B. MIANI: Dire sexuel et psychose


La question du dire sexuel dans les psychoses a été introduite très tôt par Freud lui-même, notamment en 1915 dans son article "L'inconscient" (in Métapsychologie) où il consacre tout un chapitre à la particularité du dire dans la schizophrénie.
Je reprends en, quelques mots la thèse de Freud : il soutient en effet que le schizophrène à affaire seulement au mot, celui-ci ayant perdu sa relation avec l'objet.
On peut constater à ce sujet que tous les exemples cliniques mentionnés par Freud ont ceci en commun de démontrer l'échec du refoulement névrotique, dans la mesure où le refoulement névrotique est pour Freud précisément cette impossibilité d'associer intégralement le mot avec la chose désignée ; en terme freudien "représentation de mot" et "représentation de chose" ne coincident jamais, il y a toujours un hiatus entre le mot et la chose désignée, (en terme lacanien il s'agit bien sûr de la fracture entre le signifiant et le signifié).
Quoiqu'il en soit pour Freud,entre les deux, il y a un reste et Freud utilisant à ce sujet la métaphore littéraire parle dans la névrose, d'un défaut de traduction d'un registre à l'autre.
C'est-à-dire que dans la névrose, nous dit Freud, ce qui est refusé par le refoulement à la représentation elle-même c'est la traduction intégrale des mots, ceux-ci donc doivent rester reliés à l'objet .
Nous savons que plus tard, Lacan rendra compte de ce défaut de traduction en terme de castration et qu'à ce reste il lui donnera son nom d'objet a et il en logifiera la fonction.
J'ai notamment en tête cette expression que Lacan empruntera à Hegel pour fonder l'autonomie du signifiant : "le mot est le meurtre de la chose".

Retenons pour l'instant que c'est sur ce point précisément que pour Freud, la schizophrénie diffère: ici le mot ne serait jamais le meurtre de la chose ou parfois pas assez, ce qui faisait d'ailleurs dire à Jacques-Alain Miller (in Clinique ironique) que le paranoïaque était ainsi conduit à compléter cette opération en frappant l'autre dans la réalité.
En effet, Freud nous indique que dans la schizophrénie une même expression verbale peut être utilisée pour désigner des choses différentes sinon opposées; Dans ce cas nous dit Freud, il peut y avoir substitution et des choses qui sont totalement différentes peuvent alors se présenter comme équivalentes pour le schizophrène .
Ainsi si on a encore en souvenir l'exemple célèbre de ce schizophrène pour lequel l'expression d'un comédon équivalait à une activité masturbatoire et pour qui la cavité ainsi creusée dans la peau signifiait un vagin, c'est simplement nous dit Freud que pour le schizophrène si le même mot est utilisé pour décrire les deux situations, c'est que les deux situations lui apparaissent identiques.
Il faut ici préciser que ce que décrit Freud c'est moins une substitution métaphorique mais plutôt d'une contiguité métonymique, il ne s'agit pas d'un mot à la place de la chose disparue mais d'un même mot pour dire deux choses bien présentes et souvent hétérogènes;
je cite Freud :
"C'est l'identité de l'expression verbale et non la similitude des choses désignées qui a permis la substitution".
Tout cela démontre que dans la psychose la relation de mot se déploie en dehors de la relation de chose, ce qui serait tout à fait conforme à l'hypothèse freudienne concernant la psychose conçue comme un repli narcissique de l'investissement d'objet. La libido se replie sur le Moi.
Il y a cependant une nuance que Freud introduit lui-même et qui modifie cette hypothèse du repli narcissique dans la psychose tel qu'il se manifesterait dans cet usage particulier du mot.
En effet, après avoir dit que dans la schizophrénie, la relation de mots domine sur la relation de choses, Freud y repère une difficulté car logiquement c'est justement cette représentation de mots qui aurait du faire l'objet d'un refoulement (Freud parle de "soutenir le premier choc du refoulement"), puisque la représentation de mot appartient au conscient, dit-il.
Or ce n'est pas le cas dans la schizophrénie, et cela conduit Freud à renverser assez radicalement l'hypothèse selon laquelle, l'investissement de mot dans la schizophrénie serait un effet du repli narcissique sur le moi.
Ce statut particulier du mot dans la schizophrénie n'est pas le produit d'un refoulement mais au contraire, il s'agit de la première étape d'une tentative de guérison.
Autrement dit, cet usage singulier du mot par le schizophrène, ce n'est pas l'effet d'un repli narcissique mais ce serait au contraire une tentative de récupérer l'objet perdu.
Freud nous dit,(et ça m'a paru important),- je le cite- que les schizophrènes "prennent le chemin de l'objet en passant par le mot de celui-ci".
Donc le dire schizophrènique conserve une proximité métonymique avezc la chose disparue-nous pouvons dire aussi avec l'objet perdu ou plus précisément avec l'objet pas tout à fait perdu dans la psychose; proximité qui d'ailleurs se manifeste dans les troubles du langage.
Dès lors on peut soutenir cette hypothèse que le délire (même s'il est issu d'une forclusion de la signification phallique) serait cette tentative par le psychotique de rétablir une certaine union entre la représentation de mot et la représentation de chose quand cette union viendrait à être menacée.
C'est la thèse que mentionne Pierre-gilles Guéguen dans un article remarquable ("l'homéostasie symptômatique des psychoses") dans la Lettre Mensuelle 211.
C'est donc ce point que je voudrais essayer de vous présenter à partir de quelques éléments cliniques que j’extrais d’une pratique relativement ancienne puisque ça remonte à plus de 5 ans

