J-J POUMET: Le rêve de Freud de l'injection faite à Irma


J-J POUMET: Le rêve de Freud de l'injection faite à Irma
26/10/2006 - Lu 9 fois
Le rêve de FREUD de l’injection faite à Irma :
trou noir troublant ?
J.J. POUMET
Exergue : «…les activités de pensées les plus compliquées peuvent se produire sans que la conscience y prenne part » nous dit FREUD ( dans l’interprétation des rêves ; PUF , page 504). Déjà au chapitre 19 de l’Entwurff intitulé Processus primaire, sommeil et rêve ; dans La Naissance de la Psychanalyse - PUF page 352, il nous disait aussi que « …les mécanismes pathologiques révélés par une analyse très minutieuse des psychonévroses ont avec les processus oniriques la plus grande ressemblance. »
Ce sont de telles avancées de la théorie freudienne déduites de la clinique qui ont autorisé LACAN, dans son commentaire du rêve de l’injection faite à Irma ( page 189 Séminaire II - édition du Seuil) à nous dire que pour FREUD, « la clef du rêve doit être la même chose que la clef de la névrose et la clef de la cure ». Ceci n’a bien sur rien à voir avec la recherche d’une clef des songes.





J’ai voulu commencer cet exposé en citant d’abord ces phrases, afin d’essayer de montrer comment le fait de soutenir à la fois un positionnement de « médecin-psychothérapeute » et de « psychanalyste », a pu constituer, à l’époque du rêve de l’injection faite à Irma, la toile de fond de la division subjective de FREUD et le levier transférentiel de sa recherche. Ce rêve nous paraît en effet témoigner du double intérêt qu’a eu FREUD alors pour « le traitement psychanalytique des névroses », et pour ce qui aura été alors pour lui simultanément, « sa fausse auto-analyse ». Je précise : sa psychanalyse faussement « auto », mais non pas sa fausse psychanalyse, car la psychanalyse de FREUD fut la première psychanalyse véritable, grâce à la constance qu’il y a soutenu de son adresse à l’Autre d’une demande : celle qu’il a su faire passer par l’exigence assidue de l’avènement d’une parole neuve. Ce fut le discours de la psychanalyse qu’il a su inventer historiquement à partir de l’analyse du transfert de son inconscient repéré par lui dans sa « propre» cure...Ainsi FREUD a t-il créé la psychanalyse, non seulement à travers sa relation à FLIESS, mais par la construction écrite d’un discours très élaboré tenant compte des relations qu’il entretenait avec de nombreux autres confrères, ici par exemple avec le trio constitué par Otto, Léopold, et le Docteur M, qu’un article de Patrice FABRIZI ( paru dans un numéro du Séminaire des échanges de l’ACF de Lille) sur le rêve de l’injection faite à Irma, désigne comme étant BREUER (1997). Notons à ce sujet ce que dit LACAN ( page 188 de son Séminaire II ) : « Le Dr M répond à une fonction qui a été capitale pour FREUD, celle de son demi frère Philippe (…), personnage essentiel pour comprendre le complexe oedipien de FREUD ». Il faut lire à ce sujet le très intéressant texte de la conférence que nous a donnée à Nîmes le15 mars 2001 Claire POIROT-HUBLER, intitulée : « D’un père en trois noms ».

Dans le récit préliminaire au texte proprement dit de son rêve, FREUD nous présente ainsi Irma : « une jeune femme de mes amies, très liée également avec ma famille (…) Le traitement a abouti à un succès partiel », mais la malade n’a pas perdu tous ses symptômes somatiques. Et FREUD nous dit ceci : « …j’ai indiqué à la malade une solution qui ne lui a pas paru acceptable (…il ne dit pas laquelle, mais elle se déduit clairement de l’ensemble du texte freudien. Cette solution proposée, c’était de faire de la parole non pas seulement un acte thérapeutique, mais surtout un acte ). Nous avons interrompu le traitement (…) dit-il. Quelque temps après, j’ai reçu la visite d’un jeune confrère et ami ( il s’agit d’Otto ) qui était allé voir ma malade - Irma - et sa famille à la campagne ». Otto a dit à FREUD : « Elle va mieux, mais pas tout à fait bien. » - « …ces mots m’ont agacé reconnaît FREUD. J’ai cru y percevoir le reproche d’avoir trop promis à la malade (…)…Le soir même, j’ai écrit l’observation d’Irma pour pouvoir la communiquer en manière de justification à notre ami commun le Dr M… qui était alors la personnalité dominante de notre groupe. La nuit ( probablement vers le matin), j’ai eu le rêve suivant que j’ai noté dès le réveil. » …soit le rêve du 23-24 juillet 1895 de l’injection faite à Irma.



« Les rêves les mieux interprétés, nous dit FREUD ( dans l’interprétation des rêves ; PUF , page 446 ), gardent souvent un point obscur ; on remarque là un nœud de pensées que l’on ne peut défaire, mais qui n’apporterait rien de plus au contenu du rêve. C’est « l’ombilic du rêve », le point par où il se rattache à l’inconnu ». Ainsi FREUD constate t-il que l’analyse de chaque rêve converge vers un point d’unerkannt, un point d’inconnaissable, qu’il appelle l’ombilic du rêve.
Nous retrouvons abordé autrement chez LACAN, quelque chose de l’efficace de ce propos analytique freudien. Par exemple lorsqu’il nous parle ( séminaire XI ; Seuil, page 226 ) d’une interprétation dont l’effet est d’isoler dans le Sujet « un cœur de non sens ». Ceci ne veut pas dire, nous précise LACAN, que de manière générale l’interprétation soit non sens pour le Sujet, mais que : « ce qui est essentiel, c’est qu’il voie au delà de cette signification, à quel signifiant – non sens, irréductible, traumatique – il est comme Sujet, assujetti ».

