. À la fin de l’histoire, après l’avoir dessinée, elle précisait que la petite fille faisait « ah, ah ». Elle mimait même cette scène, avec une bouche grande ouverte, en disant qu’elle « criait au secours ». Je pense qu’à ce moment-là tout le monde s’était senti interpellé par ce appel qui franchissait les barrières des ateliers derrières lesquels chacun s’était protégé. Voilà déjà pour un premier temps.

            Je voudrais très brièvement rapporter un deuxième temps de lecture qui situe le point où nous en sommes de ce retour de la clinique dans l’équipe. 

            Elle nous avait donc raconté quatre histoires dont trois étaient construites suivant une même logique. C’était la rigueur de l’élaboration de l’enfant qu’il fallait mettre en relief. Il fallait faire entendre à l’équipe qu’elle était, malgré l’appel au secours, au travail de répondre à ce qui faisait sa difficulté. Ils n’avaient donc pas à s’occuper d’elle comme si elle était une attardée. La fonction propositionnelle telle que l’a construite le logicien Frege dans son article sur La négation en 1920 m’a semblé être un premier outil d’entrée dans cette logique comme écriture. Lacan se sert de la phrase à trou de Frege pour écrire la fonction phallique, fonction de castration. C’est une manière d’étudier le langage autrement qu’avec les traditionnelles structures grammaticales, sujet-prédicat. Il y a la fonction, la constante phallique F(X) pour les deux sexes et la variable ou les variables, c’est-à-dire l’élément substituable à une place vide. En X, on a les signifiants de la jouissance. Dans le cas de ces histoires, en X, on a « être mangé ou tué ». On a deux variables, l’une pour l’agent, A, un sanglier ou un chasseur, et B pour l’objet, un enfant ou un lapin. La structure logique de ce qu’elle nous raconte peut se réduire A F (X) B. L’intérêt de cette lecture est de nous décoller de l’imaginaire du fantasme, du sens, pour sa construction logique. À se fixer sur les histoires, on peut croire que le sujet  est celui de l’énoncé alors que le sujet comme l’indique $ est un vide représenté par des signifiants. Il faut donc mettre en valeur d’un côté l’assujettissement du sujet par le langage et de l’autre la rencontre d’une contingence qui met ce sujet au travail de s’en arranger. Un fantasme, comme phrase qui se jouit, ne s’interprète pas mais se construit.  Il en est de même du travail de figurabilité par les dessins qui prend la suite de la parole. Le dessin qui se construit au tableau nous invite de même à nous exercer à repérer la logique du trait qui le forme. Effacer un dessin pour en produire un autre n’est pas sans nous retenir. L’effacement dégage l’espace vide entre les signifiants et souligne l’opération signifiante elle-même. L’écart entre le récit et le dessin, la manière d’ordonner par des flèches la succession temporelle des tableaux, la valeur différentielle des couleurs, la couleur qui fait tache, la façon dont elle mime et commente, sont autant d’éléments qui font la matérialité de la présentation.

            Reprenons brièvement la première et la deuxième histoire. Dans la première il y a déjà une différence. Elle dit d’abord, dans son récit de rencontre, que l’enfant est mangé par le sanglier. Puis quand elle en fait le dessin, elle change et dessine l’enfant sur le point d’être mangé par le sanglier. Pour cerner cette rencontre et en témoigner elle se sert de deux éléments. Il y a d’une part l’intrusion d’une jouissance dévoratrice dont elle se défend et de l’autre, le sang comme figuration angoissante, envers du corps fermé du narcissisme, avec les taches rouges sur le corps de l’enfant ou sur la bouche du « sang-lier ». On peut y lire l’imaginarisation des mâchoires de l’Autre dont parle Jacques-Alain Miller pour illustrer  la double face de l’objet a. 

« Du côté de l’Autre il y a comme des mâchoires qui saisissent une partie de cette jouissance autistique : c’est la signification de la castration. La vérité de la castration c’est qu’il faut en passer par l’Autre et céder de la jouissance à l’Autre »[2]. Cette partie de jouissance autistique cédée à l’Autre est cette part d’être dont Lacan pouvait dire : « tu es ceci, qui est le plus loin de toi, ce qui est le plus informe.[3] »

