M. GUILLOT: Le symptôme comme métaphore


Comment Lacan en relisant Freud a-t-il fait évoluer le terme de symptôme?
On peut s’appuyer sur l’étymologie même du terme de symptôme pour comprendre la place qu’il occupe à la jonction du symbolique et du réel dans la construction borroméenne qu’en propose Lacan.
D’une part il y a le symbolique, symbolaïon comme signe de convention et de reconnaissance qui naît de la rencontre de deux parties coupées d’un même objet qui rapprochées font signe, indice, signal que les deux personnes qui en possèdent une partie avaient eu un lien commun.
C’est aussi symptôma , l’événement fortuit, dérivé de sympiptô qui connote la chute, le fait de tomber, c’est à dire la rencontre, la coïncidence et même le sort qui règle l’ordre du monde ou la destinée particulière d’un sujet. (1)

La question du symbole rejoint celle de la vérité.
De quelle façon la vérité entre-t-elle dans la vie de l’homme? c’est une question inséparable de la question de l’analyse. Freud dans Moïse et le monothéisme nous répond que c’est par l’intermédiaire de la signification dernière de l’idée du père... la vérité du père....un dépassement intérieur de l’être humain entre dans sa vie: le symbole du père, le symbole dans son rôle signifiant.
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La lettre fait la preuve qu’elle produit tous ses effets de vérité dans l’homme, sans que l’esprit ait le moins du monde à s’en mêler.



En 1975 Lacan donnera une définition du symptôme qui répond à une nécessité structurale et méthodologique très précise; il s’agit pour lui de trouver une structure qui permette de rendre compte de la double face du symptôme, premièrement de son caractère déchiffrable, mais aussi deuxièmement de sa fixité de symptôme , et de sa composante de jouissance (2)
Cette première face du symptôme est nous dit Lacan en rapport avec la structure du langage . C'est dans les années 55-56-57, années où lacan tient son séminaire sur les psychoses, qu'il écrit “l’instance de la lettre dans l’inconscient ” que l’on trouve dans les écrits et commence le séminaire intitulé la relation d’objet.. Il y développe le caractère déchiffrable du symptôme et c’est ce point que nous développerons aujourd’hui.
La second face où il sera question de la fixité du symptôme et de sa composante de jouissance qu’avait dès le début annoncé Freud, sera approfondit dans les séances suivantes.
Pour illustrer ce premier aspect, nous prendrons, des observations de Freud que la plupart d'entre vous connaissent très bien.
Dans le séminaire III les psychoses (3), nous suivrons son commentaire des écrits de Schreber dans lequel il différencie la métaphore de la métonymie.
La comparaison entre la jeune homosexuelle et Dora nous permettra de montrer comment la métonymie est présente dans la perversion alors que dans un cas de névrose c'est le symptôme en tant que métaphore que nous retrouverons.

Mais qu'est-ce que la métaphore et quel est son rapport au symptôme?
Quand il y a métaphore un signifiant se substitue à un autre signifiant.
C’est le cas par excellence dans la métaphore paternelle: Il y a tout d’abord le signifiant du désir de la mère, et le signifiant du Nom-du-Père s’y substitue. le Nom-du-Père est un standard dans notre civilisation. mais la métaphore peut fort bien articuler des éléments qui n’appartiennent qu’à un sujet; c’est là que s’ouvre la dimension de l’invention du symptôme. (4)

