F. ORTEGA: La psychanalyse en institution


La vignette clinique présentée ici est extraite d´un travail que j´ai présenté à L-ils ce qui a été une forme de traumatisme à la naissance, lequel a laissé des traces durables dans les registres symbolique et imaginaire, pour eux et pour leur entourage familial. Je vais donc m´attacher à la production des signifiants qui ont émaillé l´histoire des sujets avant leur arrivée au centre et tenter avec eux, de trouver une issue à l´aliénation dans laquelle ils sont pris, permettre un certain jeu, une séparation, dans la chaîne signifiante qui les détermine.

La réflexion s´appuie sur une remarque d´E. LAURENT : « La véritable garantie que nous pouvons donner au sujet qui s´adresse à nous, ce n´est pas que nous ne savons pas plus que lui la voie vers la « bonne vie » ou que nous soyons aussi embrouillés que lui. La garantie qu´il nous faut donner, c´est que nous n´évaporerons pas le réel. Il restera le véritable tiers, l´obstacle, l´entarsis à toute résorption du sujet dans le rêve de la poursuite du bonheur. C´est l´occasion de donner un sens dans ce débat à ce que le sujet, dans notre orientation, est réponse du réel »

N. a 17 ans quand il vient me voir. Son handicap, une diplégie spastique atteint surtout les membres inférieurs, il se déplace en fauteuil roulant. Il dit ne plus avoir confiance en lui, il a peur d´échouer dans ce qu´on lui demande et souhaite en parler. Son manque de confiance est sensible en classe et il a peur d´échouer à chaque interrogation. Avec ses camarades il doute de la confiance qu´il inspire. Il se pose des questions sur sa future orientation et se demande s´il trouvera une place dans le CAT (centre d´aide par le travail) dans lequel il souhaite aller.
Au cours des séances, N. abordera le contexte familial dans lequel il évolue. Il est le troisième enfant d´une fratrie de cinq. Le handicap dont il est atteint a favorisé une surprotection de N. par les membres de sa famille. On fait tout à sa place alors qu´il a une autonomie suffisant pour se débrouiller pratiquement seul. Dans le village où il habite, il aimerait sortir le week-end, cela lui est interdit par son père qui remise son fauteuil roulant dans un débarras dès qu´il arrive en fin de semaine. Nous travaillons dans les séances sur cette privation imposée par le père et comment modifier les choses. La famille en particuliers son père et sa mère, lui répète qu´il est handicapé donc qu´il ne peut rien faire. Dans cette situation N. s´angoisse. Les retours à la maison sont de plus en plus difficiles.
Au cours d´une séance, N. parlera d´une particularité concernant sa famille. Les enfants entre eux et les parents envers les enfants ont l´habitude de se donner des surnoms. C´est ainsi qu´un jour où N. essayait de marcher dans le couloir en se tenant aux murs, ses chaussures résonnant sur le sol, il a entendu son frère l´affubler du surnom de « centaure », soit ce personnage mythique moitié homme moitié animal qui n´est pas inscrit dans le monde humain ni dans l´autre monde. Par son père il est surnommé « le procès » parce que dit-il, c´est ce qu´il aurait dû faire aux médecins de l´hôpital où N. est né pour l´avoir fait handicapé. A la suite des surnoms que N. décline pendant la séance, il ajoute : « quand on me traite comme ça, ça me dévoralise »(pour dévalorise) introduisant de la sorte un élément oral qu´il illustre très souvent dans son discours en parlant de son inquiétude et de sa peur d´échouer : « ça me bouffe, ça me ronge jusqu´à l´os ». Avec cet élément oral, nous avons la liaison entre les signifiants familiaux qui désignent N. ( le centaure, le procès) et ce pourquoi il est venu me voir : le manque de confiance en lui, la dévalorisation de tout ce qu´il entreprend.
Au fil des entretiens, N est arrivé à dire à son père qu´il était le seul habilité à « gérer » l´utilisation de son fauteuil pendant ses séjours dans la maison familiale. Il a donc pu l´utiliser pour sortir de chez lui. Il a ensuite reçu une réponse du CAT qui acceptait sa candidature, malgré une liste d´attente importante. Ceci lui permettra d´avoir un lieu de résidence et de retourner chez lui quand il l´aura décidé.

Cette vignette tente d´illustrer ceci qu´en s´ouvrant sur la parole, le sujet découvre son assujettissement aux signifiants qui le déterminent et que ce travail de mise à plat comme production de discours laisse penser qu´il y aurait dans cette séquence, un effet pour le sujet du discours de l´analyste. Soit une autre façon de traiter le réel que celle que propose l´institution.
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