A partir de cette aporie de l’inconnu, voire de l’insu, qui troue d’un point de réel l’univers du discours, FREUD dégage ainsi avec son ombilic du rêve un point essentiel à l’écriture de sa « traumdeutung ». Tout rêve, donc aussi le rêve de l’injection faite à Irma, s’analyse comme réductible nous dit-il aussi, à « l’accomplissement d’un désir ». C’est là une règle générale à partir de laquelle plus tard viendront lui poser question, sur le mode d’un défi intellectuel, un certain nombre de contre-exemples paradoxaux fournis par la clinique. Le rêve reste par FREUD ainsi analysable, mais d’autant plus encore, que de façon exquise, il ne l’est pas entièrement, analysable… Il n’est donc pas tout lisible, il y a un reste, et qui n’est pas sans lien avec le sens... C’est là aussi un point d’éclaircissement rendu possible très tôt chez FREUD à partir de la rencontre, ouverte avec et par le rêve, d’un réel perçu comme l’impossible à dire, la rencontre d’un réel à quoi pourrait répondre justement, avec l’acuité d’un point d’insertion de la parole dans ce réel, la définition freudienne possible de l’impossible même de cet ombilic du rêve : « un point d’inconnaissable » selon FREUD, par où se rencontre aussi bien une complaisance du Sujet pour sa propre jouissance, comme si cette jouissance était quelque chose dont il ne veut ou ne peut rien savoir de plus, quelque chose d’insu, d’impossible à dire, quelque chose dont, où, et par quoi l’ignorance elle même (du « signifiant qui ne veut rien dire » ) l’emporterait, et avec elle le Sujet parlant comme le hors signifiant de cette aphanisis. Citons FREUD à ce propos ( page 102 et 103 de l’Edition PUF de l’interprétation des rêves ). Lorsque, dans son analyse du rêve de l’injection faite à Irma, il s’aperçoit que, par le fait même de son désir dans ce rêve, il a remplacé sa malade Irma par la belle et intelligente amie de celle ci, il le formule ainsi : « Je trouve Irma sotte parce qu’elle n’a pas accepté ma solution. L’autre serait plus intelligente, elle suivrait donc mieux mes conseils. La bouche s’ouvre bien alors : elle me dirait plus qu’Irma. » (notons l’équivoque des termes : « la bouche s’ouvre bien » qualifié par FREUD de « double sens » ( page 294 dans l’interprétation des rêves – PUF ) C’est là dans le rêve une équivoque renforcée par le contexte de la résistance dite de type féminine que nous signale FREUD, mais aussi par le : « elle me dirait plus qu’Irma », qui situe bien un point signifiant d’articulation avec la libido, c’est à dire avec le désir , repérable dans la parole proférée dont participe un réel de la jouissance en tant qu’elle est liée au sens. C’est ce que LACAN nomme du terme homophonique de « j’ouis sens », et que l’on peut qualifier paradoxalement de réel du symbolique. FREUD dupe et non dupe à la fois de ceci ajoute dans une note en bas de page : « J’ai l’impression que l’analyse de ce fragment n’est pas poussée assez loin pour qu’on en comprenne toute la signification secrète. Si je poursuivais la comparaison des trois femmes,( la troisième étant sa propre femme alors enceinte…) je risquerais de m’égarer, nous dit FREUD. Il ajoute : Il y a dans tout rêve de l’inexpliqué, il participe de l’inconnaissable.» (unerkannt)
Dans son séminaire II, lorsqu’il commente le rêve de l’injection faite à Irma, LACAN fait référence à l’ombilic du rêve chez FREUD. A ce sujet, il nous parle du thème des trois femmes comme d’un point des associations du texte du rêve qui n’est « repérable qu’à lire dans son entier le texte où le rêve comme tel prend son insertion dans l’inconnu ». Sans insister sur le trio masculin déjà préalablement présent dans ce rêve ( Otto, Léopold et le Dr M, qui font échos combinatoires aux liens transférentiels avec les deux demis frères aînés de FREUD ainsi qu’avec son vieux père), LACAN poursuit par la référence associative aux trois femmes du rêve ( Irma la patiente, l’amie d’Irma plus désirable qu’Irma comme analysante potentielle, et la femme de FREUD alors enceinte). LACAN fait ici appel au « trio mystique », par lequel il cite « les trois femmes, les trois sœurs, les trois coffrets », de l’article de FREUD de 1913 (traduction française dans essais de psychanalyse appliquée – Idées Gallimard ), ceci pour nous avertir que pour FREUD le dernier terme de la triade dans ce texte, c’est tout simplement la mort.( dans le Séminaire II – Seuil ; page 189 ). Cela resitue incidemment pour nous cet évènement précis que derrière le rêve de l’injection faite à Irma, il y avait aussi l’histoire de la membrane diphtérique, venue faire rappel à FREUD de la menace réelle qui s’exerça sur la vie de sa fille aînée, Mathilde. FREUD avait vécu cette menace de mort sur Mathilde comme un châtiment possible du ciel, consistant dans l’application de la loi du talion en réponse au décès dont il fut responsable, causé par les effets toxiques alors inconnus d’un médicament : le sulfonal, qu’il avait malencontreusement prescrit à l’une de ses patientes prénommée Mathilde comme sa fille.


LACAN dès le début du chapitre de son séminaire II ( intitulé « les embarras de la régression »), nous rappelle que dans la traumdeutung, l’essentiel des considérations de FREUD porte sur « le mécanisme même du rêve, tout entier immergé dans l’appareil du langage dont il tisse un discours ». L’interrogation freudienne fondamentale que pose ici le rêve, tient en effet essentiellement en ceci qu’il est une « formation » de l’inconscient, c’est à dire une formation de l’appareil psychique dont le travail, comme nous le dit le LACAN du séminaire XI ( page 161), s’accomplit d’une « pulsation temporelle » de cet inconscient, à travers quoi se manifestent des scansions signifiantes. Ceci conduit d’ailleurs LACAN, dans ce même séminaire XI, à nous dire que « le désir, c’est l’interprétation elle même ». Et par la suite J.A. MILLER nous le formulera sur un mode encore plus radicalement opératoire quant au désir de l’analyste, en nous disant que « l’inconscient interprète » .
Dans son interprétation des rêves en effet, ce que FREUD nous indique comme analysable situe essentiellement « la formation » et « le travail du rêve » comme d’abord repérables dans un texte dont le récit commenté va bien au delà de la simple activité proprement nocturne du rêve telle que la saisit par son électroencéphalogramme la science médicale qui réduit le rêve au phénomène organique et physiognomonique d’une phase paradoxale isolée dans sa nuit. Devenu chez FREUD fait d’écriture,« le rêve de l’injection faite à Irma » introduit l’irruption énigmatique et momentanément éclairante de quelque chose d’autre, dont les effets de sens contextuels deviennent possibles à situer historiquement au delà d’une rencontre avec un réel organique univoque et consistant, où rien ne manquerait. Ce texte du rêve présentifie un fait de langage décentré par rapport au déroulement évènementiel physiologique du rêve et par rapport à l’ego du rêveur. Son écriture représente le paradoxal « réveil » du surgissement déplacé d’une vérité symbolique menteuse, bien qu’émanant de ce réel à quoi cette vérité s’articule sous une forme imaginaire, elle même visible comme déjà déplacée en effet par le travail du rêve, en des lieux où cette vérité ne peut en bonne logique que se montrer qu’effectivement déplacée, mi-dite, déguisée ou déformée, vêtue ou revêtue des attributs, sinon des oripeaux dont elle souhaite se parer, voire se ré-parer. LACAN nous dit que le rêve fait apparaître derrière leurs représentations de mirages imaginaires, les supports symboliques du langage, surgis dans leurs relations au discours comme des semblants toujours décentrés par rapport à l’ego du rêveur. Ces semblants ramènent FREUD par un travail sérieux d’écriture, à l’exigence d’une rigueur de lecture qui lui est imposée par l’aspect formel irrationnel de ce rêve. Or, ce rêve le renvoie implacablement au principe de la contradiction logique du sophisme du chaudron percé : « Le rêve ne peut en aucune façon exprimer l’alternative « ou bien, ou bien » nous dit-il ; il en réunit les membres dans une suite comme équivalents » constate t-il ( page 273 ). Les scènes hallucinées du rêve surgissent dans le temps vivant d’un sommeil dont le signifiant découpe et troue la « profonde » obscurité intemporelle. Au delà d’une simple inter-prétation du sens, FREUD dans sa traumdeutung pourra faire de ce rêve une lecture éclairée qui, pour d’autres rêves pourra plus loin encore aller jusqu’à la lecture littérale et homophonique de l’écriture d’un simple rébus : ( page 293 de l’édition française PUF, nous pouvons lire ceci sous sa plume ) : « la figuration dans le rêve n’est certes pas faite pour être comprise, n’est pas plus difficile à saisir que les hiéroglyphes pour leurs lecteurs ».