Le cas dont il s’agit est celui d’un jeune homme psychotique qui avait la particularité d’être muni d’un délire très puissant mais qui cependant ne l’empêchait pas par ailleurs de s'essayer à vivre à peu près comme tout le monde cad de nouer des relations et d’avoir des activités personnelles qu’il savait moduler en fonction de la pression de ce délire que l’on peut qualifier de persécutif à son endroit.Ce cas correspond donc à certain types de psychoses qui sont cliniquement bien repérés mais qui peuvent apparaître compatibles avec une vie normale, le délire quand je rencontrais ce jeune homme , se limitant à certaines zones de son fonctionnement social-notamment ses déplacements qui parfois pouvaient s'avérer périlleux pour lui.
A l’époque il était encore étudiant en psychologie et il se destinait au métier de conseiller d’orientation.
Peu avant que je le rencontre , il avait vécu un épisode délirant qui lui avait valu une hospitalisation en urgence à Aix en Pce où il résidait puis son transfert pour des raisons familiales au Centre Hospitalier des Hautes Alpes.
Je vais dire quelques mots de son histoire : il avait été élevé par sa mère qui elle-même avait été abandonnée par son mari à la naissance du patient .Sa mère s’était remariée et avait eu deux filles d’un homme que le patient qualifiait de dépressif et qui s’était pendu quelques années auparavant :
« ça lui pendait au nez » fut le seul commentaire à son sujet .