La psychanalyse se situe entre l’écrit et la parole à mi-chemin, et delà de cette parole, c’est toute la structure du langage que l’expérience psychanalytique découvre dans l’inconscient.
Chez le névrosé nous savons que c’est le refoulement qui est à l’oeuvre face à une représentation inacceptable .
C’est en écoutant des névrosés parler de leurs symptômes que Freud découvre le refoulement.
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Reconnaître un refoulement nous avons pris l’habitude, marqués par l’enseignement de Lacan, de dire c’est reconnaître des signifiants. Oui, mais pas n’importe quels signifiants, puisque il dit: le symptôme est une métaphore et en fonction de la définition que nous en avons donné plus haut cela veut dire qu’il y a eu un signifiant qui a remplacé un autre signifiant. Là même où il dit ceci, il ajoute: ce signifiant occulté, c’est le signifiant du traumatisme.
La dernière fois H. Castanet a développé ce côté du traumatisme, et quand on dit signifiant du traumatisme ça introduit un registre qui n’est pas le registre du signifiant du tout, qui est le registre de la rencontre avec la jouissance.
Puisqu’il y a eu un signifiant disparu, on peut retrouver par le déchiffrage. De signifiant en signifiant, on aboutit à un signifiant qui indexe directement le traumatisme, c’est à dire la jouissance. Colette Soler dans son cours de 1992-1993 Les variables de la fin de la cure
( sém. inédit) nous le dit de la façon suivante: “ Toute la pratique analytique nous oblige à considérer qu’il y a une métaphore primaire, si on peut dire ,qui substitue à la jouissance un premier signifiant..... Lever un refoulement , c’est mettre à jour une pulsion, et il ne faut pas se laisser leurrer par le fait que s’est le signifiant qui revient, bien sûr. ”
Mais au fond ce schéma est une traduction de la construction freudienne qui utilise le mécanisme linguistique de la métaphore, mais qui est le schéma freudien d’origine, à savoir que: qu’est-ce qui est refoulé pour Freud? Les représentants de la pulsion; le trieb reprêsentanz. Et Freud dans tous ses textes sur le refoulement prend soin de préciser que tout refoulement implique une fixation pulsionnelle.

Le symptôme est un message, mais ce message implique la structure du langage.
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Dans le texte où Lacan avance celà, l’instance de la lettre dans l’inconscient (5), il ajoute que le symptôme est “ réellement ” une métaphore, et “ que ce n’est pas une métaphore de le dire ”. En fait cette définition du symptôme comme métaphore est une définition qui est déduite de la pratique du déchiffrage. C’est la définition qui permet de concevoir l’homogénéité du symptôme et des formations de l’inconscient, qui, toutes, sont déchiffrables: et au fond, la démarche de Lacan, là, est très simple: c’est la démarche du si...alors. C’est à dire que si le symptôme cède à l’opération du déchiffrage, alors on doit inférer que le symptôme avait une structure chiffrée.
Rappelons nous la dernière fois l’exemple de la jeune femme hantée par l’obsession de ne pas entrer seule dans un magasin chiffrant de ce qu’il en était de sa peur du sexe.

De quelles structures du langage est-il question?
Dans son cours de linguistique générale, Saussure dit que le signe linguistique se divise en deux parties:
le signifiant (S) qui est l'image acoustique d'un concept et
le signifié (s) qui est le concept lui même
Ainsi le mot arbre ne renvoie pas du point de vue linguistique, à l'arbre réel, mais à l'idée de l'arbre (le signifié) et à un son ou image acoustique (le signifiant)-
La signification se déduit du lien qui existe entre signifiant et signifié.
Par ailleurs le signe fait partie d'un système de valeurs en se mesurant avec tous les autres signes.
Quand Lacan utilise la linguistique il nous dit:

C’est dans les écrits 1957 (5)
L‘instance de la lettre dans l’inconscient:

Nous désignons par lettre ce support matériel que le discours concret emprunte au langage....pour la raison première que le langage avec sa structure préexiste à l’entrée qu’y fait chaque sujet à un moment de son développement mental....Il y a deux versants de l’effet signifiant de la lettre, dans la création de la signification.....
Pour cela il faut encore faire appel à la linguistique: l’étude des langues existantes dans leur structure et dans les lois qui s’y révèlent; la linguistique tient dans le moment constituant d’un algorithme qui la fonde:
S
s
qui se lit : signifiant sur signifié, ordres distincts et séparés initialement par une barrière résistante à la signification..... il n’est aucune signification qui se soutienne sinon du renvoi à une autre signification (là il est fait référence au système de valeurs) . Par rapport aux thèses Saussuriennes, Lacan introduit quelques modifications: Il inverse le signe linguistique en l'écrivant : S alors que Saussure l'écrivait dans son cours s s S
Saussure dit que la structure du signe linguistique procède d'une coupure dans le flux des sons et des pensées. Lacan le reprend non pas en tant que coupure mais en tant que point de capiton, opération par laquelle "le signifiant arrête le glissement autrement indéfini de la signification" Subversion du sujet et dialectique du désir. (6)

Cela va l'introduire a énoncer le caractère primordial du signifiant.