Alors la question : « Que dis tu de tes rêves? », nous paraît être l’envers de cette autre question plus pulsionnelle à laquelle s’articule la libido : « que disent, de ton désir, tes rêves ? ». Cette interrogation textuelle semble se produire notamment d’une injonction manifestée sous l’effet du transfert véritable d’un « désir de savoir », celui qui habite le Docteur FREUD. C’est un désir qui, dans ce rêve, sous tend une curiosité qui n’en reste pas moins ambiguë face au Docteur M. Celui-ci, nous dit FREUD dans le préliminaire de son écrit sur ce rêve, lui apparaît comme « la personnalité dominante » de ce groupe de trois médecins par rapport auquel FREUD est le quatrième. Le Docteur M nous est ici montré comme l’irréprochable et très envié Docteur à qui FREUD adresse son travail… L’interrogation justificatrice de l’écriture de ce rêve implique donc le rêveur analysant FREUD bien au delà du seul désir d’être reconnu par ses confrères comme un thérapeute valable et médicalement responsable de ses actes. Son désir d’analyste exigeait de lui qu’il en dise plus, et qu’il écrive à propos de ce rêve quelque chose d’autre qui questionne aussi son éthique plutôt que la seule déontologie médicale. Il fallait que ce « texte sacré », pour reprendre l’expression de LACAN, soit d’abord écrit par FREUD afin d’être tenu à la disposition d’un lecteur attentif mis ainsi en place d’analyste, et sous le contrôle de qui FREUD venait se placer en position d’analysant, pour écrire à l’adresse de cet Autre privilégié qu’est le lecteur, les arguments éclairants de son analyse. Car si le rêve, comme nous l’a enseigné FREUD, implique et nécessite la responsabilité du rêveur, ceci suppose que seul FREUD, rêveur analysant, pouvait prendre en compte l’énonciation du réel de la jouissance de son rêve : celle insensée et partiellement restituée qu’il lui restait à découvrir comme sienne, n’existant plus que par cette déposition écrite qui, dès le récit qu’il en trace, demeure aussi la jouissance de l’ impossible à dire qui s’en déduit.
Pris dans cette béance parlante d’une jouissance surgie entre vérité menteuse et savoir partiellement dit du sujet, le rêve, « voie royale » de la découverte de l’inconscient selon FREUD, exige donc qu’on le dise d’abord, soit que le rêveur accepte, à son actif d’assujetti du rêve, d’en parler à la première personne du singulier et à adresse cette parole à quelqu’un d’autre. Il en résulte que le rêve, qualifié par FREUD de « gardien du sommeil », revêt à ce titre « une dit…-mension signifiante » qui n’est cependant pas entièrement opposable sur un plan dialectique, ni à l’éveil d’une conscience conçue comme totalisante ou transparente, pas d’avantage à un réveil, ni au sommeil lui-même que le rêve n’est pas non plus, bien qu’il en ait la garde vigilante. Le rêve veille et surveille. Il relève ainsi de la jouissance pulsionnelle scopique de cette Autre scène, ainsi appelée par FREUD d’un ailleurs. Cette autre scène est aussi celle d’où s’interroge comme d’au plus près du rêveur paralysé moteur dans son sommeil, une jouissance hallucinante, intime et narcissique, qui touche au Réel extime du corps saisi hors de lui par le rêveur dans sa relation à l’Autre du signifiant auquel il advient comme en provenance d’un étranger.
Par là, tout n’est pas fixé dans le rêve. C’est dire que pas tout, (de la cause du désir du Sujet et de son objet ), est fixé dans le rêve freudien: S ( A ) .
Aussi puis-je me demander si le mathème lacanien du signifiant du manque dans l’Autre, ne désignerait pas, dans le rêve de l’injection faite à Irma, l’inédit qu’en a extrait FREUD à partir d’un point d’ombilic de la Jouissance de son rêve. Cette jouissance est peut-être à saisir, là où le peut-être des hypothèses de la psychanalyse naissante venaient faire coïncider conflictuellement sa « passion de l’ignorance » avec son « désir de savoir ».
Dans les processus préconscients de « la formation du rêve » telle que cette formation fut conçue dans la « traumdeutung » en termes d’investissement d’autant plus significatif que possible à mettre en relation avec la sexualité, rappelons que FREUD ( dans PUF – L’interprétation des rêves, page 505) oppose à « un courant de pensées « négligé » qui n’a pas reçu d’investissement, un autre courant. Celui là, « réprimé » ou « repoussé », est bien celui qui (après s’être déjà produit, c’est à dire avoir déjà eu lieu comme c’est le cas dans le mécanisme du refoulement des névroses de transfert ) a vu cet investissement lui être retiré ; mais tous deux, précise t-il, sont abandonnés à leurs propres excitations. »


« Le rêve de FREUD de l’injection faite à Irma : trou noir troublant » ?

