P. ROUX: Usage de la psychanalyse en institution


Cédric est un adolescent de 18 ans que je reçois dans le cadre d’un I.M.E où j’exerce en tant que psychologue clinicien. J’ai été sollicité en juin 2003 par la famille et par l’équipe de la structure de jour où il est accueilli depuis janvier 03. C’était alors un moment crucial. Se posait de façon urgente la question de son passage en internat. La famille entière était en crise. Très vite, nous (la Chef de Service et moi-même) avons considéré l’admission en internat de semaine, pertinente. Je vais dire comment je me suis orienté dans ce travail à partir de la Psychanalyse, autant dans la demande d’admission que dans le travail de parole engagé et dans le « réglage » institutionnel. La spécificité de ma position est, en effet, que j’interviens sur trois niveaux : le travail clinique avec Cédric, que je reçois deux fois par semaine depuis son entrée, le travail auprès des éducateurs en réunion clinique où j’oriente la prise en charge, le travail avec la mère de Cédric. Après un premier temps marqué par l’angoisse et l’affolement où je la voyais toutes les semaines, elle vient parler actuellement une fois par mois.

La demande des parents :
Comme souvent, le recours à l’hébergement intervient dans une conjoncture où la famille est confrontée à l’insupportable de la psychose. Me C. est à bout de nerfs. Cédric se montre extrêmement agressif avec sa mère depuis deux mois: de la violence verbale, notamment des insultes grossières, mais aussi des coups. Me C. dit « on a commencé à se battre ». Le traitement (du Risperdal), qu’il refuse de plus en plus souvent de prendre, ne suffit plus à juguler sa violence. Le frère de Cédric, plus jeune mais plus costaud, intervient et C. reçoit des raclées plus que sévères.
Par ailleurs, Cédric fait des fugues. Il lui arrive de disparaître sans commentaire, durant plusieurs jours et sans donner signe de vie. On le retrouve dans des squats, recueilli par des gitans, ou alors il s’est laissé embarquer par des bandes de voyous et manipuler pour des visites d’appartement : repérages ou vols avérés. D’autres fois encore on le retrouve au poste de police où son coté sympathique, juvénile, presque ingénu, lui valent un traitement de faveur. Mais c’est avant tout le fils d’un collègue ; les deux parents sont fonctionnaires de police. Aussi bien, on l’héberge plus qu’on ne l’arête, on plaisante autour d’un coca… Bref il rencontre tout sauf un père qui dit non. Avec son frère la forme du conflit est toujours la même : Cédric veut le commander, Thomas résiste et cogne.
Dès cette présentation, plusieurs éléments cliniques nous alertent :
1. La violence, incontrôlable –notamment envers la mère qu’il a menacée récemment avec un tournevis-. Cédric ne parvient pas à traiter un en-trop de jouissance qui le submerge. A noter que pendant ces « crises », qu’il provoque lui-même au fond, en interrompant le traitement, il devient méconnaissable. Le changement d’état est radical.
2. L’errance et la plasticité subjective de Cédric. Les fugues pourraient être lues comme des mises en acte d’une volonté de s’extraire de la famille -c’est d’ailleurs lui qui a décrété vouloir être interne- mais au delà, ces fugues nombreuses immotivées, témoignent d’un malaise plus profond, de l’ordre du désarrimage de l’Autre. C’est au cours de ces fugues qu’il se livre à des passages à l’acte : une fois il a mis le feu, à une autre occasion il s’est masturbé en public… Au début de l’internat je redoutais d’ailleurs ces sorties imprévisibles, mais cela n’a pas eu lieu : la violence était-elle adressée ?
3. Enfin, du coté du corps on note que certaines fonctions sont déréglées. La mère signale que Cédric ne se lave pas, ne s’essuie pas dans les toilettes, ne mâche pas assez, qu’il boit la bouche pleine… Il y a là des signes indiquant, au delà de l’éducatif, que le symbolique n’a pas complètement mordu sur le réel du corps.
4. La détresse de cette mère à bout de ressources entre également en ligne de compte dans la situation « Quand il est comme ça, je finirais par le tuer », dira-t-elle. Au regard de tous ces éléments, nous hâtons la décision d’admission.
