M. GUILLOT : L'affaire Papin


L'AFFAIRE PAPIN
Monique GUILLOT-CHEVALIER
avril 2003

Le 2 février 1933 au Mans petite ville de province a lieu un crime particulièrement spectaculaire. Deux jeunes filles Christine et Léa Papin, bonnes chez les Lancelin, bourgeois de la bonne société mancelle, assassinent leur patronne et sa fille de façon particulièrement violente. Ce crime est accompagné d'un détail particulier, elles leur arrachent à toutes deux les yeux.
Immédiatement une polémique est engagée à grand renfort de médiatisation de l'époque : les journaux de la région et parisiens s'emparent de l'affaire et donnent moultes interprétations. Le grand thème développé est celui d'un crime social. Il s'agirait d'une vengeance : des bonnes brimées par leurs employeurs se seraient ainsi vengées sur leur patronne et sa fille.
Les accusées qui avouent tout de suite leur forfait n'en disent rien, elles se contentent d'approuver et de répondre par très peu de mots aux interrogatoires. Et cette parole réduite à presque rien, fera que depuis cette époque, ce crime sera le lit de nombreuses interventions que se soit dans les domaines psychiatrique, psychanalutique ou autres.
Quelques mois après, l'affaire Lacan écrit "Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin"
cet article paraît dans le n°3 de la revue Le Minotaure en décembre 1933. En 1984 paraît " la solution du passage à l'acte" de Francis Dupré livre sur lequel je me suis appuyée, entre autres, pour ce travail. Il y a environ 5 ans une thèse de médecine a été soutenue à Caen sur ce thème.

Sur le plan littéraire paraissent beaucoup de publications: une des dernières parues l'a été il y a environ 2 ans et s'appelle :"L'Ombre double" de Gérard Gourmel qui reprend toute l'affaire ainsi que certains développements laissés dans l'ombre.
Sont tournés des films : On peut nommer un film récent de Chabrol qui a été inspiré de cette affaire : "La cérémonie". Le dernier film est contemporain du dernier livre, c'est à dire en 2000.
Des œuvres théatrales sont jouées : "les Bonnes" de Genet en 1947.
Voici quelques-uns des auteurs ayant repris le thème: Les frères Tharaud, Eluard et Péret, Man Ray, Lacan, Sartre, Simone de Beauvoir, Genet, Paulette Houdyer (biographie : l'affaire Papin), Nico Papadakis….

J'en reviens donc à l'exposé des faits tel qu'ils ont été consignés dans l'acte d'accusation du procureur général de la cour d'appel d'Angers :

Lire P.42 de L'Ombre double

Nous sommes donc en présence d'un crime particulièrement odieux qui fait beaucoup parler et d'emblée la façon dont se déroulent les évènements ne peut que faire penser à la démence des accusées.
Or pas du tout, puisque trois experts éminents qui viendront examiner Christine et Léa Papin conclueront qu'elles ont prémédité une vengeance et sont entièrement responsables de leurs actes. Le procès a lieu :
Lire p;171.

Malgré ce verdict, qui est acquis à la majorité, de nombreuses voix s'élèvent pour contester la pleine responsabilité des accusées.
Elle sont défendues par une avocate Germaine Brière qui durant tout le procès essaiera de contester la pleine responsabilité. En vain.
Le rapport des experts sera ultérieurement repris par nombre de psychiatres et de psychanalystes. Le premier contradicteur en sera le Pr Logre, sollicité par les avocats de la défense lors du procès.
Il dira simplement à propos de ses confrères : "en somme ils n'ont pas cru le maire du Mans, ni le commissaire de police (ceci se rapporte à un événement qui s'était passé deux ans avant le crime et dont nous parlerons plus tard) . Mais ils ont cru les sœurs Papin. Ce n'est pas très logique"

Deux mois après le procès d'assises, paraît donc l'article de Lacan :