Tel est le jeu de mots ambigu et l’intitulé à partir duquel j’ai commencé à rédiger cet exposé. C’est qu’à propos de ce rêve si particulièrement sexuel de FREUD, celui que dans son séminaire II LACAN a appelé « le rêve des rêves », mes impressions de lecture se sont d’abord portées sur l’articulation signifiante évocatrice de cette jouissance horrifique devant la gorge d’Irma, jouissance articulée à l’angoisse de « l’indicible » de ce rêve, une jouissance impossible à dire, mais que FREUD nous montre très liée à la dimension de la faute, au sens de ce qui fait défaut à.., d’un manquement à… Dans le discours qui a trait au récit du rêve, et dans l’analyse qui lui fait suite, il y a des moments précis en effet où FREUD se tait, des moments repérables comme des refus de dire. Il y a donc là des points de censure signalés par FREUD et des doubles sens. Il y a aussi des mi-dits, voire des interdits signalés par FREUD dans ce texte où le commentaire analytique qui l’articule à son contexte historique succède au récit du rêve. Ces « blancs » plus ou moins a-sémantiques mais repérables, car signalés par leur auteur à l’attention du lecteur, épinglent à propos de tel ou tel point qui peut sembler obscur ou scabreux, le désir interdit de FREUD, par celui de n’en dire rien de plus… Ces blancs silencieux articulent cependant une parole vraie adressée au lecteur dont ils requièrent l’attention. D’autre part, en réponse à la béance pulsionnelle figurée par la bouche ouverte et la gorge d’Irma, c’est bien ce branchement d’un réel de la mort et du sexe à l’Autre du signifiant qui confère ici à l’ombilic de ce rêve un sens sexuel patent émanant d’un impossible à dire. Centré sur cette béance, la séquence en deux temps du rêve réalise un nouage signifiant à partir duquel se décomposent en restes signifiés qui lui font traces, les triades symboliques qui construisent la scène inconsciente du rêve jusqu’à sa seconde acmé et c’est la condensation d’une Autre scène venue comme en réponse à la première. Dans son ensemble le rêve est vécu depuis l’ubiquité préconsciente grâce à laquelle FREUD se fait représenter par la foule immiscée des personnages successifs de son rêve, surgis par groupes de trois en plusieurs lieux bien défendus de son histoire. Ces triades structurales sont donc aussi celles, combinatoires, dont l’ultime métaphorisation vient apporter au rêveur, moins un mode satisfaisant de résolution qu’un paroxysme de tension resurgi dans une réponse terminale au reste identifiante et au demeurant angoissante : celle des groupements par trois de la formule de « la triméthylamine ». FREUD voit cette formule chimique « devant ses yeux, imprimée en caractères gras ». A ce propos, LACAN dans son séminaire II compare cette inscription hallucinée à l’écriture sacrée du Mané mané, Tecel, Phares, celle où la main de Dieu trace la sentence des termes assignés à la fin du règne de Nabuchodonosor en un message que seul le prophète Daniel sait lire. Dans le rêve de l’injection faite à Irma, il s’agit de la formule chimique précise qui identifie un produit de décomposition dont la présence, pour le médecin légiste d’alors, signait la preuve révélatrice d’une trace de sperme. LACAN, en retrouvant dans son séminaire II les traces écrites du précurseur analysant FREUD, y lira de A à Z, c’est le cas de le dire, l’articulation en chaînes de lettres dont se structure l’inconscient freudien. Dans ce rêve de FREUD de l’injection faite à Irma, l’inscription magique de cette formule fonctionne comme une véritable nomination de la jouissance mâle ici affirmée comme telle symboliquement par l’intermédiaire de la visualisation de cette formule chimique qui fait office de signature anonyme, après que le rêve ait désigné de façon équivoque dans la personne d’« Otto », le faux coupable de l’injection suspectée d’abord d’avoir été faite avec une seringue littéralement dite « pas propre »…
A la fascination horrifiée de la féminité, éprouvée par FREUD angoissé devant « la gorge d’Irma » comme face à la représentation identifiante de l’Autre sexe, répond cette exigence surmoïque qu’il lui faut, en tant que médecin, examiner les signes d’une infection transmise par la voie d’une « solution injectable » administrée avec une seringue « pas propre » : tout ceci n’est pas de lui, dit-il. La formule de la triéthylamine vient donc dans le rêve apporter une réponse symbolique qui opère à la manière d’un exorcisme de l’Autre jouissance, celle là perçue à l’opposé du symbolique comme innommable. Et cet exorcisme là de l’Autre jouissance, autrement dit cet exorcisme de la jouissance féminine, c’est l’interprétation elle même du rêve, inscrite sous la plume de FREUD dès sa description du rêve, qui en réalise le plaidoyer auto-justificatif, puisqu’il y inclut des allusions à ses échecs et à ses difficultés. Ce sont des allusions à usage interne précises et floues à la fois dont FREUD nous parle malgré l’interprétation auto-disculpante qui les masque et qui accompagne leur pudique désignation, pointée aux registres de l’abonné absent qui cherche néanmoins à s’en justifier sous la forme du plaidoyer absurde par lequel il réalise son désir. C’est un désir de rêve où s’accomplissent pour lui, mais comme pour les recenser, de beaux mensonges. Ils sont, de façon manifeste, faussement accusateurs des chers confrères dont il redoute le jugement de condamnation et qu’il appelle en même temps à la rescousse dans son rêve. Ces mensonges transférentiels véridiques prennent selon sa propre expression la forme contradictoire de ce plaidoyer qui ne trompe pas l’analyste FREUD. Mais l’interprétation ici parlée de sa Névrose de transfert le conduit tout au long de ce rêve, à un souci de maîtrise phallique qui s’équivaut au souci de la maîtrise du signifiant. L’interprétation de ce rêve sous transfert le conduit donc à se maintenir dans l’impasse transférentielle du roc de la castration d’autant plus considérée ultérieurement par lui comme indépassable que saisie dans sa référence méta psychologique au seul mythe d’œdipe. Le rêve de FREUD de l’injection faite à Irma , à travers les mirages qui s’y déroulent, fait écran en première approximation, et sa fonction inefficace est aussi d’empêcher FREUD de répondre de ses difficultés d’alors. Cependant, le plaidoyer qu’il y découvre est celui ambivalent de son désir ainsi devenu repérable : celui ambivalent de se rendre compte et en même temps de ne pas se rendre compte de ses propres échecs d’alors qu’il relie en les énonçant à son positionnement non encore abandonné de médecin et de psychothérapeute. Mais ce rêve lui offre aussi et surtout l’occasion historique de s’apercevoir qu’il est le premier analyste à découvrir le sens de son rêve. C’est pourquoi ( page 194 du Séminaire XI ), LACAN insiste sur le caractère dramatique de cette découverte par FREUD entre 1895 et 1900, du sens du rêve, période d’élaboration de la traumdeutung, ouvrage auquel FREUD a voué une affection toute particulière. LACAN cite la fameuse lettre 137 à FLIESS , où « FREUD terriblement sérieux » suggère qu’on commémore ce rêve par la plaque : « Ici le 24 juillet 1895 le Docteur Sigmund FREUD trouva le mystère du rêve ». Dans la lettre 138 suivante, on lit : « En ce qui concerne les grands problèmes, rien n’est encore décidé. Tout est flottant, vague, un enfer intellectuel, des cendres superposées, et dans le tréfonds ténébreux se distingue la silhouette de Lucifer Amor ». Au delà de la réponse à l’interrogation freudienne que constitue ce texte du rêve de l’injection faite à Irma, il reste accessible à notre lecture et nous restitue par l’authenticité de sa parole, le style de quête analysante d’un FREUD on ne peut plus faustien, écartelé entre vérité et savoir. Nous y retrouvons son écriture toujours vivante dans la fraîcheur de son dire. C’est pourquoi ce rêve m’a paru « élateur» autant que révélateur. Mais il demeure un rêve angoissant, car au delà du Sujet face à sa rencontre avec l’Autre Sexe, le rêve de l’injection est porteur de ce questionnement fondamental qui met en perspective ce qu’il reste au parlêtre (et non plus au Sujet ) à symboliser de sa propre castration, en la réalisant dans les défilés d’une parole à venir, consentie à partir de l’impossible à dire de sa jouissance.
Le rêve phallique de « la solution injectable » constitue une réponse masculine typique de l’Un à la jouissance Autre, celle aussi dont l’analysant FREUD ne veut et ne peut rien alors dire de plus en tant qu’analyste, mais que son rêve interprété jusqu’à l’ininterprétable lui permet néanmoins de beaucoup mieux cerner. Ce rêve remplit ainsi et d’abord pour FREUD la véritable fonction symbolique d’un exorcisme de la jouissance féminine, exorcisme à entendre au double sens de la définition qu’en donne le petit Robert. Cette définition de l’exorcisme est la suivante :

- pratique qui vise à chasser les démons du corps du possédé à l’aide de formules, de cérémonies, ou de rituels. (ici la formule est celle de la triméthylamine !…)
- ce qui chasse un tourment ou une angoisse.