Ce que cette structure de la chaîne signifiante découvre, c’est la possibilité que dans la mesure où la langue m’est commune avec d’autres sujets, je peux m’en servir pour signifier tout autre chose que ce qu’elle dit. Fonction plus digne d’être soulignée dans la parole que celle de déguiser la pensée du sujet: à savoir celle d’indiquer la place de ce sujet dans la recherche du vrai.

(Commencer ici le Tableau I)
La fonction proprement signifiante qui se dépeint ainsi dans le langage est la métonymie; Comme exemple : trente voiles pour désigner le bateau, la partie pour désigner le tout (I); la connexion du navire et de la voile n’est pas ailleurs que dans le signifiant, et c’est dans le mot à mot de cette connexion que s’appuie la métonymie.
L’autre versant du champ effectif que le signifiant constitue, pour que le sens y prenne place est celui de la métaphore .
L’exemple classique en est le vers de Victor Hugo:
Sa gerbe n’était pas avare ni haineuse qui représente Booz.
L’étincelle créatrice de la métaphore ne jaillit pas de la mise en présence de deux images, c’est à dire de deux signifiants également actualisés. Elle jaillit entre deux signifiants dont l’un s’est substitué à l’autre en prenant sa place dans la chaîne signifiante, le signifiant occulté restant présent de sa connexion (métonymique) au reste de la chaîne: Un mot pour un autre(I).
C’est entre le signifiant du nom propre d’un homme: Booz et celui qui l’abolit métaphoriquement, c’est à dire la gerbe, que se produit l’étincelle poétique.
La métaphore se situe au point précis où le sens se produit dans le non-sens... c’est sa destinée même que l’homme met au défi par la dérision du signifiant, son être(II), alors que dans la métonymie l’homme trouve un effet de vérité sur son désir(II).
algorithmes



La métaphore: S1 passe sous la barre de la signification
La métonymie: S1 reste au dessus de la barre

Lacan lui les écrira de cette façon:

Pour la structure métaphorique:



le signe + placé ( ) manifestant ici le franchissement de la barre et la valeur constituante de ce franchissement pour l’émergence de la signification.

pour la structure métonimique:



le signe - manifeste ici le maintient de la barre, marquant la résistance de la signification.


Là où la métaphore cesse, la poésie aussi.

Dans Sa gerbe n’était point avare, ni haineuse - Il est question d’identification(III), mais ce n’est pas tout....l’utilisation que nous faisons ici du symbolique nous amène à en réduire le sens, à désigner la seule dimension métaphorique du symbole.
La métaphore suppose qu’une signification est la donnée qui domine, et qu’elle infléchie, commande l’usage du signifiant, si bien que toute espèce de connexion préétablie, se trouve dénouée.
C’est par le fait que la gerbe est le sujet de avare et haineuse, qu’elle peut être identifiée à Booz dans son manque d’avarice et sa générosité. C’est par la similarité de position (IV) que la gerbe est littéralement identique au sujet Booz.