Voici ce qu’il me dit de son histoire :
D’abord il a toujours était certain que son père était fou parce que son père avait été lui-même abandonné à l’âge de deux ans et qu’il n’avait donc pas pu bénéficier des soins parentaux , ce qui selon le patient interdisait toute possibilité d’être père .
Sa naissance est donc une aberration de la nature dit-il , c’est un crime contre l’espèce . La certitude que son père était fou lui permettait de vérifier ce qu’il avait toujours ressenti à savoir qu’il était né de nulle part . Sa certitude de la folie paternelle le ramenait sans cesse à cette contradiction logique qu’il ne pouvait jamais surmonter: comment peut-on être vivant quand on n'est pas issu d'un père?
La certitude de sa propre aberration parce qu'il n'avait pas de père s’imposait aussi à lui à partir de ce qu'il ressentait dans son propre corps.
Et ce qui se passait dans son corps, le ramenait sans cesse à cette contradiction logique comment peut-on être vivant quand on n’a pas de père.
Quand il voulait définir ce qu’il ressentait, il disait ceci:
« J’ai toujours manqué de prégnance avec la réalité » ;
C'est par cette plainte qu'il pouvait désigner cette sorte de flottement dans lequel il se sentait évoluer en permanence.
Prégnance est un mot qu’il prélevait dans son propre vocabulaire psychologique; c’est un mot qui désigne la manière dont une forme extérieure peut s’imposer durablement à un sujet.
On retrouve d’ailleurs ce terme dans le Stade du Miroir où Lacan l’utilise pour désigner à la fois la permanence du Je et sa destination aliénante.
Chez ce jeune homme,le manque de prégnance se traduisait par l’impression que ce qu’il éprouvait s'émoussait continuellement, tout lui apparaissait sans épaisseur : il avait donc toujours eu l’impression de flotter dans la vie ;
Il souffrait en outre de sensations incompréhensibles mais permanentes qu’il éprouvait à l’intérieur de son corps et qu’il attribuait à la carence de soins maternels.Il disait qu'il avait toujours refusé d'être touché par sa mère car lorsqu'elle le touchait il avait toujours eu cette sensation bizarre "qu'elle s'expiait de l'avoir fait ",disait-il.
Tout cela l’empêchait en outre de pouvoir entrer dans la peau d’un adulte ce à quoi l’avancée de son âge le convoquait de plus en plus .
Il était alors inquiet au sujet des changements physiques qui s’imposaient à lui: il avait remarqué une pilosité inhabituelle sur sa peau et il avait aussi constaté des petits boutons sur son pénis qui dessinaient une sorte de coupure;
Il était à cette époque de plus en plus abattu par des sollicitations incompréhensibles qui provenaient de son corps .
Il avait pris l’habitude de passer ses mains sur son corps pour montrer cette carence de soins dont il se plaignait tout en doutant que la plainte qu’il formulait soit vraiment la sienne
En effet, à certains moments, il constatait que sa voix devenait plus grave :dans ces moments-là, il l'entendait résonner en lui et il se demandait alors avec étonnement et anxiété d’où cette voix pouvait provenir .
A ce point d’énonciation de sa parole qui lui faisait défaut, il tentait de suppléer par un certain usage de son image , une sorte de donner à voir où il tentait assez vainement de se constituer un corps.
Ce sujet témoignait donc dans son corps, des effets de la carence du Nom du père.
Quelque chose semblait de plus en plus lui échapper.

Il me semble que ce dont témoignait ce patient dans son propre corps était l’énigme que constituait pour lui la fonction paternelle : cette énigme était continuellement à vif dans la mesure où elle ne pouvait pas être recouverte par le signifiant que nous appellons habituellement le signifiant du Nom du Père .Au contraire,il me semble que l’on voit ici l’énigme s’installer à la place-même du Nom du Père , ce qui lui interdit tout accés à un Autre possible qui lui aurait permis de donner un sens à toutes ces sensations incohérentes et étrangères qu’il éprouvait dans son corps.
D'après ce qu'il nous décrit précisément, on peut voir que pour lui ce qui fait énigme c'est moins le sens de ses paroles que la question de savoir Qui parle? Qui dit tout ça?
Pour ce jeune homme c'est le point d'émission de sa propre parole qui est l'énigme, l'énigme porte davantage sur l'énonciation que sur l'énoncé : on pourrait formuler sa question ainsi :
"Si ce n'est pas Je qui parle,alors de qui s'agit-il ? "
Il semble que cette question le taraude continuellement et je dirais à juste titre dans la mesure où c'est cette structure de l'énigme qui est le socle même de ses hallucinations.
Je voudrais rappeller qu'il y a 7 ans dans son Introduction au
Conciliabule d'Angers où les Sections cliniques s'étaient rassemblées pour traiter des "Effets de surprise dans les psychoses", Jacques-Alain Miller posait précisément la question :
"Qu'est-ce que l'énigme?"
Et sa réponse à cette question s'étageait sur deux niveaux : il ya énigme quand quelque chose est reconnu comme ayant une signification (c'est le premier niveau, celui de la certitude), seulement (et c'est le second niveau), ce que ça veut dire ne peut pas être énoncé, ça reste voilé.
Ce double niveau avait déjà repéré par Lacan notamment dans la "Question préliminaire" (E p 538) où Lacan remarquait que le signifiant offre toujours un degré de certitude qui est proportionnel au "vide énigmatique" qui peut se présenter à la place de la signification elle-même.
Je dirais qu'il s'agit ici de la part de Lacan d'une remarque éminement clinique, c'est le quotidien même de la clinique des psychoses.
Mais je retiendrais surtout ce clivage radical que l'énigme introduit dans l'espace sémantique,un clivage entre signifiant et signifié (J A Miller l'écrit S//s).
Pour le dire très simplement, l'énigme présentifie un signifiant et donc nécessairement une intention de signification or cette intention suppose nécessairement qu'il y a un signifié çàd que ça veut dire quelque chose (c'est nous dit JAM le quod du signifié);
Or ce signifié que l'on sait nécessairement présent quelque part puisqu'on a un signifiant, et bien on ne parvient pas au moyen d'une signification à le corréler au signifiant (ce que ça veut dire reste énigmatique,on n'a pas le quid de la signification).
Cad que surgit un vide à la place même où on attendait une signification
Ce point me paraît tout à fait important, car il me paraît important de préciser que le vide de la psychose, ce fameux vide dont on nous rabat les oreilles tous les jours dans nos lieux de soins, et bien ce vide est strictement le vide d'une signification qui fait défaut au sujet là où il était légitimement en droit de l'attendre.
C'est précisément ce que nous dit Lacan à propos de la psychose où il souligne que la certitude du psychotique (çàd la certitude associée à la présence du signifiant) est fonction du vide énigmatique (j'ajouterais du signifié).