Histoire de Cédric.
La grossesse de Me C. a été difficile, pénible. Elle pleurait beaucoup. Inexplicablement, cette mère redoutait un handicap chez l’enfant, surtout au niveau des yeux. Cette crainte envahissante d’une malformation semble passée dans le réel. A trois mois, on repère un glaucome assez grave pour qu’il y aie hospitalisation. Il est opéré à une première fois à neuf mois et subira de nombreuses anesthésies (hypertension oculaire). Questionnée sur cette crainte Me C. l’associe à la peur de sa propre mère d’avoir une fille sans membres (sa sœur cadette). « En revanche, dit-elle, je voulais un blond aux yeux bleus et je l’ai eu ». Entre ce vœu conscient et la cette crainte apposée, que voulait-elle au juste ? A la naissance l’enfant est « resté bloqué », puis il a refusé le sein.
Ces désordres précoces font de C. un « enfant super couvé ». Très tôt cette mère s’est entendu dire « Laissez-le vivre sa vie », expression équivoque qui dit assez la pulsion de mort à l’œuvre. Cette question se repose bien entendu à l’occasion de l’entrée en internat qui sollicite la séparation. Me C. décrit un enfant source d’inquiétudes permanente pour elle, qui se mettait en danger et donc ne sortait pas de ses pensées, omniprésent. Un enfant dont elle n’est pas séparée dans son fantasme.
A trois ans, nouvelle opération pour non descente testiculaire. Jusqu’à sept ans Cédric faisait des cauchemars, hurlait. C’est à l’école maternelle que les premiers signes d’instabilité apparaissent. Il sera admis dans une école pour déficients sensoriels où une psychologue évoque, pour la première fois, l’autisme. En effet, que ce soit sous les espèces de l’objet regard, de l’objet voix (hurlements) ou de l’objet oral (refus alimentaires) l’objet ne semble pas extrait.
On note aussi de nombreux accidents. Cédric fait le casse-cou à vélo, en roller, même en caddy. Tout cela produit de nombreuses fractures et blessures qui laissent des marques sur son corps. Outre les examens génétiques il est souvent conduit à l’hôpital pour des chutes. Il n’échappera pas au diagnostic d’hyper- activité et à la Ritaline. Dès lors l’hôpital fonctionne comme un lieu d’abri salutaire pour Cédric. Il le réclame volontiers au moindre bobo, mais aussi lorsqu’il se sent mal et qu’il pressent une décompensation. Une hospitalisation en psychiatrie d’une semaine, à sa demande, sera nécessaire.
Le père de naissance de Cédric est, comme il est de règle, un père ravalé dans le discours de Me C. Buveur, joueur, violent, alcoolique, ne tenant aucun engagement. Cet homme qui n’habite plus Marseille n’aurait « tenu que 24 heures » lors du dernier séjour de son fils chez lui. Il a quitté son épouse peu après la naissance du deuxième enfant. Cédric avait alors 6 ans. Quant au père adoptif de Cédric, il dit se comporter avec lui comme un copain. « Cédric ne veut pas que je prenne la place de son père ». Cet homme n’arrive pas à le contenir et dira sans s’entendre, « Ce n’est pas à son frère de faire la police ».

Effets de l’internat.
La situation familiale s’est très vite apaisée après l’internat. Cédric investit ce foyer. Me C. investit les entretiens. Ce lieu devient alors un recours. Dès que cela ne va pas Cédric demande « On va à Beaulieu ». A telle enseigne qu’un dimanche après-midi, ses parents l’on effectivement ramené pour solutionner une impasse.
Notre action a consisté à mettre en place un cadre réglé, entendons réglé sur sa subjectivité, en prenant en compte des indications qu’il nous livre. Autrement dit, nous tentons de l’aider, par l’appareillage institutionnel, à traiter son Autre. J’en donnerai quelques exemples.