Pour nous montrer comment ces structures du langage sont impliquées dans la psychoses nous allons dans le séminaire III les psychoses en 1955-1956 (3) voir où Lacan introduit la question de la métaphore et de la métonymie.
A propos de Schreber . (P.235) il nous dit que le délire des psychoses hallucinatoires chroniques manifeste un rapport très spécifique du sujet par rapport à l’ensemble du système du langage dans ses différents ordres..... le sujet témoigne effectivement d’un certain virage dans le rapport au langage, qu’on peut nommer érotisation, ou passivation....( P.237)
Le signifiant fonctionne suivant certaines lois...A l’intérieur du délire, les voix jouent sur cette propriété; il y a un rapport plus radical, plus global au phénomène du signifiant.... un intérêt électif pour le rapport au signifiant... un nvahissement par le signifiant. (.P.241) c’est la parole qui est le centre de référence..
(P.245) Freud a eu le sentiment que dans les rapports du sujet psychotique à son délire, quelque chose dépasse le jeu du signifié et des significations.... le psychotique tient à son délire comme à quelque chose qui est lui-même...; (ex. de la phrase “ maintenant c’est le moment.... qu’il soit maté ” chez Schreber)... P.247 c’est autour de l’existence de l’autre que tourne la signification de la prééminence du jeu signifiant de plus en plus vidé de signification (introjection de la figure de Fleschig) Dans toutes ces phrases (chez Sch.) on n’y rencontre rien qui ressemble à une métaphore.
Dans le délire, c’est la fonction réelle du père dans la génération que nous voyons surgir sous une forme imaginaire. Il y a là un mouvement tournant entre les trois fonctions qui définissent la problématique de la fonction paternelle .
Pour nous démontrer de quelle structure du langage il est alors question, Lacan fait la comparaison de ce qu'il en est des troubles du langage dans les aphasies par rapport au phénomène hallucinatoire.
(Tableau II)
Dans l'aphasie de Wernicke si vous demandez au sujet une définition, un équivalent, sans même vouloir le porter jusqu'à la métaphore, si vous le confrontez à cet usage du langage que la logique appelle le métalangage, ou langage sur le langage, il n'y est plus.
Chez Schreber, quand il y a arrêt, il y a un phénomène qui se manifeste au niveau des relations de contiguïté. (a) (III)
Les relations de contiguïté dominent, à la suite de l'absence ou de la défaillance de la fonction d'équivalence significative par voie de similarité. (IV) (b)
Chez le sujet délirant hallucinatoire, nous retrouvons cette dominance de la fonction de contiguïté dans la parole interrompue qui est investie , libidinalisée; ce qui s'impose au sujet, c'est la partie grammaticale de la phrase, celle qui n'existe que par son caractère signifiant et par son articulation. C'est celle-là qui n'existe qui devient un phénomène imposé par le monde extérieur. L'aphasique ne peut pas en venir au fait.
Dans l'analyse il ne faut pas négliger le rôle d'élément guide qu'est le signifiant, rôle médiateur primordial, au profit du signifié uniquement.
C'est là que nous pouvons introduire cette forme rhétorique qu'est la métonymie qui concerne la substitution à quelque chose qu'il s'agit de nommer : on nome une chose par une autre qui en est le contenant, ou la partie, ou qui est en connexion avec.
La partie de l'investigation analytique qui concerne l'identification et le symbolisme(III) , est du côté de la métaphore, celle qui concerne la substitution et la contiguïté(III) est du côté de la métonymie.
D’une façon générale ce que Freud appelle la condensation(IV), c’est ce qu’on appelle en rhétorique la métaphore, ce qu’il appelle le déplacement(IV), c’est la métonymie. C’est ce qu’il a énoncé dans la science des rêves mise en écrit de sa découverte de l’inconscient.
Les deux versants de l’incidence du signifiant sur le signifié s’y retrouvent:
La Verdichtung ou condensation, c’est la structure de surimposition des signifiants où prend son champ la métaphore.
La verchiebung ou déplacement, virement de la signification que la métonymie démontre.




Venons en aux exemples cliniques. Nous nous sommes proposés d’illustrer ce propos dans un premier temps par les observations de la jeune homosexuelle et celle de Dora.