Lire le compte-rendu des faits par Lacan P. 389

Quittons là le récit de Lacan pour suivre ce qui a été dit au cours de l'interrogatoire de Christine : "Elle raconta que sa patronne rentrant vers la fin de l'après-midi, l'avait "disputée" à cause d'un plomb de courant électrique qui avait sauté; les deux sœurs repassaient à ce moment au premier étage avec un fer à repasser qui venait d'être réparé.
-" Elle avait l'air de vouloir se jeter sur moi" dit Christine Papin parlant de sa patronne, "alors j'ai tapé la première…"
-"C'était au plus fort la "pouche". Quand je les ai eues, je leur ai arraché les yeux. "Nous rencontrons là une des métaphores les plus usées de la haine : "je lui arracherais les yeux" mais ici ce sera le passage à l'acte et l'extraction de l'objet dans l'arrachement des yeux.
Puis Léa racontera qu'elle a entendu sa sœur crier, elle est alors descendue :
"-J'ai frappé pour la défendre… Mme Lancelin s'est appuyé sa poitrine contre la mienne pour me faire mal. C'est alors que je lui ai arraché les yeux, une fois qu'elle a été à terre pour venir à bout d'elle".
C'est sur l'ordre de sa sœur que sa défense prend la forme de l'énucléation.
Leur récit varie suivant les interrogatoires, soit Christine s'est jetée sur Mme Lancelin, soit sur Geneviève Lancelin. C'est à elle qu'elle a arraché un œil pendant que Léa en faisait autant à la mère. Ensuite l'une ou l'autre ou les deux vont chercher un marteau et un couteau et toutes deux s'acharnent sur le corps des deux victimes.
Tout à fait calmes….

Leur seul souci sera de partager entièrement la responsabilité du crime.

Ce n'est qu'après cinq mois de prison que Christine isolée de sa sœur présente une crise d'agitation très violente, avec des hallucinations terrifiantes (sœur morte…)
Au cours d'une autre crise violente elle tente de s'arracher les yeux. Elle se livre à des exhibitions érotiques, puis apparaissent : de la dépression, du refus d'aliments, de l'auto-accusation, des actes expiatoires…
Le 30 septembre, les sœurs sont condamnées
Christine mourra trois ans plus tard, internée à l'hôpital psychiatrique de Rennes. Elle aura toujours refusé un recours en grâce. Léa sera emprisonnée puis vivra de façon toute à fait grise et anonyme travaillant comme femme de ménage dans un grand hôtel. Elle se réconciliera avec sa mère, et vivra avec elle, jusqu'à la mort de celle-ci.

Reprenons la fin du commentaire de Lacan sur la soirée du crime :

Lire P.398


En 1932 Lacan avait écrit sa thèse sur le cas Aimée et crée l'entité nosologique de "paranoïa d'autopunition". Dans cette thèse il écrit que les persécutrices d'Aimée sont des doublets, triplets et successifs "tirages" d'un prototype.
Pour Lacan les figures de la folie semblent être réparties en deux pôles :
D'un côté un discours qui s'empare de l'écrit pour son savoir faire. C'est Schreber.
D'un autre côté une parole réduite à rien ou presque et la folie paraît toute entière concentrée dans la seule effectuation du passage à l'acte. C'est ce que nous trouvons dans le cas des sœurs Papin.
Christine et Léa contraignent Lacan à une rigueur égale à celle qu'elles appliquent elles-mêmes. La psychose est un essai de rigueur.

A l'époque il y avait un débat chez les psychanalystes à propos des meurtres immotivés.

Et dans sa thèse Lacan crée l'entité nosologique de "paranoïa d'auto punition".
Le délire permet , pendant tout le temps de son élaboration, de maintenir l'acte à
distance. C'est une formation de compromis, une fuite devant l'impulsion homicide. C'est ce qui se passe pour Aimée. Lacan situe alors les crimes de la paranoïa de revendication et ceux de la paranoïa d'auto punition dans les "crimes du surmoi" où l'acte a vraiment une visée punitive qu'il classe entre les "crimes du moi", crimes d'intérêt et les "crimes du soi" crimes purement pulsionnels.