Faire sa place :
La première difficulté à laquelle j’ai été confronté a été la réaction de l’équipe à la façon d’être de Cédric. En effet, cet adolescent peut donner le change. Il est dans le dialogue, il réagit, il peut plaisanter… La psychose n’est pas apparente; on le croit volontiers plus adapté au lien social qu’il ne l’est vraiment. On se croit tranquille mais… des tensions ne tardent pas à surgir : C. veut faire le chef, veut régler les autres adolescents, plus régressés que lui, il pose des demandes de traitement d’exception concernant sa chambre, négocie sa prise de médicaments, un dimanche il fera capoter une sortie en refusant de bouger… Il « déclenche » aussi les autres résidents, les manipule et en vient souvent aux mains. Il sème la zizanie dans le groupe. Tout cela fait qu’il est mal accepté, il donne du fil à retordre aux éducateurs.
L’élaboration en réunion clinique fait apparaître qu’il reproduit son rapport guerrier à son frère mais j’ajoute, « faute de mieux ». Plus justement nous dirons qu’il s’agit d’un mode de traitement de la jouissance sur le mode imaginaire. Etre aimé ou haï est, d’un certain point de vue, équivalent, du moment qu’il s’appuie sur le petit autre. Sans cela il est « laissé en plan », incapable de ‘s’occuper’ tout seul. Je fais l’hypothèse que le temps informel entre l’arrivée au Centre et le repas est angoissant pour lui. (C’est d’ailleurs sur ces temps qu’il fuguait). Je suggère qu’on l’aide à structurer ce temps. Ce qui ne sera pas fait mais les éducateurs vont à tour de rôle s’en occuper, établir un lien personnel. Ils seront surpris de le trouver attachant, malléable (!) et même intéressant. Au fond, ce que les éducateurs vivaient comme une volonté d’usurper leur position est en fait une identification imaginaire presque caricaturale : soit il fait « le fou », soit il fait « l’éducateur ». Il oscille entre les deux. Il lui arrivait d’ailleurs lors de ses fugues de suivre même des chats, pour se raccrocher à quelque chose.
Phénomènes de corps
Pour un oui, pour un non il demande à être soigné. Faut-il le suivre ? Dans les limites du bon sens, la réponse est oui ; il n’est pas ici question de simulation. Il demande « réparation » -ici sans métaphore-. Il s’agit de l’aider à borner, au niveau corporel, fût-ce par un bandage sommaire, une jouissance délocalisée. Cela fut mis à l’épreuve et, effectivement, ces gestes l’apaisent tout à fait et il en sait gré à ses partenaires. Il arriva qu’un simple sparadrap posé sur la monture de ses lunettes -lieu hautement chargé- calme immédiatement une crise de colère qui s’envenimait. Il en conçoit une reconnaissance infinie.
La présentation de Cédric fait aussi illusion au niveau de son autonomie. Un vendredi la Chef de service se rendit compte, alertée par l’odeur, qu’il était sur le point de partir dans un état de malpropreté alarmant. Ce fût l’occasion d’insister sur l’importance de l’accompagner dans ses soins corporels aussi, d’être attentifs à ses gestes et ses dires sur son corps.
Diagnostic de structure
Comment la jouissance fait-elle retour?
Nous avons trois grandes modalités. La jouissance revient dans l’Autre (plutôt paranoïa), la jouissance revient dans le corps (plutôt schizophrénie) ou sur le bord (plutôt autisme). Ici, Il est évident que c’est dans le corps que ça se joue. On n’a pas de délire systématisé.
Comment Cédric traite-t-il ces retours ?
* D’abord, on l’a vu, par l’appareil du miroir. Lorsque la jouissance fait retour dans le corps, il a recours à l’interprétation délirante, ou à des mécanismes plus rudimentaires : le bandage réparateur pour juguler la dislocation du corps.
* Puis par des « idées fixes » dont je n’ai pas encore parlé. Il s’agit de la mise en forme signifiante, en boucle, d’une signification énigmatique. L’alarme de sa maison qui ne fonctionne pas, par exemple, ou le « petit volant d’ordinateur » qu’il réclame sans relâche avant Noël. C’est une demande insistante, non dialectisable et non satisfaisante lorsqu’elle est exaucée. Ces litanies interminables, que sa mère appelle ses « obsessions », témoignent ici de la défaillance « du langage pour appareiller la jouissance » , d’où l’impossible dialectisation et d’où la nécessité de penser à des suppléances pour que C. trouve une place dans le lien social.