La jeune homosexuelle, Il s’agit d’une jeune fille que Freud a reçu en 1920, et l’observation est parue dans Névrose, psychose et perversion sous le titre psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine, aux PUF.(6)
L'observation de Dora est parue en 1905 pour la première fois et on peut la retrouver dans les cinq psychanalyses aux PUF.(7)
Si freud compare dans le séminaire “ la relation d’objet ” (8) ces deux observations, c’est qu’elles s’équilibrent admirablement et s’entrecroisent strictement l’une vers l’autre.
La confusion de la position symbolique avec la position imaginaire se produit dans chacun des cas en un sens opposé. L’une s’organise par rapport à l’autre sous la forme du positif au négatif et c’est l’illustration de la formule de Freud que la perversion est le négatif de la névrose.

La jeune homosexuelle
Il s’agit d’une jeune fille de bonne famille de Vienne qui est devenue un objet de souci pour ses parents: elle court après une personne de dix ans son aînée, une dame du demi-monde! Elle poursuit de ses assiduités la dame en question, d’autant plus que cela rend son père furieux. La famille demande à Freud d’arranger cela. Ce à quoi il répond que l’on ne fait pas une analyse sur commande. Celle ci n’a pas été à son terme ,mais à permis à Freud de voir très, très loin dit-il.
C’est cependant un événement marquant qui a provoqué la consultation chez Freud.
Dans cet esprit de provocation qui est le sien, la jeune fille va se promener avec la dame en question sous les fenêtres de ses parents. Son père les aperçoit et leur jette un regard flambant. A l’interrogation de la dame la jeune fille dit c’est papa et il n’a pas l’air content. N’ayant pas envie de complications, la dame répond dans ces conditions , on ne se revoit plus; Sans un mot, la jeune fille se jette d’un pont d’un petit chemin de fer qui était proche du lieu où elles se tenaien?. Elle choit, niederkommt.
Que s’est-il passé? Tout avait commencé pour la jeune fille par une orientation du sujet vers le désir d’avoir un enfant du père; à cette époque elle s'occupe volontiers de jeunes enfants. Pour la fille, sa première introduction dans la dialectique de l’OEdipe tient à ceci que le pénis qu’elle désire, c’est l’enfant qu’elle attend de recevoir du père. En pouponnant un enfant réel elle se constitue en tant que mère imaginaire.
Puis il y a un véritable renversement de la position subjective, au moment où sa mère a réellement eu un autre enfant du père.
La fille devient nettement agressive à l’endroit du père. La présence de l’enfant réel la ramène au plan de la frustration, et ce qui est désiré chez la femme aimée, c’est ce qui lui manque. Ce qui est recherché au-delà d’elle c’est le phallus.
Dans une dialectique symbolique, ce qu’on a pas est aussi existant que le reste. Simplement, c’est marqué du signe moins.

Quand elle choit au bas du petit pont, elle fait un acte symbolique, qui n’est pas autre chose que le niederkommt d’un enfant dans l’accouchement qui est le terme de on est mis bas en allemand.
Nous pouvons illustrer cela topologiquement en nous appuyant sur le schéma qui inscrit le rapport du sujet à l’Autre:
(Es) S ------------- a’utre


(moi) a ___________ A utre

Chez la jeune homosexuelle, nous pouvons écrire ce schéma pour sa première position subjective de la façon suivante:

Mère imaginaire_____________________ Enfant réel





Pénis imaginaire_____________________ Père symbolique
(-)
LA JEUNE HOMOSEXUELLE(1)


Alors vient le renversement de la position subjective; elle se situe alors dans une position virile.
Cela se traduit sur le schéma: le père qui était au niveau du A passe au niveau du moi. En a’, il y a la dame, l’objet d’amour qui s’est substitué à l’enfant. En A, le pénis symbolique. Ce qui a donné ce bouleversement est l’action réelle du père, donner un enfant réel à la mère.


