Présentation de malades


Présentation de malades
La présentation de malades, pratique classique de la médecine et de la psychiatrie, a été promue par Lacan comme l’un des pôles de l’enseignement qu’il a lui-même soutenu pendant de longues années à l’hôpital Sainte-Anne. Pourtant, la présentation a parfois mauvaise presse dans le milieu analytique. Est-il bien utile, alors que la cure analytique a lieu entre l’analyste et le patient hors tout témoin, toute ingérence extérieure, qu’un malade hospitalisé dise le plus intime devant de nombreux auditeurs ? La présentation s’opposerait à l’éthique analytique. Comment dire, comment écouter dans un tel dispositif ?
Évidemment, notre visée est autre. Lors de la présentation de malades, un patient hospitalisé, choisi par l'équipe hospitalière, s'entretient avec un analyste pour la première et peut-être unique fois. Les participants au stage assistent sans intervenir à cet entretien. Une fois le patient ramené dans son unité, une discussion s'engage entre les enseignants et l'assistance sur le déroulement, toujours singulier, et l'apport des dits du patient. Ceux-ci sont quelquefois des inédits, dans d'autres cas l'équipe, lorsqu'elle est présente, s'étonne que n'aient pas été évoqués des éléments que eux connaissent fort bien. Ceci peut s'expliquer, car si la présentation est une pratique classique de la psychiatrie, sa spécificité lorsqu'elle est conduite par un analyste porte surtout par la “non-compréhension” de ce dernier qui ne cherche pas d'explications causalistes plus ou moins identificatoires au sujet : “gardezvous de comprendre”, martelait Lacan aux psychiatres. On ne retrouve pas non plus de recherche anamnestique systématique, celle-ci venant pourtant souvent dans le cours de l'entretien, mais bien plutôt l'établissement d'un moment de relation privilégié qui permette de percevoir et de cerner la souffrance du sujet.
La présentation, de par son dispositif, marque d’emblée la référence à l’enseignement soit que puisse se démontrer, cas par cas, le rapport du sujet (psychotique ou non) au symbolique. Selon que l’Autre du langage tient ou ne tient pas le coup, le sujet s’inscrira dans la psychose ou dans la névrose voire la perversion.
Assistance n’est pas passivité (ou voyeurisme), et même s’ils n’interviennent pas pendant l’entretien, les participants s’entraînent à en repérer les moments cruciaux et les éléments orientant le diagnostic de structure (névrose, psychose ou perversion). Ce diagnostic est fondamental dans la “construction du cas”.
Le terme de “cas” désigne ce qui, pour un sujet, fait son appartenance à l’une des grandes catégories nosographiques freudiennes mais aussi son inscription particulière. Comment ce sujet a-t-il traité les signifiants de son histoire, son rapport à la jouissance qui fait la densité de ses symptômes ? Quelles que puissent être ses ressemblances avec d’autres patients, il ne peut être abordé que comme singulier. Le sujet est une objection au savoir. Pour le malade lui-même, cette rencontre avec un analyste a son poids de réel pouvant faire rencontre et donc ouverture.
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