Avec le crime des sœurs Papin, il quitte l'autopunition comme raison de l'acte et de sa solution et cela l'amène à une première formalisation de la formation de l'image.
A propos d'Aimée, dans sa thèse, Lacan dit que si, au cours de son délire,
elle transfère sur plusieurs têtes successives les accusations de sa haine amoureuse, c'est par un effort de se libérer de sa fixation première, mais cet effort est avorté : chacune des persécutrices n'est vraiment rien d'autre qu'une nouvelle image, toujours prisonnière du narcissisme, de cette sœur dont la malade a fait son idéal… toutes ces persécutrices elle les aime, mais elles ne sont que des images. C'est le pas qui est fait avec l'étude du cas des sœurs Papin.

Cf les femmes idéales de CH Papin

Christine et Léa Papin n'ont frappé que des images, mais également elles se sont frappées elles-mêmes, "âmes siamoises" ayant frappé un couple mère-fille. Leur non séparation permet à Christine par le crime de se déchirer de son autre soi-même, sa sœur. En prison, dans son délire, elle la verra morte.

Lacan P.397

Trois ans après avoir écrit ce texte, Lacan lit à Marienbad "le stade du miroir" et il écrit "au-delà du principe de réalité", dans lequel il s'exerce à l'application de sa découverte. Il reprendra plusieurs fois dans ses écrits l'exemple du crime des sœurs Papin. En 1950 il parlera de l'objet qui devient criminogène. (on peut lire dans Dupré P.242-243).

Mais quel va être le déclencheur de ce passage à l'acte. Une hypothèse est évoquée dans la conversation d'Arcachon : JAM y précise ce qu'il en est du statut de l'objet a.
Lire la conversation d'Arcachon.

Pou terminer je prendrait un texte paru dans le dernier Ornicar , dans lequel Dominique Laurent fait une relecture de la thèse de Lacan .

Lire P.3





Place que tient pour elle l’objet regard entre œil et observation.
LM.151 Antonio Quinet écrit :
« Le phénomène psychotique n’est pas tout du côté de la représentation, il y a émergence du libidinal dont l’objet a de Lacan se fait ici le signe. Une ultime définition de Lacan concernait la paranoïa : « une voix qui sonorise un regard qui y est prévalent ». Tout cela débouche sur une pratique concrète, concernant par exemple la clinique du passage à l’acte psychotique, comme le crime des sœurs Papin avec énucléation des yeux de leurs patronnes.



Que recherche à atteindre l’aliéné quand il frappe « Est-ce une partie de lui-même qu’il vise dans l’autre…ou bien son double,son semblable, l’image dupliquée de lui-même »
C’est une question qui est posée par Colette Chouraqui-Sepel dans
IMAGES INDÉLÉBILES
CHRISTINE PAPIN ET SON CHAPELET DE FEMMES IDÉALES article paru dans la revue La Cause Freudienne

Série de « réduplications » selon le terme de Lacan. Dans la vie de Christine Papin.
Succession de femmes idéales, modèles identificatoires, objets d’amour qui viennent s’opposer à la figure maternelle .
Christine est confiée à 28 jours à une sœur de son père, Isabelle qui l’élève pendant 7 ans. Dès 13 ans elle est placée comme bonne.
Clémence (la mère ) la scandaleuse
Christine ne peut face à cette mère n’avoir qu’une moralité irréprochable.
1ère patronne , 1ère mère idéale. Il faut se montrer irréprochable pour gagner la confiance de ses patrons.
Bon Pasteur 7 ans de bonheur avec Emilie i(a) moi-idéal, objet d’amour. Pour Christine : phénomène d’étrangeté dans son corps qu’elle ne reconnaît plus comme sien.
Mère supérieure I(a) idéal du moi
Sa mère l’enlève du Bon Pasteur ; elle reste tout entière livrée au désir maternel. (elle souhaitait entrer dans les ordres, sa mère la place. Elle sera « bonne » elle perd son patronyme et s’est seulement après l’acte criminel qu’elle deviendra : la fille Papin.
C’est un développement qui s’est fait au cours de la Convention d’Antibes