            C’est à la suite de cette histoire, qui se termine par son appel au secours, qu’elle produit la deuxième histoire. Elle ne voulait d’abord pas en faire un dessin. C’est une histoire qui porte sur un monsieur. Elle précisera que ce n’est pas une dame. On avance donc là sur le terrain de la sexuation. Ce monsieur en canoë entend une cascade, mais ne voit pas le tunnel qui lui permettrait de la traverser. Il perd son chapeau, son chien et se retrouve tout nu à la fin. C’est donc une rencontre encore plus radicale avec la castration. Son dessin, fenêtre divisée en quatre tableaux comme le précédent, laissera, cette fois-ci, vide la dernière case, celle du monsieur tout nu. Elle dira qu’elle ne se souvient plus de la fin de l’histoire et voudra même arrêter là-dessus avant de raconter encore les deux dernières histoires qui ont la même structure que la première. Ce n’est donc pas une case manquante mais une case vide d’image, le pur cadre d’une fenêtre. C’est donc bien au niveau du voir, de ce qui soutient la possibilité de l’image, de la figuration, que quelque chose fait à ce moment problème. Comme cet homme, elle entend, mais ne voit pas ce qui lui permettrait de franchir la cascade qui risque de l’emporter. Si le secret de l’image est la castration, la régulation de l’image dépend néanmoins  du rapport entre la charge libidinale, l’objet a, et la castration. Les liens entre le symbolique et l’imaginaire qui jusque-là tenaient ensemble sont rompus. La charge  libidinale s’est brusquement retirée, le dessin ne se fait pas. Cette case vide de l’image d’un homme nu et démuni vient à la suite du premier dessin qui se terminait par un appel au secours, au moment où le sanglier allait manger l’enfant. Comment venir au secours de cette enfant qui a rencontré une jouissance qui la déborde ?   

Sur quoi ouvre l’étonnement ?

            Si j’ai relaté une partie de ce travail de lecture, qui pour nous est habituel, c’était pour amener l’équipe à ce qui fut le point essentiel de leur étonnement. Pour cela il m’avait fallu d’abord leur faire entendre la logique qui soutient un sujet travaillé par ce dont il se défend. Le point suivant, leur point d’étonnement, est celui que Jacques-Alain Miller a mis en valeur. Ce n’est pas le psychanalyste qui interprète mais l’inconscient. A vouloir interpréter ce qui est dit par cet enfant, on ne fait que prendre le relais du travail de son inconscient.

            Remarquons d’abord que cette perspective étonnante, à l’envers des prêts à penser, produit paradoxalement un soulagement. La clinique psychanalytique ne les conduirait donc pas vers l’acharnement à tout comprendre. Si elle les libère de trop penser, elle leur demande par contre d’être attentif à ce que l’enfant aura dit, comment il l’aura dit et comment en rendre compte en raison.  C’est donc un premier temps dans cette opération de retour de la clinique.

            Pourtant, pour avoir conduit ce travail d’équipe en ce point, je pense que ce soulagement sera de courte durée. Il n’est pas sûr que ce retour désiré de la clinique  soit vraiment ce qu’ils veulent. Il se peut même que le retour de la clinique réveille une culpabilité que Freud disait inconsciente. François Leguil, récemment, lors d’un exposé magistral, nous rappelait que Lacan tenait à ce qu’on ne déculpabilise pas. On ne déculpabilise pas parce que la culpabilité indique qu’on se préserve de l’angoisse et de la honte. Or, si la présentation de malade comme texte est une pédagogie destinée à former un lecteur à lire de l’inédit, elle met aussi ce lecteur en demeure de répondre à la question de ce que ce texte éventuellement lui veut. Le texte et son lecteur ne sont pas sur le même plan. Quel est l’acte, à la suite de cette lecture, qui est attendu de la part de celui qui s’offre à cette fonction de recevoir des enfants ? Arrivé à ce point, on peut se demander la tournure que prendront les réunions suivantes.

            Dernier point. Qu’en est-il du retour de la présentation de malades dans la Section clinique elle-même ? Comment exploiter, transmettre l’enseignement de nos présentations de malades? Jacques-Alain Miller, à Delphes, avait posé la question. Nos cas sont des incomparables qui ne relèvent pas des statistiques ni d’une évaluation. Ils reposent sur le détail et l’argumentation. Comment porter ces cas au paradigme comme Freud lui-même a pu le faire dans ses cinq psychanalyses ? Quel style trouver pour les communiquer ? Comment les archiver ?

 

 



[1] Lacan Conférence à Genève sur le symptôme.  Octobre 1975 p. 7 Le bloc notes de la psychanalyse n° 5

[2] Jacques-Alain Miller  La théorie du partenaire  in Quarto n ° 77 juillet 2002 p. 20

[3] Lacan Le Séminaire II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, p. 186, Seuil 1978

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