Enfant ________________________ Dame réelle





Père imaginaire ________________________ Pénis symbolique


LA JEUNE HOMOSEXUELLE (2)

Cette relation est marquée par le fait que ce qui était articulé de façon latente au niveau du grand Autre, commence à s’articuler de façon imaginaire, à la façon de la perversion. la fille s’identifie au père et prend son rôle. Elle devient elle même le père imaginaire.
Puis dans un troisième temps il y a établissement de la relation imaginaire , à savoir son rapport avec la dame. (cf. 3)


Voyons maintenant ce qu’il en est chez Dora:

Nous avons dans le cas de Dora au premier plan un père, une fille et aussi une dame Mme K.
C’est une petite hystérique qu’on amène chez Freud non pas pour les petits symptômes qu’elle présente, mais parce que la situation est devenue intolérable à la suite d’une intention de suicide qui a alarmé la famille. L’équilibre qui se maintenait pour elle, s’est rompu car elle ne tolère plus la relation qu’a son père avec une Mme K. sa maîtresse qui est mariée avec un M.K. et avec ce M.K. se situera une scène dite la scène du lac où elle le gifle.
La mère est, elle absente de la situation; ce qui est différent du cas de la jeune homosexuelle où la mère est présente, puisque c’est elle qui ravit à la fille l’attention du père.
Jusque là Dora s’était montrée très complaisante vis à vis de cette relation. Que s’est-il donc passé?
Pour le comprendre ce qui a précipité la rupture de l’équilibre, voyons d’abord comment cet équilibre s’est construit.
Dora est une hystérique, c’est à dire quelqu’un qui est venu au niveau de la crise oedipienne, et qui a la fois a pu et n’a pas pu la franchir. Il y a une raison- c’est que son père à elle, contrairement au père de l’homosexuelle, est impuissant.
Quelle est donc la fonction du père en tant que donateur?
Dans la relation à la mère, il y a l’objet dont l’enfant est frustré. Mais après la frustration, son désir subsiste.
Le père intervient, qui est fait pour être celui qui donne symboliquement cet objet manquant. Ici, dans la cas de Dora, il ne le donne pas, parce qu’il ne l’a pas. La carence phallique du père est constitutive de la position que va prendre Dora.
Mais à ce père dont elle ne reçoit pas symboliquement le don viril, elle reste très attachée, et c’est à l’âge de l’issue de l’OEdipe qu’elle présente toute une série d’accidents hystériques nettement liés à des manifestations d’amour pour ce père qui apparaît comme blessé et malade. Elle l’aime précisément pour ce qu’il ne lui donne pas.
Il y a entre autres un intervalle de neuf mois entre le symptôme de l’appendicite et la scène du lac où elle gifle M.K. (en réalité il y a 15 mois chiffre qui se fonde sur une valeur purement symbolique)






Nous avons donc le ternaire suivant: le père, Dora, Mme K.

__I_____________I___________I__
Mme K. Dora Père
DORA(1)


Ce a quoi Dora s’attache, c’est ce qui est aimé par son père dans une autre, en tant qu’elle ne sait pas ce que c’est. En effet le sujet féminin ne peut entrer dans la dialectique de l’ordre symbolique que par le don du phallus.

Dora se pose la question “ qu’est-ce qu’une femme? ” Pour y répondre elle s’intéresse à Mme K. au sens où celle-ci incarne la fonction féminine comme telle et Mme K. est ce qui est aimé au-delà de Dora. Ce qui est aimé dans un être est au-delà de ce qu’il est à savoir, ce qui lui manque.
Dora se situe quelque part entre son père et Mme K.. A condition que son père aime Mme K. elle est satisfaite.
Cependant cela ne lui suffit pas et elle essaie d’accéder à une position dans le sens inverse

M.K.





_I__________________I__________________I_
Mme K. Dora Père

DORA (2)

Dora considère M.K. comme participant à ce qui symbolise le côté présence de Mme K. à savoir l’adoration et M.K. est introduit dans le circuit pour essayer d’y réintégrer l’élément masculin.
Elle se place dans la position de s’identifier à M. K.
Quand ce dernier vient lui dire que du côté de sa femme il n’y a rien et non pas que sa femme n’est rien pour lui comme on a coutume de le dire. Ce qu’il lui dit le retire du circuit ; Donc pour reprendre le schéma tel que nous l’avons écrit avec la jeune homosexuelle:





Mme K._____________________M.K.
la question à qui Dora s’identifie




Dora_____________________Père
reste l’autre

DORA (3)

Toute sa construction s’effondre et elle gifle M.K.