* Enfin Cédric est « au travail ». Un travail psychique énorme mais aussi au sens concret. Il réalise divers objets avec l’aide d’un éducateur technique qu’il affectionne, mais aussi il se documente, répare, entretient. Les objets réparés (surtout des vélos), comme les images qu’il découpe et rassemble dans un cahier ne sont jamais pris au hasard.
* Un autre mode de traitement est le travail de parole qu’il effectue avec moi dont je vais dire quelques mots.

Prendre la parole.
Cédric vient deux fois par semaine, assidûment. Quel usage fait-il de ce temps de parole sachant que la jouissance ne peut virer au signifiant ?
Je dirais que ce temps est d’abord un repère pour lui, quelque chose qui revient à la même heure et il est très attentif lorsque nous inscrivons le rendez-vous.
1. Dans une première période il ne me parlait que de son père. Un sujet tabou à sa maison. J’étais frappé par la version idéalisée qu’il m’en donnait. Il en faisait un héros, il évoquait des « souvenirs » d’hôpital où son père venait le voir, l’assistait, le choyait. Il déniait complètement l’abandon total de cet homme, il formulait le vœu de revivre avec lui, pensait des plans pour le rejoindre prochainement, disait sa déception contre sa mère… Il semblait vouloir « s’inventer un père de haute stature », comme dit Freud, et précisément au point où l’inscription du Nom du père fait défaut dans le symbolique. Je le laissais dire sans broncher, refusais de le laisser téléphoner à cet homme en séance sans toutefois m’opposer à cette idée. Un jour il l’a effectivement appelé, s’appuyant nos entretiens pour obtenir auprès de sa mère son numéro. Un appel resté sans réponse. Cette thématique s’est vite épuisée, au fur et à mesure, me semble-t-il, qu’il s’inscrivait dans la vie collective du Centre. L’enjeu pour Cédric est d’inventer, avec ses partenaires, « des petits chemins sans utiliser la grande route du Nom du père » (Lacan S.III).
Voici un autre épisode où s’est dénudé le trou dans le symbolique. C’est la seule fois où il a eu recours à un mécanisme paranoïaque. Son beau-père a eu la mauvaise idée de lui adresser, de Marseille, une carte postale ‘humoristique’ : « Vous êtes invité pour le réveillon, au Château d’If. Repas : Pain sec et eau. Retour non assuré, prévoir le masque et les palmes ». Signé : le Père Noël. Cela l’a turlupiné tout le Week-end. Bien qu’il entende qu’il s’agit d’une plaisanterie, il a vraiment du mal à prendre cela au second degré. Il cherche désespérément de qui ça vient. Sans solution, il finira par me faire endosser la plaisanterie, ce que j’accueillais sans nier, ni confirmer.
2. Actuellement je dirais qu’il me tient au courrant de ses préoccupations, des solutions qu’il met en place, de ses craintes, de ses projets, plus ou moins délirants. Il me met en place de témoin. Bien sûr, il n’y a pas l’ombre d’une supposition de savoir. Néanmoins, il y a une demande. Je prends note, je soutiens, voire renforce ce qui me semble aller dans le bon sens, soit tout ce qui peut contribuer à faire lien social.
Cependant ses initiatives sont labiles. Rien ne « prend » vraiment. Il ambitionne de passer le permis de conduire, d’acheter une « mini-austin », d’habiter un studio. Il vise, à travers les attributs imaginaires du jeune homme moderne, à se normaliser. Aussitôt, cela passe dans sa recherche et occupe son quotidien. Il amène en séance différents types de catalogues : véhicules, meubles, appareils ménagers, matériel hi-fi… même le code de la route. Il me fait découvrir les caractéristiques techniques, compare, nous commentons. Il interroge mes préférences entre tel ou tel tensiomètre… Un soir, fraîchement investi du rôle de contrôler l’entretien des véhicules, il a voulu que nous vérifions ma voiture qu’il avait repérée. Ce que j’ai accepté. Au fond, c’est lui qui doit contrôler et conduire.
