Quelle liberté pour le sujet à l'époque de la folie quantitative ?



 

MEETING
Faculté de Droit – 110/114 La Canebière - Marseille
SAMEDI 17 MAI
10h - 13h et 15h - 18h


Sous l’égide de l’École de la Cause freudienne (association reconnue d’Utilité publique par
l’État), de l’Association de la Cause freudienne-Méditerranée-Alpes-Provence, du Collège
méditerranéen de psychanalyse, de la Section clinique d’Aix-Marseille (UFORCA), du Centre
psychanalytique de Consultations et de traitement-Marseille, du CEREDA, du CIEN,
d’InterCoPsychos


Quelle liberté pour le sujet à
l’époque de la folie quantitative ?


« C’est une erreur, disait Lacan, que de faire de l’inconscient un dedans.
Oui, parfaitement, l’inconscient est au-dehors, il est à penser en extériorité.
C’est pourquoi, oui, "l’inconscient, c’est la politique". Laissée à sa pente
naturelle, la politique, nous le voyons tous les jours, est fantasmatique,
mégalomaniaque, délirante. Bref : elle a besoin de psychanalystes, et de
ceux, cliniciens et intellectuels, que la lecture de Lacan a formés »
(Jacques-Alain Miller, Le Nouvel Âne, n° 8, février 2008, p. 3). Notre arme
a un nom : c’est « le fer de lance, la pointe avancée de l’enseignement de
Lacan appliqué à la guerre de civilisation en cours » (ibid.).
Pour cette guerre, où il s’agit pour chacun de se réinventer, des
philosophes, des écrivains, des artistes, des juristes, des universitaires, des
scientifiques, des psychiatres, des religieux et des psychanalystes ont
accepté, plutôt joyeusement, d’en faire meeting à Marseille. Car, bien sûr,
« tout est pour le mieux dans le pire des mondes possibles » (Philippe
Sollers) !


Renseignements et inscriptions :
06 81 53 31 35 – 06 85 30 93 09 – 06 61 89 98 70. Mail : acfmap@orange.fr
Entrée : 15 € jusqu’au 1er mai. Après cette date : 20 €
Étudiants : 10 € jusqu’au 1er mai. Après, 13 €
Chèques à l’ordre de AL-MAP à adresser à : ACF-MAP, 11 rue Bonneterie – 13002 Marseille
Pas d’inscription sur place – nombre de places limité