L’angoisse ici restera le gardien vigilant du questionnement singulier de ce par quoi le Sujet, en fin de compte excédé par les incohérences de sa parole, peut commencer à se donner quelques chances de pouvoir s’accepter comme parlêtre.
Exergue : «…les activités de pensées les plus compliquées peuvent se produire sans que la conscience y prenne part » nous dit FREUD ( dans l’interprétation des rêves ; PUF , page 504). Déjà au chapitre 19 de l’Entwurff intitulé Processus primaire, sommeil et rêve ; dans La Naissance de la Psychanalyse - PUF page 352, il nous disait aussi que « …les mécanismes pathologiques révélés par une analyse très minutieuse des psychonévroses ont avec les processus oniriques la plus grande ressemblance. »
Ce sont de telles avancées de la théorie freudienne déduites de la clinique qui ont autorisé LACAN, dans son commentaire du rêve de l’injection faite à Irma ( page 189 Séminaire II - édition du Seuil) à nous dire que pour FREUD, « la clef du rêve doit être la même chose que la clef de la névrose et la clef de la cure ». Ceci n’a bien sur rien à voir avec la recherche d’une clef des songes.





J’ai voulu commencer cet exposé en citant d’abord ces phrases, afin d’essayer de montrer comment le fait de soutenir à la fois un positionnement de « médecin-psychothérapeute » et de « psychanalyste », a pu constituer, à l’époque du rêve de l’injection faite à Irma, la toile de fond de la division subjective de FREUD et le levier transférentiel de sa recherche. Ce rêve nous paraît en effet témoigner du double intérêt qu’a eu FREUD alors pour « le traitement psychanalytique des névroses », et pour ce qui aura été alors pour lui simultanément, « sa fausse auto-analyse ». Je précise : sa psychanalyse faussement « auto », mais non pas sa fausse psychanalyse, car la psychanalyse de FREUD fut la première psychanalyse véritable, grâce à la constance qu’il y a soutenu de son adresse à l’Autre d’une demande : celle qu’il a su faire passer par l’exigence assidue de l’avènement d’une parole neuve. Ce fut le discours de la psychanalyse qu’il a su inventer historiquement à partir de l’analyse du transfert de son inconscient repéré par lui dans sa « propre» cure...Ainsi FREUD a t-il créé la psychanalyse, non seulement à travers sa relation à FLIESS, mais par la construction écrite d’un discours très élaboré tenant compte des relations qu’il entretenait avec de nombreux autres confrères, ici par exemple avec le trio constitué par Otto, Léopold, et le Docteur M, qu’un article de Patrice FABRIZI ( paru dans un numéro du Séminaire des échanges de l’ACF de Lille) sur le rêve de l’injection faite à Irma, désigne comme étant BREUER (1997). Notons à ce sujet ce que dit LACAN ( page 188 de son Séminaire II ) : « Le Dr M répond à une fonction qui a été capitale pour FREUD, celle de son demi frère Philippe (…), personnage essentiel pour comprendre le complexe oedipien de FREUD ». Il faut lire à ce sujet le très intéressant texte de la conférence que nous a donnée à Nîmes le15 mars 2001 Claire POIROT-HUBLER, intitulée : « D’un père en trois noms ».

Dans le récit préliminaire au texte proprement dit de son rêve, FREUD nous présente ainsi Irma : « une jeune femme de mes amies, très liée également avec ma famille (…) Le traitement a abouti à un succès partiel », mais la malade n’a pas perdu tous ses symptômes somatiques. Et FREUD nous dit ceci : « …j’ai indiqué à la malade une solution qui ne lui a pas paru acceptable (…il ne dit pas laquelle, mais elle se déduit clairement de l’ensemble du texte freudien. Cette solution proposée, c’était de faire de la parole non pas seulement un acte thérapeutique, mais surtout un acte ). Nous avons interrompu le traitement (…) dit-il. Quelque temps après, j’ai reçu la visite d’un jeune confrère et ami ( il s’agit d’Otto ) qui était allé voir ma malade - Irma - et sa famille à la campagne ». Otto a dit à FREUD : « Elle va mieux, mais pas tout à fait bien. » - « …ces mots m’ont agacé reconnaît FREUD. J’ai cru y percevoir le reproche d’avoir trop promis à la malade (…)…Le soir même, j’ai écrit l’observation d’Irma pour pouvoir la communiquer en manière de justification à notre ami commun le Dr M… qui était alors la personnalité dominante de notre groupe. La nuit ( probablement vers le matin), j’ai eu le rêve suivant que j’ai noté dès le réveil. » …soit le rêve du 23-24 juillet 1895 de l’injection faite à Irma.



« Les rêves les mieux interprétés, nous dit FREUD ( dans l’interprétation des rêves ; PUF , page 446 ), gardent souvent un point obscur ; on remarque là un nœud de pensées que l’on ne peut défaire, mais qui n’apporterait rien de plus au contenu du rêve. C’est « l’ombilic du rêve », le point par où il se rattache à l’inconnu ». Ainsi FREUD constate t-il que l’analyse de chaque rêve converge vers un point d’unerkannt, un point d’inconnaissable, qu’il appelle l’ombilic du rêve.
Nous retrouvons abordé autrement chez LACAN, quelque chose de l’efficace de ce propos analytique freudien. Par exemple lorsqu’il nous parle ( séminaire XI ; Seuil, page 226 ) d’une interprétation dont l’effet est d’isoler dans le Sujet « un cœur de non sens ». Ceci ne veut pas dire, nous précise LACAN, que de manière générale l’interprétation soit non sens pour le Sujet, mais que : « ce qui est essentiel, c’est qu’il voie au delà de cette signification, à quel signifiant – non sens, irréductible, traumatique – il est comme Sujet, assujetti ».