En effet si M.K. ne s’intéresse qu’à elle, c’est que son père ne s’intéresse qu’à Mme K; et dès lors elle ne peut plus le tolérer car elle se voit chue au rôle de pur et simple objet.



Ce qui est maintenu dans l’inconscient de la jeune homosexuelle, c’est la promesse du père, tu auras un enfant de moi et ce que la jeune fille démontre à son père c’est comment on peut aimer quelqu’un pour ce qu’il n’a pas, pour ce pénis symbolique qu’elle sait bien ne pas trouver dans la dame parce qu’elle sait bien qu’il se trouve chez son père qui n’est pas lui, impuissant comme l’est le père de Dora.
Ce que Lacan appelle la perversion dans ce cas, s’exprime entre les lignes, par contraste et par allusions. C’est une façon de parler de tout autre chose, par une suite rigoureuse des termes mis en jeu, une contre partie qui est ce qu’on veut faire entendre à l’autre (P.145 du sém. la relation d’objet) Il s’agit donc là de la métonymie, qui consiste à faire entendre quelque chose en parlant de tout à fait autre chose.
La fonction de la perversion du sujet est une fonction métonymique.
Pour Dora, qui elle est névrosée, qu’en est il? C’est tout autre chose. Dans la perversion nous avons vu que nous avions à faire à une conduite signifiante indiquant un signifiant qui est plus loin dans la chaîne signifiante et lié au premier par un troisième signifiant.
Dora, elle, prise comme sujet se met à tous les pas sous un certain nombre de signifiants dans la chaîne. Elle trouve dans la situation une sorte de métaphore perpétuelle. M. K. est sa métaphore parce qu’elle ne peut pas dire ce qu’elle est, elle ne sait pas se situer. Elle trouve sa place sous la forme d’une question. C’est en tant qu’elle s’interroge sur ce que c’est être une femme qu’elle s’exprime par ses symptômes. Ces symptômes sont des éléments signifiants, pour autant que sous eux court un signifié perpétuellement mouvant, toujours séparé par la barre.
C’est en tant que métaphorique que la névrose de Dora prend son sens et peut être dénouée. Quand Freud intervient en disant à Dora: Ce que vous aimez, c’est ceci précisement il introduit dans cette métaphore un élément réel; cependant quelque chose est resté métaphorique malgré l’entrée en jeu de M. K.
Dans cette sorte de grossesse qui en réalité à duré 15 mois et non 9 comme cela est indiqué; Dora voit le dernier retentissement de son lien avec M.K. et la traduction d’une sorte de “ copulation ” nous dit Lacan qui se traduit dans l’ordre symbolique dans un symptôme purement métaphorique;
Chez la jeune homosexuelle au moment la dame la rejette ,
son père manifestant son irritation; elle ne peut plus maintenir le désir par la voie de la relation imaginaire avec la dame et se jette soudainement dans un passage à l’acte d’un pont de chemin de fer. ce phallus qui lui est définitivement refusé, tombe, niederkommt, mimique d’un accouchement symbolique. Il y a là ce côté métonymique dont nous avons parlé. Ce mot niederkommt indique métonymiquement le terme de suicide où s’exprime chez l’homosexuelle ce dont il s’agit, à savoir un amour stable et particulièrement renforcé pour le père.


(1) J. ADAM actes ECF n°9 1986
(2) C.SOLER
(3) J.LACAN sém. III “ les Psychoses ” Seuil
(4) la Conversation d’Arcachon
(5) J.LACAN “ l’Instance de la lettre dans l’inconscient ” Ecrits Seuil
(6) S.FREUD Névrose, Psychose et Perversion PUF
(7) S.FREUD Cinq Psychanalyses PUF

( J.LACAN sém. IV “ la Relation d’objet ” Seuil

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