Dans LA PSYCHOSE ORDINAIRE
La Convention d’Antibes
….la nomination en jeu inclut les passages à l’acte, qui sont une façon de les nommer …. cf P.367. ..Le passage à l’acte est une façon de boucler le sens qui fuit. C’est l’enjeu souligné par Lacan dans son expression d’érotomanie mortifère, soulignée à propos de Schreber…. Lacan précise qu’il y a l’amour et qu’il y a l’objet partiel. Ce sont deux choses distinctes. On ne peut aimer dans l’Autre la zone où justement l’objet, la chose est là. L’image du miroir unifie un corps morcelé où la béance mortifère rode. Lorsqu’il y a régression topique au stade du miroir, il peut y avoir contact avec cette zone. Cela peut déclencher des états où le sujet veut nommer à tout prix et demande à l’Autre de le faire avec une insistance telle qu’elle provoque le passage à l’acte.

Revenons à la succession des femmes idéales :

Christine s’efforce d’être la fille irréprochable . Apparaissent alors des symptômes obsessionnels acharnement compulsif sur les objets qui lui résistent. Son caractère devient plus ombrageux 3 employeurs entre 20 et 27 ans. Travail satisfaisant mais elle ne supporte pas la moindre observation.
Sa mère le manipule, la changeant de place et personne ne vient faire écran entre Christine et sa mère persécutrice.
Quand elle est majeure elle veut retourner au Bon Pasteur qui la refuse. Sa sœur Emilie s’est détachée d’elle.
Elle retourne donc à être bonne et sera sœur en s’occupant de Léa et en la protégeant.
Nouvelle figure maternelle idéale Mme Lancelin qui les défend contre leur mère. Elle appelle Mme Lancelin « maman » Métaphore délirante Léa en i Mme Lancelin en I cela ne tiendra pas suffisamment.
Clémence : Autre primordial persécuteur.
On peut placer là un épisode qui s’est déroulé en 1931, soit deux ans avant le crime et dont Lacan dira : « seule trace de formulation d’idées délirantes antérieure au crime »
Il s’agit d’une plainte portée auprès du maire du Mans :
Lire P. 86 Ombre double
Dans cet épisode elles sont de vraies âmes siamoises comme les appellera Lacan« elles forment un monde à jamais clos »

Février 33 le drame éclate. Christine s’est sentie menacée.
Le geste : Une Lancelin lui attrape le bras, lui manque de respect. Mainmise intolérable, dans son sens le plus réel, littéral. (cf l’agression du Bon Pasteur)
Mme Lancelin chute de sa position d’Idéal du moi en position d’Autre persécuteur qui jouit sadiquement de son corps.
S’il y a un regard ou une observation, cela vise Christine, la persécute. D’où son geste d’arracher les yeux (œil et regard pour Christine ne font qu’un).
Le dernier recours est Dieu et l’on verra apparaître un délire mystique. Elle veut rejoindre Dieu directement, c’est devant lui qu’elle s’agenouille à l’annonce de son verdict. Il est le seul dont elle puisse supporter le regard.


DANS LA CONVERSATION D’ARCACHON

P.227 Il propose pour lier ce qu’il en est de la castration , le regard et l’Autre propose de se souvenir que le statut de l’objet petit a lacanien dans la névrose comporte une métaphore, qui substitue l’objet a, à moins phi : a
(-j)
Pour lui moins phi est inclus dans l’objet petit a , inclusion de la castration dans l’objet petit a et extraction de l’objet dont parle Lacan dans la note au schéma R dans les Écrits. Pourquoi alors ne pas dire que dans la psychose, l’inclusion de moins phi dans a est problématique, et donc cela se réitère, avec l’arrachement des yeux, c’est dans le réel, le pas manqué de l’inclusion du -j avec en plus cette question de l’identification à Mme Lancelin qui chutant de sa place d’Idéal du moi vient se substituer à Christine. Cela sera répété plus tard quand, à la prison de Rennes Christine essaiera de s’arracher les yeux.
« Il y a bien dans la psychose un appel à la castration, sous la forme d’une soustraction, mais ne pouvant s’accomplir dans le symbolique, elle se réitère incessamment dans le réel …. » pour Christine se sera l’arrachement des yeux.
Les déclenchements ne se font jamais dans un ciel serein, il y a des phénomènes élémentaires qui précèdent et font série, ils sont brutalement tous ressaisis à la fois , font un,sont arrachés et relus dans un sens nouveau, qui introduit une discontinuité fondamentale (Eric Laurent)
Le résultat de la prise du langage sur le corps, c’est de le faire éclater, de le morceler, et qu’une partie en soit soustraite. Dans la psychose on peut voir cette opération s’incarner dans le réel.
S’il y a bien quelque chose qui est fait pour nous représenter la pulsion freudienne, c’est l’automutilation psychotique.
Quand on parle du regard, on pense à son support oculaire.