A partir de cette aporie de l’inconnu, voire de l’insu, qui troue d’un point de réel l’univers du discours, FREUD dégage ainsi avec son ombilic du rêve un point essentiel à l’écriture de sa « traumdeutung ». Tout rêve, donc aussi le rêve de l’injection faite à Irma, s’analyse comme réductible nous dit-il aussi, à « l’accomplissement d’un désir ». C’est là une règle générale à partir de laquelle plus tard viendront lui poser question, sur le mode d’un défi intellectuel, un certain nombre de contre-exemples paradoxaux fournis par la clinique. Le rêve reste par FREUD ainsi analysable, mais d’autant plus encore, que de façon exquise, il ne l’est pas entièrement, analysable… Il n’est donc pas tout lisible, il y a un reste, et qui n’est pas sans lien avec le sens... C’est là aussi un point d’éclaircissement rendu possible très tôt chez FREUD à partir de la rencontre, ouverte avec et par le rêve, d’un réel perçu comme l’impossible à dire, la rencontre d’un réel à quoi pourrait répondre justement, avec l’acuité d’un point d’insertion de la parole dans ce réel, la définition freudienne possible de l’impossible même de cet ombilic du rêve : « un point d’inconnaissable » selon FREUD, par où se rencontre aussi bien une complaisance du Sujet pour sa propre jouissance, comme si cette jouissance était quelque chose dont il ne veut ou ne peut rien savoir de plus, quelque chose d’insu, d’impossible à dire, quelque chose dont, où, et par quoi l’ignorance elle même (du « signifiant qui ne veut rien dire » ) l’emporterait, et avec elle le Sujet parlant comme le hors signifiant de cette aphanisis. Citons FREUD à ce propos ( page 102 et 103 de l’Edition PUF de l’interprétation des rêves ). Lorsque, dans son analyse du rêve de l’injection faite à Irma, il s’aperçoit que, par le fait même de son désir dans ce rêve, il a remplacé sa malade Irma par la belle et intelligente amie de celle ci, il le formule ainsi : « Je trouve Irma sotte parce qu’elle n’a pas accepté ma solution. L’autre serait plus intelligente, elle suivrait donc mieux mes conseils. La bouche s’ouvre bien alors : elle me dirait plus qu’Irma. » (notons l’équivoque des termes : « la bouche s’ouvre bien » qualifié par FREUD de « double sens » ( page 294 dans l’interprétation des rêves – PUF ) C’est là dans le rêve une équivoque renforcée par le contexte de la résistance dite de type féminine que nous signale FREUD, mais aussi par le : « elle me dirait plus qu’Irma », qui situe bien un point signifiant d’articulation avec la libido, c’est à dire avec le désir , repérable dans la parole proférée dont participe un réel de la jouissance en tant qu’elle est liée au sens. C’est ce que LACAN nomme du terme homophonique de « j’ouis sens », et que l’on peut qualifier paradoxalement de réel du symbolique. FREUD dupe et non dupe à la fois de ceci ajoute dans une note en bas de page : « J’ai l’impression que l’analyse de ce fragment n’est pas poussée assez loin pour qu’on en comprenne toute la signification secrète. Si je poursuivais la comparaison des trois femmes,( la troisième étant sa propre femme alors enceinte…) je risquerais de m’égarer, nous dit FREUD. Il ajoute : Il y a dans tout rêve de l’inexpliqué, il participe de l’inconnaissable.» (unerkannt)
Dans son séminaire II, lorsqu’il commente le rêve de l’injection faite à Irma, LACAN fait référence à l’ombilic du rêve chez FREUD. A ce sujet, il nous parle du thème des trois femmes comme d’un point des associations du texte du rêve qui n’est « repérable qu’à lire dans son entier le texte où le rêve comme tel prend son insertion dans l’inconnu ». Sans insister sur le trio masculin déjà préalablement présent dans ce rêve ( Otto, Léopold et le Dr M, qui font échos combinatoires aux liens transférentiels avec les deux demis frères aînés de FREUD ainsi qu’avec son vieux père), LACAN poursuit par la référence associative aux trois femmes du rêve ( Irma la patiente, l’amie d’Irma plus désirable qu’Irma comme analysante potentielle, et la femme de FREUD alors enceinte). LACAN fait ici appel au « trio mystique », par lequel il cite « les trois femmes, les trois sœurs, les trois coffrets », de l’article de FREUD de 1913 (traduction française dans essais de psychanalyse appliquée – Idées Gallimard ), ceci pour nous avertir que pour FREUD le dernier terme de la triade dans ce texte, c’est tout simplement la mort.( dans le Séminaire II – Seuil ; page 189 ). Cela resitue incidemment pour nous cet évènement précis que derrière le rêve de l’injection faite à Irma, il y avait aussi l’histoire de la membrane diphtérique, venue faire rappel à FREUD de la menace réelle qui s’exerça sur la vie de sa fille aînée, Mathilde. FREUD avait vécu cette menace de mort sur Mathilde comme un châtiment possible du ciel, consistant dans l’application de la loi du talion en réponse au décès dont il fut responsable, causé par les effets toxiques alors inconnus d’un médicament : le sulfonal, qu’il avait malencontreusement prescrit à l’une de ses patientes prénommée Mathilde comme sa fille.


LACAN dès le début du chapitre de son séminaire II ( intitulé « les embarras de la régression »), nous rappelle que dans la traumdeutung, l’essentiel des considérations de FREUD porte sur « le mécanisme même du rêve, tout entier immergé dans l’appareil du langage dont il tisse un discours ». L’interrogation freudienne fondamentale que pose ici le rêve, tient en effet essentiellement en ceci qu’il est une « formation » de l’inconscient, c’est à dire une formation de l’appareil psychique dont le travail, comme nous le dit le LACAN du séminaire XI ( page 161), s’accomplit d’une « pulsation temporelle » de cet inconscient, à travers quoi se manifestent des scansions signifiantes. Ceci conduit d’ailleurs LACAN, dans ce même séminaire XI, à nous dire que « le désir, c’est l’interprétation elle même ». Et par la suite J.A. MILLER nous le formulera sur un mode encore plus radicalement opératoire quant au désir de l’analyste, en nous disant que « l’inconscient interprète » .
Dans son interprétation des rêves en effet, ce que FREUD nous indique comme analysable situe essentiellement « la formation » et « le travail du rêve » comme d’abord repérables dans un texte dont le récit commenté va bien au delà de la simple activité proprement nocturne du rêve telle que la saisit par son électroencéphalogramme la science médicale qui réduit le rêve au phénomène organique et physiognomonique d’une phase paradoxale isolée dans sa nuit. Devenu chez FREUD fait d’écriture,« le rêve de l’injection faite à Irma » introduit l’irruption énigmatique et momentanément éclairante de quelque chose d’autre, dont les effets de sens contextuels deviennent possibles à situer historiquement au delà d’une rencontre avec un réel organique univoque et consistant, où rien ne manquerait. Ce texte du rêve présentifie un fait de langage décentré par rapport au déroulement évènementiel physiologique du rêve et par rapport à l’ego du rêveur. Son écriture représente le paradoxal « réveil » du surgissement déplacé d’une vérité symbolique menteuse, bien qu’émanant de ce réel à quoi cette vérité s’articule sous une forme imaginaire, elle même visible comme déjà déplacée en effet par le travail du rêve, en des lieux où cette vérité ne peut en bonne logique que se montrer qu’effectivement déplacée, mi-dite, déguisée ou déformée, vêtue ou revêtue des attributs, sinon des oripeaux dont elle souhaite se parer, voire se ré-parer. LACAN nous dit que le rêve fait apparaître derrière leurs représentations de mirages imaginaires, les supports symboliques du langage, surgis dans leurs relations au discours comme des semblants toujours décentrés par rapport à l’ego du rêveur. Ces semblants ramènent FREUD par un travail sérieux d’écriture, à l’exigence d’une rigueur de lecture qui lui est imposée par l’aspect formel irrationnel de ce rêve. Or, ce rêve le renvoie implacablement au principe de la contradiction logique du sophisme du chaudron percé : « Le rêve ne peut en aucune façon exprimer l’alternative « ou bien, ou bien » nous dit-il ; il en réunit les membres dans une suite comme équivalents » constate t-il ( page 273 ). Les scènes hallucinées du rêve surgissent dans le temps vivant d’un sommeil dont le signifiant découpe et troue la « profonde » obscurité intemporelle. Au delà d’une simple inter-prétation du sens, FREUD dans sa traumdeutung pourra faire de ce rêve une lecture éclairée qui, pour d’autres rêves pourra plus loin encore aller jusqu’à la lecture littérale et homophonique de l’écriture d’un simple rébus : ( page 293 de l’édition française PUF, nous pouvons lire ceci sous sa plume ) : « la figuration dans le rêve n’est certes pas faite pour être comprise, n’est pas plus difficile à saisir que les hiéroglyphes pour leurs lecteurs ».