Dans l'énigme, le sujet psychotique a certes reconnu le signifiant comme un véritable signifiant çad comme "ce qui veut dire quelque chose ", et c'est la dimension impérative des voix dont témoigne en permanence le sujet psychotique qui se plaint de leurs exigences à son égard.
Mais il lui manque en quelque sorte le Quid, ce que ça veut dire tout ce charroi qui s'adresse à lui .
Jacques-Alain Miller dans le même texte souligne que c'est l'énigme qui précisément met en valeur cette fracture au sein de l'espace sémantique du psychotique.
Je voudrais rendre compte d'une telle fracture sémantique à propos de ce jeune homme dont je parle ici,c'est-à-dire à partir de ce dont il a pu témoigner comme étant un véritable moment de déclenchement délirant où la fracture entre le signifiant et le signifié va apparaître de façon radicale.
Voici les circonstances : elles prennent place à une époque où il était très angoissé parce qu'il atteindrait bientôt l'âge de son père lorsque celui-ci l'avait conçu ;
Cet anniversaire le conviait donc à la perspective d'un rapport sexuel dont la perspective mortifère l'inquiétait d'autant plus qu'elle venait à se manifester avec beaucoup d'insistance dans les transformations mêmes de son corps.
Il s'agit d'un moment où va s’imposer à lui un scénario qui metttrait en scène un rapport sexuel mais sous la forme, dit-il, d'un canular.
Ce qui se met en jeu ici, ce n’est pas le père qui est chez ce patient radicalement en défaut, mais à cette place vide du père, (je dirais à cette place vide de la signification), une sorte de scénario s'impose à lui et qu'il reconnaît être emprunté à un metteur en scène de cinéma qu’il adulait à cette époque .
Voici donc les circonstances de ce qui peut apparaître comme un déclenchement dans la mesure où on peut y lire les étapes discrètes d'une fracture sémantique qui se met à jour ici.
Il est alors avec un copain sur un terrain de golf qui domine la ville ; ils rencontrent deux femmes plus âgées qui leur proposent de jouer au golf ;
au cours de la partie il s’aperçoit qu’il y a un phénomène acoustique qui l’étonne: la voix peut de répandre extrêmement loin.
Il discute avec son copain en faisant des allusions sexuelles concernant ces deux femmes.
En réponse à l'allusion, une de deux femmes vient vers lui,cette femme lui paraît étrange (il dira "névrosée" car elle présenterait dit-il des détails dysharmonieux) ; cette femme lui dit qu’elle lui va apprendre à jouer au golf;
Par la suite, elle s’éloigne et elle va être à ce moment-là à l’endroit du golf le plus éloigné de lui, maiselle serait aussi très éloignée de son mari qui serait resté dans un chalet à proximité avec les autres membres d’une équipe de football.
C’est précisemment à ce moment-là qu’il entend le cri de cette femme qu'il perçoit comme un cri de plaisir (il parlera de jouissance) .
Avec ce cri s'impose en lui-même immédiatement cette pensée assez étrange mais qui précise bien cependant la nature signifiante de tout cela :
« Je suis le successeur d’Orson Welles. Je suis dans le scénario de la rédemption ».
Ce scénario dont il parle est pour lui identique au scénario d’Orson Welles en 1945 quand il fait croire à l’Amérique que les extra-terrrestres ont envahi la terre . Ici l’objet du scénario va être le rapport sexuel comme canular : le mari de cette femme ainsi que tous les hommes présents vont croire à la réalité de son rapport sexuel avec elle. On peut dire ici que c'est l'allusion qui se déploie pleinement .
Dans cet épisode que l'on peut dire hallucinatoire il me semble donc que la fracture entre le signifiant et le signifié est à son maximum; ce qui habituellement est recouvert par lma signification phallique se découvre ici dans cette fracture qui touche donc essentiellement le dire du sujet et fait le motif de l'hallucination.
Je dirais que l'écart se creuse; au point qu'à son sujet, nous pouvons évoquer le modèle que Lacan nous en a donné dans l'hallucination, quand il qualifie celle-ci de "perceptum sans objet".
Je fais ici référence à cette séquence clinique de Lacan qui est issue de sa propre présentation de malades et qu'il va commenter à la fois dans le Séminaire III (Les Psychoses) et dans la "Question préliminaire à tout traitement de la psychose" (in Ecrits).
Il s'agit bien sûr de cette femme qui dans l'escalier s'entend brutalement interpeller "truie" par le voisin, de surcroit amant de la voisine de pallier, après qu'elle l'ait benoîtement informé qu'elle venait de chez le charcutier.
Et Lacan nous dit à ce sujet qu'il s'agit là dans ce mot "truie" d'un perceptum sans objet c'est-à-dire que le sujet certes s'entend réellement prononcer le mot "truie", mais qu'il ne peut pas cependant s'en attribuer l'émission parce qu'il croit précisément que ce mot-là a été prononcé par un autre que lui-même : c'est-à-dire par cet homme rencontré dans l'escalier qui lui renverrait en quelque sorte par ce signifiant truie ce qu'il en serait réellement d'elle-même : "membra disjecta" nous dit Lacan à son sujet.La phrase ainsi que la truie suivent le même sort, celui du découpage .