A propos des sœurs Papin
Dans LE SÉMINAIRE SUR L’ANGOISSE.
P.3 : « Que me veut-il….en suspend

ORNICAR n° 50
Dominique Laurent
.
A mesure que la fragmentation de la clinique se répand, le passage à l’acte devient de plus en plus énigmatique. Comment saisir ce qui fait discontinuité, rupture, coupure dans la vie d’un sujet. . Freud avec Schreber éclaira d’un jour nouveau la clinique de la paranoïa d’un sujet revendiquant ses droits. C’est aussi à partir de la paranoïa que Lacan étudie le passage à l’acte. I prolongera son étude par un texte adressé à un plus large public intitulé « Motifs du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin »
Lacan, dès cette période, interroge le concept de continuité-discontinuité dans la structure ?

Retour sur la thèse de Lacan : l’avenir d’Aimée

P.139 : Aimée est « femme de lettres », romancière, prise dans la nouvelle certitude identificatoire de son être, c’est-à-dire identifiée à ce qui manque à la mère, à ce qui fait pour elle l’x de son désir. Mais elle n’est pas pour autant reconnue comme telle, et c’est ce qui précipitera la succession des passages à l’acte finaux. L’effort de la construction signifiante s’avère caduc pour chiffrer la jouissance de l’Autre. Il ne lui restera que le recours au passage à l’acte pour la barrer.

Dans le cas de Christine Papin le signifiant identificatoire on peut penser que c’est le signifiant « bonne » qui va jouer un rôle identificatoire du même ordre. Quand sa sœur Léa est obligée de ramasser le papier qu’elle a oublié dans une pièce ce signifiant est mis en cause. Ce qui concerne sa sœur la concerne également. (les âmes siamoises). Et un peu plus tard quand une nouvelle mise en cause de ce signifiant matérialisée par la panne du fer à repasser et la panne d’électricité, le passage à l’acte n’est pas loin. L’ultime rempart cédera à la mauvaise réparation de ce fer « il ne marche pas » et c’est l’insupportable.

Il y a cependant des créations que la psychose produit Lacan P. 195 (sem III) Ne peut-on pas appeler création ces magnifiques broderies que les deux sœurs font ensemble en s’isolant le soir dans leur chambre, tête-à-tête, communion dans cette œuvre, comme le travail d’Aimée qui est une véritable « marqueterie verbale » et ne débouche sur aucun capitonnage valable. Ce travail de broderie des sœurs Papin n’a aucune issue ; il est enfermé dans une malle. Il ne peut être destiné à l’installation de l’une d’entre elles, avec éventuellement un mari comme c’était à l’époque la tradition. Elles ne peuvent plus se séparer. Ce trousseau était vécu par ceux qui en avaient vu une partie, bien au dessus de leur condition ; tout leur argent servait à se procurer les tissus les plus fins les fils de soie les plus beaux. Quand un journaliste retrouvera Léa à la fin de sa peine, il verra dans sa chambre la malle qui contient ces broderies devenues grises avec le temps, mais toujours là.