Alors la question : « Que dis tu de tes rêves? », nous paraît être l’envers de cette autre question plus pulsionnelle à laquelle s’articule la libido : « que disent, de ton désir, tes rêves ? ». Cette interrogation textuelle semble se produire notamment d’une injonction manifestée sous l’effet du transfert véritable d’un « désir de savoir », celui qui habite le Docteur FREUD. C’est un désir qui, dans ce rêve, sous tend une curiosité qui n’en reste pas moins ambiguë face au Docteur M. Celui-ci, nous dit FREUD dans le préliminaire de son écrit sur ce rêve, lui apparaît comme « la personnalité dominante » de ce groupe de trois médecins par rapport auquel FREUD est le quatrième. Le Docteur M nous est ici montré comme l’irréprochable et très envié Docteur à qui FREUD adresse son travail… L’interrogation justificatrice de l’écriture de ce rêve implique donc le rêveur analysant FREUD bien au delà du seul désir d’être reconnu par ses confrères comme un thérapeute valable et médicalement responsable de ses actes. Son désir d’analyste exigeait de lui qu’il en dise plus, et qu’il écrive à propos de ce rêve quelque chose d’autre qui questionne aussi son éthique plutôt que la seule déontologie médicale. Il fallait que ce « texte sacré », pour reprendre l’expression de LACAN, soit d’abord écrit par FREUD afin d’être tenu à la disposition d’un lecteur attentif mis ainsi en place d’analyste, et sous le contrôle de qui FREUD venait se placer en position d’analysant, pour écrire à l’adresse de cet Autre privilégié qu’est le lecteur, les arguments éclairants de son analyse. Car si le rêve, comme nous l’a enseigné FREUD, implique et nécessite la responsabilité du rêveur, ceci suppose que seul FREUD, rêveur analysant, pouvait prendre en compte l’énonciation du réel de la jouissance de son rêve : celle insensée et partiellement restituée qu’il lui restait à découvrir comme sienne, n’existant plus que par cette déposition écrite qui, dès le récit qu’il en trace, demeure aussi la jouissance de l’ impossible à dire qui s’en déduit.
Pris dans cette béance parlante d’une jouissance surgie entre vérité menteuse et savoir partiellement dit du sujet, le rêve, « voie royale » de la découverte de l’inconscient selon FREUD, exige donc qu’on le dise d’abord, soit que le rêveur accepte, à son actif d’assujetti du rêve, d’en parler à la première personne du singulier et à adresse cette parole à quelqu’un d’autre. Il en résulte que le rêve, qualifié par FREUD de « gardien du sommeil », revêt à ce titre « une dit…-mension signifiante » qui n’est cependant pas entièrement opposable sur un plan dialectique, ni à l’éveil d’une conscience conçue comme totalisante ou transparente, pas d’avantage à un réveil, ni au sommeil lui-même que le rêve n’est pas non plus, bien qu’il en ait la garde vigilante. Le rêve veille et surveille. Il relève ainsi de la jouissance pulsionnelle scopique de cette Autre scène, ainsi appelée par FREUD d’un ailleurs. Cette autre scène est aussi celle d’où s’interroge comme d’au plus près du rêveur paralysé moteur dans son sommeil, une jouissance hallucinante, intime et narcissique, qui touche au Réel extime du corps saisi hors de lui par le rêveur dans sa relation à l’Autre du signifiant auquel il advient comme en provenance d’un étranger.
Par là, tout n’est pas fixé dans le rêve. C’est dire que pas tout, (de la cause du désir du Sujet et de son objet ), est fixé dans le rêve freudien: S ( A ) .
Aussi puis-je me demander si le mathème lacanien du signifiant du manque dans l’Autre, ne désignerait pas, dans le rêve de l’injection faite à Irma, l’inédit qu’en a extrait FREUD à partir d’un point d’ombilic de la Jouissance de son rêve. Cette jouissance est peut-être à saisir, là où le peut-être des hypothèses de la psychanalyse naissante venaient faire coïncider conflictuellement sa « passion de l’ignorance » avec son « désir de savoir ».
Dans les processus préconscients de « la formation du rêve » telle que cette formation fut conçue dans la « traumdeutung » en termes d’investissement d’autant plus significatif que possible à mettre en relation avec la sexualité, rappelons que FREUD ( dans PUF – L’interprétation des rêves, page 505) oppose à « un courant de pensées « négligé » qui n’a pas reçu d’investissement, un autre courant. Celui là, « réprimé » ou « repoussé », est bien celui qui (après s’être déjà produit, c’est à dire avoir déjà eu lieu comme c’est le cas dans le mécanisme du refoulement des névroses de transfert ) a vu cet investissement lui être retiré ; mais tous deux, précise t-il, sont abandonnés à leurs propres excitations. »


« Le rêve de FREUD de l’injection faite à Irma : trou noir troublant » ?