Ce canular m'a dit le jeune homme s’est développé comme une rumeur et il a résonné dans le monde entier. Il peut repérer cette extension de la rumeur à des phénomènes sémantiques que nous avons l’habitude de nommer des formations de l’inconscient : il s’agit des lapsus des journalistes à la télévision , d’erreurs sur les noms et sur les dates lors des retransmissions des matches de football des oublis étonnants etc..Tous ces éléments témoignent à ses yeux de la présence d’un trouble généralisé , qui serait l'écho d’une sexualité que ce cri féminin a fait remonter à la surface .




Il me décrira longuement les effets positifs de cette rumeur sur la société tout entière: les vitines des magasins sont plus belles , les gens sourient dans la rue , le monde se colore , les accidents de la circulation diminuent etc..
Si on essaye de lire ce premier moment du délire à travers la clinique des noeuds borroméens , on peut dire que ce premier temps met en jeu le nouage du réel exprimé par le cri de la femme et du symbolique figuré dans le scénario de la rumeur dont il repère justement la présence à ses effets sémantiques .

Second temps du délire
Comme l’avait fait Orson Welles en 1945 , il va téléphoner à la télévision pour révéler le canular dont il est à l’origine . Au téléphone il pourra dire seulement ces mots : « Il faut que je parle.. » puis la communication est coupée .
Cette coupure introduit ce que j’appellerai le second temps du délire : la coupure téléphonique l’empêche de pouvoir rattraper cette rumeur en dévoilant le canular qui la sous-tendait .
On ne m’a pas laissé le temps de parler dit-il parcequ’ils ont cru que j’allais révéler les traffics de drogue et les réseaux de prostitution .A partir de ce moment il s’aperçoit qu’il est surveillé par des tueurs de la maffia qui se manifestent silencieusement autours de lui et qui l’encerclent de plus en plus étroitement au point que dans une angoisse continuelle il ne pourra presque plus sortir de chez lui .
En haut En bas