ARGUMENT POUR LE MEETING
Quelle liberté pour le sujet à l’époque de la folie quantitative ?
Un meeting n’est pas un colloque scientifique ni un séminaire de recherche. Ce
n’est pas pour autant une foire, une fête ou une université d’été. Un meeting
défend un objectif parce qu’il y a une urgence. On veut faire savoir ce qui se
passe, quels sont les dangers, les attaques, et l’on se propose d’y faire réponse.
La réponse n’est pas seulement en mots – elle ouvre à une action, à un combat
nouveaux, à des alliances (parfois prévues parfois imprévues). Dans un meeting,
on parle fort, on évite l’à-peu-près, les tergiversations, les hypothèses abstraites ;
on se veut pragmatique : Qui nous attaque ? Pourquoi et de quelle façon ?
Comment y faire face ? Le meeting n’exclut pas la rigueur, la démonstration,
l’invention intellectuelles, au contraire, mais il les soumet au questionnement :
Quelles suites aura ce que je dis ? Quelles conséquences portera ce que je
démontre ? Le meeting est un mixte qui noue les pouvoirs de la parole fondée en
raison et l’acte politique qui ouvre à un après décidé.
Pourquoi un meeting à Marseille le samedi 17 mai 2008 dans les locaux de la
Faculté de Droit sur La Canebière ?
Un tour de passe-passe se dévoile. Il n’est pas récent, mais assurément
aujourd’hui, il se livre à ciel ouvert sous le sceau de l’évidence : « tout est
possible », « tout peut avoir lieu ». Voilà ce qui est devenu notre quotidien et
dont on veut, à le généraliser, faire un monde – le nôtre. Ce on a un nom : c’est
un discours qui veut un monde sans… réel. Un monde sans réel est un monde où
l’on dort, où la vie est un vrai songe. Ce monde-là, le fantasme de maîtrise le fait
consister avec ses artifices ouatés. Un monde sans réel est un monde sans
castration, un monde où le savoir exclut l’impossible (sans objet a, comme dit
Lacan). Il plaît aux maîtres et à ses partenaires actuels. Pas une semaine où la
lecture des journaux ne nous apprend, par exemple, : – que le principe de
précaution doit s’appliquer à certains criminels, leur peine légale accomplie.
Une jolie expression est créée : peine de rétention. L’expert psychiatre ou
psychologue est convoqué : récupérable ou pas ? récidivera ou pas ? La
rétention se fait au nom de l’expertise devenue prédiction – que bientôt, grâce
aux nanotechnologies, le rapport sexuel sera enfin possible sans partenaire : une
combinaison adéquate provoquera des orgasmes. Des millions de dollars sont
débloqués pour des équipes de recherche enfin axées sur les applications quant
au sexe de la science – que la schizophrénie résulte d’une série d’altérations de
certains gènes. Le décryptage du génome n’a donc pas servi à rien. Le biopouvoir
reprend ses droits sur la folie réduite au trouble organique. Les
exemples pourraient être multipliés en multipliant seulement les lectures des
journaux. Résumons-les : c’est le règne de la règle. Celle-ci ne s’encombre pas
de principes ou de généralités. Elle accumule les chiffres (jamais élevés à la
dignité du nombre qui seul fait calcul), fait série, a réponse non pas à tout mais à
chaque cas. Elle se proclame alors règle qualitative et non plus quantitative tout
en confondant la partie de la totalité avec la singularité qui, elle, y objecte. La
règle est métonymique et inductive. La voilà devenue totalitaire de fait alors
qu’elle se prétend, en théorie, à l’écoute de chacun. Prise concrètement, elle
semble toujours ouverte, illimitée, parfois illogique (les chiffres ne sont que
listes et ne renvoient à aucune réalité). À repérer sa logique, elle veut tout
intégrer, partie après partie. Elle veut faire du tout avec des parties. C’est une
utopie insidieuse qui ne nomme pas un tout de départ (un choix idéologique)
mais le construit partie par partie métonymiquement. Elle est sans principe. Elle
est principe de mort. Elle asservit les peuples. Nous pouvons la désigner d’un
terme classique : folie totalitaire – folie quantitative.
Comment la contrer ? Une direction : « C’est une erreur, disait Lacan, que de
faire de l’inconscient un dedans. Oui, parfaitement, l’inconscient est au-dehors,
il est à penser en extériorité. C’est pourquoi, oui, "l’inconscient, c’est la
politique". Laissée à sa pente naturelle, la politique, nous le voyons tous les
jours, est fantasmatique, mégalomaniaque, délirante. Bref : elle a besoin de
psychanalystes, et de ceux, cliniciens et intellectuels, que la lecture de Lacan a
formés » (Jacques-Alain Miller, Le Nouvel Âne, n° 8, février 2008, p. 3). Notre
arme a un nom : c’est « le fer de lance, la pointe avancée de l’enseignement de
Lacan appliqué à la guerre de civilisation en cours » (ibid.).
Pour cette guerre, où il s’agit pour chacun de se réinventer, des philosophes, des
écrivains, des artistes, des juristes, des universitaires, des scientifiques, des
psychiatres, des religieux et des psychanalystes ont accepté, plutôt joyeusement,
d’en faire meeting à Marseille. Car, bien sûr, « tout est pour le mieux dans le
pire des mondes possibles » (Philippe Sollers) !

Hervé Castanet

 

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