Tel est le jeu de mots ambigu et l’intitulé à partir duquel j’ai commencé à rédiger cet exposé. C’est qu’à propos de ce rêve si particulièrement sexuel de FREUD, celui que dans son séminaire II LACAN a appelé « le rêve des rêves », mes impressions de lecture se sont d’abord portées sur l’articulation signifiante évocatrice de cette jouissance horrifique devant la gorge d’Irma, jouissance articulée à l’angoisse de « l’indicible » de ce rêve, une jouissance impossible à dire, mais que FREUD nous montre très liée à la dimension de la faute, au sens de ce qui fait défaut à.., d’un manquement à… Dans le discours qui a trait au récit du rêve, et dans l’analyse qui lui fait suite, il y a des moments précis en effet où FREUD se tait, des moments repérables comme des refus de dire. Il y a donc là des points de censure signalés par FREUD et des doubles sens. Il y a aussi des mi-dits, voire des interdits signalés par FREUD dans ce texte où le commentaire analytique qui l’articule à son contexte historique succède au récit du rêve. Ces « blancs » plus ou moins a-sémantiques mais repérables, car signalés par leur auteur à l’attention du lecteur, épinglent à propos de tel ou tel point qui peut sembler obscur ou scabreux, le désir interdit de FREUD, par celui de n’en dire rien de plus… Ces blancs silencieux articulent cependant une parole vraie adressée au lecteur dont ils requièrent l’attention. D’autre part, en réponse à la béance pulsionnelle figurée par la bouche ouverte et la gorge d’Irma, c’est bien ce branchement d’un réel de la mort et du sexe à l’Autre du signifiant qui confère ici à l’ombilic de ce rêve un sens sexuel patent émanant d’un impossible à dire. Centré sur cette béance, la séquence en deux temps du rêve réalise un nouage signifiant à partir duquel se décomposent en restes signifiés qui lui font traces, les triades symboliques qui construisent la scène inconsciente du rêve jusqu’à sa seconde acmé et c’est la condensation d’une Autre scène venue comme en réponse à la première. Dans son ensemble le rêve est vécu depuis l’ubiquité préconsciente grâce à laquelle FREUD se fait représenter par la foule immiscée des personnages successifs de son rêve, surgis par groupes de trois en plusieurs lieux bien défendus de son histoire. Ces triades structurales sont donc aussi celles, combinatoires, dont l’ultime métaphorisation vient apporter au rêveur, moins un mode satisfaisant de résolution qu’un paroxysme de tension resurgi dans une réponse terminale au reste identifiante et au demeurant angoissante : celle des groupements par trois de la formule de « la triméthylamine ». FREUD voit cette formule chimique « devant ses yeux, imprimée en caractères gras ». A ce propos, LACAN dans son séminaire II compare cette inscription hallucinée à l’écriture sacrée du Mané mané, Tecel, Phares, celle où la main de Dieu trace la sentence des termes assignés à la fin du règne de Nabuchodonosor en un message que seul le prophète Daniel sait lire. Dans le rêve de l’injection faite à Irma, il s’agit de la formule chimique précise qui identifie un produit de décomposition dont la présence, pour le médecin légiste d’alors, signait la preuve révélatrice d’une trace de sperme. LACAN, en retrouvant dans son séminaire II les traces écrites du précurseur analysant FREUD, y lira de A à Z, c’est le cas de le dire, l’articulation en chaînes de lettres dont se structure l’inconscient freudien. Dans ce rêve de FREUD de l’injection faite à Irma, l’inscription magique de cette formule fonctionne comme une véritable nomination de la jouissance mâle ici affirmée comme telle symboliquement par l’intermédiaire de la visualisation de cette formule chimique qui fait office de signature anonyme, après que le rêve ait désigné de façon équivoque dans la personne d’« Otto », le faux coupable de l’injection suspectée d’abord d’avoir été faite avec une seringue littéralement dite « pas propre »…
A la fascination horrifiée de la féminité, éprouvée par FREUD angoissé devant « la gorge d’Irma » comme face à la représentation identifiante de l’Autre sexe, répond cette exigence surmoïque qu’il lui faut, en tant que médecin, examiner les signes d’une infection transmise par la voie d’une « solution injectable » administrée avec une seringue « pas propre » : tout ceci n’est pas de lui, dit-il. La formule de la triéthylamine vient donc dans le rêve apporter une réponse symbolique qui opère à la manière d’un exorcisme de l’Autre jouissance, celle là perçue à l’opposé du symbolique comme innommable. Et cet exorcisme là de l’Autre jouissance, autrement dit cet exorcisme de la jouissance féminine, c’est l’interprétation elle même du rêve, inscrite sous la plume de FREUD dès sa description du rêve, qui en réalise le plaidoyer auto-justificatif, puisqu’il y inclut des allusions à ses échecs et à ses difficultés. Ce sont des allusions à usage interne précises et floues à la fois dont FREUD nous parle malgré l’interprétation auto-disculpante qui les masque et qui accompagne leur pudique désignation, pointée aux registres de l’abonné absent qui cherche néanmoins à s’en justifier sous la forme du plaidoyer absurde par lequel il réalise son désir. C’est un désir de rêve où s’accomplissent pour lui, mais comme pour les recenser, de beaux mensonges. Ils sont, de façon manifeste, faussement accusateurs des chers confrères dont il redoute le jugement de condamnation et qu’il appelle en même temps à la rescousse dans son rêve. Ces mensonges transférentiels véridiques prennent selon sa propre expression la forme contradictoire de ce plaidoyer qui ne trompe pas l’analyste FREUD. Mais l’interprétation ici parlée de sa Névrose de transfert le conduit tout au long de ce rêve, à un souci de maîtrise phallique qui s’équivaut au souci de la maîtrise du signifiant. L’interprétation de ce rêve sous transfert le conduit donc à se maintenir dans l’impasse transférentielle du roc de la castration d’autant plus considérée ultérieurement par lui comme indépassable que saisie dans sa référence méta psychologique au seul mythe d’œdipe. Le rêve de FREUD de l’injection faite à Irma , à travers les mirages qui s’y déroulent, fait écran en première approximation, et sa fonction inefficace est aussi d’empêcher FREUD de répondre de ses difficultés d’alors. Cependant, le plaidoyer qu’il y découvre est celui ambivalent de son désir ainsi devenu repérable : celui ambivalent de se rendre compte et en même temps de ne pas se rendre compte de ses propres échecs d’alors qu’il relie en les énonçant à son positionnement non encore abandonné de médecin et de psychothérapeute. Mais ce rêve lui offre aussi et surtout l’occasion historique de s’apercevoir qu’il est le premier analyste à découvrir le sens de son rêve. C’est pourquoi ( page 194 du Séminaire XI ), LACAN insiste sur le caractère dramatique de cette découverte par FREUD entre 1895 et 1900, du sens du rêve, période d’élaboration de la traumdeutung, ouvrage auquel FREUD a voué une affection toute particulière. LACAN cite la fameuse lettre 137 à FLIESS , où « FREUD terriblement sérieux » suggère qu’on commémore ce rêve par la plaque : « Ici le 24 juillet 1895 le Docteur Sigmund FREUD trouva le mystère du rêve ». Dans la lettre 138 suivante, on lit : « En ce qui concerne les grands problèmes, rien n’est encore décidé. Tout est flottant, vague, un enfer intellectuel, des cendres superposées, et dans le tréfonds ténébreux se distingue la silhouette de Lucifer Amor ». Au delà de la réponse à l’interrogation freudienne que constitue ce texte du rêve de l’injection faite à Irma, il reste accessible à notre lecture et nous restitue par l’authenticité de sa parole, le style de quête analysante d’un FREUD on ne peut plus faustien, écartelé entre vérité et savoir. Nous y retrouvons son écriture toujours vivante dans la fraîcheur de son dire. C’est pourquoi ce rêve m’a paru « élateur» autant que révélateur. Mais il demeure un rêve angoissant, car au delà du Sujet face à sa rencontre avec l’Autre Sexe, le rêve de l’injection est porteur de ce questionnement fondamental qui met en perspective ce qu’il reste au parlêtre (et non plus au Sujet ) à symboliser de sa propre castration, en la réalisant dans les défilés d’une parole à venir, consentie à partir de l’impossible à dire de sa jouissance.
Le rêve phallique de « la solution injectable » constitue une réponse masculine typique de l’Un à la jouissance Autre, celle aussi dont l’analysant FREUD ne veut et ne peut rien alors dire de plus en tant qu’analyste, mais que son rêve interprété jusqu’à l’ininterprétable lui permet néanmoins de beaucoup mieux cerner. Ce rêve remplit ainsi et d’abord pour FREUD la véritable fonction symbolique d’un exorcisme de la jouissance féminine, exorcisme à entendre au double sens de la définition qu’en donne le petit Robert. Cette définition de l’exorcisme est la suivante :

- pratique qui vise à chasser les démons du corps du possédé à l’aide de formules, de cérémonies, ou de rituels. (ici la formule est celle de la triméthylamine !…)
- ce qui chasse un tourment ou une angoisse.

L’angoisse ici restera le gardien vigilant du questionnement singulier de ce par quoi le Sujet, en fin de compte excédé par les incohérences de sa parole, peut commencer à se donner quelques chances de pouvoir s’accepter comme parlêtre.
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