En conclusion voici comment Dominique Laurent nous indique l’avancée théorique de Lacan depuis le cas Aimée .
A son admission à l’hôpital , il constate que les thèmes du délire d’Aimée sont complètement réduits. Il note cependant le ton froid avec lequel elle regrette ses agissements. (Christine et Léa auront cette même attitude pendant tout le procès)
Lacan constate une guérison par rapport aux thèmes délirants annexes alors que l’axiome central qui existait chez Aimée « on veut tuer mon enfant » persiste.
Cette guérison représente pour le sujet « la libération d’une conception de soi-même et du monde dont l’illusion tenait des pulsions méconnues et cette libération s’accomplie comme un choc avec la réalité ». le choc avec la réalité est appréhendé par Lacan en tant que rencontre avec la conséquence de ce que le sujet a fait. Par le coup qui la rend coupable devant la loi, Aimée se frappe elle-même. Par cette discontinuité du passage à l’acte pierre d’angle à partir de laquelle Lacan élabore sa thèse de l’autopunition. Mais il s’agit d’une discontinuité sur un principe de continuité par l’abord du délire à partir du développement de la personnalité.
A partir de l’apport conceptuel ultérieur on peut amener une lecture différente. :
La paranoïa comme identitfication de la jouissance au lieu de l’Autre est l’échec de la métaphore A/J (barrée). L’Autre est réel, il est identifié à la jouissance. Le passage à l’acte a pour visée de séparer le sujet de l’Autre, de la jouissance. C’est un effort de significantisation de la jouissance dit J.A.Miller.
Trois ans après avoir écrit ce texte, Lacan lit à Marienbad « le stade du miroir » et il écrit « Au-delà du principe de réalité », dans lequel il s’exerce à l’application de sa découverte. Il reprendra plusieurs fois l’exemple du crime des sœurs Papin. En 1946, il reprend l’identification formatrice du stade du miroir commecréant chez le sujet un nœud imaginaire.


Plusieurs fois au long de ses Ecrits Lacan va revenir sur ce crime : 1946 , 1950,



LACAN dans ses premiers écrits sur la paranoïa
MOTIFS DU CRIME PARANOÏAQUE : LE CRIME DES SŒURS PAPIN

Servantes-modèles,servantes-mystère aussi. D’un groupe à l’autre « on ne se parlait pas ». Ce silence pourtant ne pouvait pas être vide même s’il était obscur aux yeux des acteurs.
Le 2 février, cette obscurité se matérialise par une simple panne d’électricité. C’est une maladresse des sœurs qui l’a provoquée. Qu’en ont manifesté la mère et la fille à leur retour. Les dires de Christine varient sur ce point . En tout cas elle se sent menacée et le drame se déclenche très vite.
Lire P. 390 le récit des faits…….

Leur seul souci sera de partager entièrement la responsabilité du crime.

Ce n’est qu’après cinq mois de prison que Christine isolée de sa sœur présente une crise d’agitation très violente, avec des hallucinations terrifiantes. (sœur morte….)
Au cours d’une autre crise elle tente de s’arracher les yeux. Elle se livre à des exhibitions érotiques, puis apparaissent des symptômes de mélancolie :dépression, refus d’aliments, auto-accusation, actes expiatoires d’un caractère répugnant.

Le 30 septembre, les sœurs sont condamnées par le jury. Christine , entendant qu’elle aura la tête tranchée sur la place du Mans, reçoit cette nouvelle à genoux.

« Au soir fatidique ….P.398….. le mystère de la vie »

DANS LA CONVENTION D’ANTIBES

Notre norme de référence, notre mètre-étalon la « Question préliminaire »
A propos des troubles du langage , il n’est pas seulement question des néologisme cf à ce sujet toute la liste que Lacan donne dans « propos sur la causalité psychique »
Certains emplois de mots sont néologiques. Prenons le cas d’enciselures prononcé à propos des entailles faites sur les cuisses de Mme Lancelin et de sa fille. Il s’agit d’un mot de patois sarthois qui est employé habituellement pour désigner les entailles faites sur la viande avant de la faire cuire. Nous pouvons alors considérer l’emploi de ce mot comme un néologisme.


Monique GUILLOT

Bibliographie
L’ombre double
La solution du passage à l’acte
Ornicar n°50
Revue La Cause Freudienne
Texte de Lacan après sa thèse
Convention d’Antibes
Conversation d’Arcachon
Ecrits de Lacan
Séminaire de Lacan sur l’angoisse
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