Il apporte aussi ses plaintes touchant au corps : entorses, fêlures, et autres bobos auxquels je me montre très attentif. Parfois ce sont des angoisses fondamentales, ainsi il a mal au cœur, surtout parce qu’il ne le voit pas, il lui resterait quelques fils chirurgicaux dans les yeux, l’expression « se dégonfler », peut-être entendue dans la journée, le taraude au point qu’il s’invente une valve, là sur son épaule, pour se gonfler et se dégonfler.
3. La labilité de son moi se lit bien dans des épisodes tels que celui-ci : Un soir, aussitôt arrivé, il exhibe avec jubilation une jupe et une robe. Il veut mettre ces vêtements, se déguiser en fille. Il me demande de dire ma préférence. Je refuse de le recevoir attifé en fille. En revanche, nous pouvons en parler. Il dit sa décision « Je veux être une fille ». La raison avancée est qu’il « pense comme une fille, qu’il réfléchit mieux en fille ». En le questionnant plus précisément, il finira par me dire sa conviction délirante d’avoir « un cerveau de fille ». Il exprime aussi sa jubilation de voir la protubérance, sous la robe grise, de « la forme de son petit sexe ».
L’étonnant de cet épisode est qu’il semblait révéler là un goût ancien, des pratiques de déguisement, des achats de vêtements féminins habituels etc.. alors qu’il n’en était rien. En fait, je pense que le déclencheur était un rôle de théâtre qu’on lui avait attribué l’après-midi. Cela ne dura pas et rien de tout cela n’était apparu avant à ses parents. Une chiquenaude imaginaire en somme, avait éveillé le « pousse à la femme ».
« Un jour, on m’a cherché partout, dit-il, j’étais en robe noire », voici le trait où se signe la structure, un exemple de ce que Lacan appelle « un désordre provoqué au joint le plus intime du sentiment de la vie [par l’absence du NdP]» . Cédric dit là excellemment ce qu’est son être : une pure apparence. Ses identifications n’ont « pas précipité en un moi » . Rien de substantiel ne vient lester son être. On peut se référer à la remarque que fit Lacan après une présentation de malade : « Cette personne n’a pas la moindre idée du corps qu’elle a à mettre sous la robe, il n’y a personne pour habiter ce vêtement. Elle illustre ce que j’appelle le semblant » .
A la fin de la séance, je me ravisai et signifiais à Cédric, que c’était sa parole qui comptait et que je le recevrai quel que soit son costume. Mais le déguisement ne se renouvela pas.
4. Cet épisode nous donne sans aucune hésitation l’orientation du travail. Il faut aider Cédric à fabriquer des semblants qui tiennent, à la place du défaut d’une assise subjective. Certains sont plus efficaces et moins coûteux que d’autres.
Pour l’instant, vous le voyez, ce garçon est au travail. Des avancées indéniables ont eu lieu, avec pour effet essentiel, une pacification. Les vacances de Noël en famille ont été calmes. Il sort maintenant tous les W.E. Le système de défense s’est allégé, empruntant plus au symbolique et moins à l’imaginaire. Les phénomènes de corps, quoi que toujours là, se sont estompés. Mais il sait maintenant appeler à l’aide quand ça ne va pas. Les objets « supplémentaires » sur lesquels ils s’appuie sont assez élaborés pour le relier à l’Autre.
Cependant rien, parmi les bricolages qu’il met en oeuvre, ne tient bien longtemps. L’ébauche du délire d’être une femme, le plan de sa maison par lequel il se fait une place faute d’un « habitat langagier » viable, la compilation de photos par quoi il aménage son corps, et depuis peu les historiettes qu’il écrit etc.. il est à la recherche de quelque chose qui serait susceptible de l’inscrire durablement dans un lien social, au de là de l’institution. La question de son orientation se pose bientôt. Nous avons un projet pour lequel il a rédigé avec l’appui de notre médecin psychiatre, une lettre de candidature d’une grande lucidité.
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