Transvestisme et transsexualisme


L’actualité journalistique et littéraire foisonne aujourd’hui d’un questionnement sur ce qui se nomme le « transgenre ». Dans un livre, paru aux Etats-Unis et intitulé « le mouvement transgenre. Changer de sexe », l’auteur Pat Califia nous propose une étude très dense sur la transsexualité et la dysphorie de genre au XX° siècle. A partir du constat selon lequel nous comprenons si peu à la sexualité qu’il est prématuré pour quiconque de prétendre faire autorité, il souligne le profond malaise que le conditionnement par la société des rôles sexuels occasionne pour lui et il reprend une thèse selon laquelle le genre n’existe pas, ce n’est qu’un concept social. Thèse qui laisserait entendre que la transsexualité, associée à l’orientation sexuelle telle que nous la connaissons, serait un artéfact du système patriarcal amené à disparaître avec l’oppression du genre et la discrimination homophobe ? Si c’était le cas, par qui serait remplacé notre système unique des deux genres ? Telle est la question qui découle de ses réflexions.
L’acte ne fait pas la structure, ce qui nous enseigne c’est le dit du sujet, que ce soit dans le temps d’avant l’acte ou dans son après-coup. Ce dit nous enseigne sur plusieurs points : sur ce qu’il en est de cet acte, passage à l’acte ou acting out, s’ils adviennent au cours d’une cure analytique ; sur la place que prend ou qu’à pris cet acte dans le parcours du sujet et aussi, soulignons-le sur la structure du sujet.
Ce qui est en jeu c’est, l'interrogation du sujet face à l'énigme de la sexualité, cette énigme fondamentale, prend des tours différents selon la structure. A certains moments de son parcours, le sujet élude, voire évite cette question. A sa place apparaissent des conduites qui en dehors d'une analyse resteraient complètement tues, enkystées, incompréhensibles. C'est souvent l'embarras que provoquent ces conduites, qui amène le sujet en analyse. Un sentiment de honte accompagne fréquemment ses révélations. Cet affect signe une fixation de jouissance.
C’est à partir d’une conduite : le travestissement, que nous vous proposons de spécifier ces différents termes : transvestisme, transsexualisme ainsi que passage à l'acte et acting-out en nous employant à cerner ce qu’il en est de la structure de ces patients : psychose, névrose ou perversion.
Reprenons ceci : le comportement ne dit pas la structure, l'acte ne fait pas la structure, on ne peut s'instruire d'une clinique du regard. Il s’agit d’analyser au cas par cas, les conditions de l'apparition de l'acte au travers des dits du sujet. Mais de quoi s’agit-il, qu’est ce qui fait énigme pour le sujet concernant la sexualité ? La découverte freudienne fait réponse à cette question : c’est la castration. La signification de la castration. La voie que chaque sujet va emprunter face à cette rencontre avec le réel sexuel, que ce soit celle du déni, de la dénégation ou de la forclusion. Cette approche nous permet de poser à quelles conditions le traitement de la question du sujet est possible. Cette question se conjugue avec son rapport à l'Autre féminin.

La lecture des "mémoires de l’abbé de Choisy habillé en femme" offre dans la littérature un cas de transvestisme. François-Timoléon de Choisy (1644-1724) vécut à la cours de Louis XIV, son témoignage permet de poser que transvestisme et transsexualisme sont deux termes qui ne se recouvrent pas. En ce qui concerne les intrigues de ce Monsieur Fanfreluche on est en présence d'une perversion. "Elle lui servait, dans l'imaginaire, de réponse-passage à l'acte à une question symbolique jamais explicitement posée". Le jeu, la mise en scène à sa façon, la réactualisait.

Nous abordons dans cette présentation deux cas cliniques :
Celui d’un homme d’une trentaine d’année, marié et père de trois enfant, qui face à la jouissance qui envahit son corps décide de s’habiller en femme et d’éprouver ce qui se produit dans le regard de l’autre. Il décrit la mortification qui l'envahissait quand sa mère le forçant à faire de la danse, il devait enfiler des bas de femme. Il révèle alors comment, aujourd'hui ce même comportement, mettre des bas de femme ou s'affubler de jupe de talons et de soutiens gorges lui procure une jouissance débordante. Il accompagne d'un geste de plaisir ce qui advient pour lui dans son corps, ce phénomène de corps qui l'envahit et le subjugue. Cependant il ne peut supporter ce qui l'accompagne : son membre qui se raidit. La présence de son phallus érigé le dégoûte. Il acquièrent alors la certitude de la nécessité absolue de sa transformation en femme. Il décide d'entreprendre des démarches pour se faire épiler définitivement, avoir une poitrine qui se développe et parvenir à se faire castrer chirurgicalement. L'intervention, la castration dans le réel, est ce qu'il veut réaliser. La question que nous posons est : Comment accompagner son délire et éviter ces passages à l'acte ?

Celui d’un jeune garçon qui dès l’age de 7 ans soutient qu’ il aurait aimé être une fille. De prime abord, il semble que ce cas correspond à un « Transsexualisme primaire » tel que Stoller le définit dans ses écrits : « Masculin ou féminin ?. Dans la cure, au moment où l'analyste interroge son choix, lors d'un jeu avec des cousins, de se déguiser en vieille femme, son déterminisme choit. Il déclarera dans la séance suivante : "je ne veux plus être une fille". Il décidera alors de jeter les accessoires, entre autres, une perruque de cheveux longs naturels qui lui servaient à se déguiser en fille. Cette aspiration a être une fille pourra alors se décliner et son point d'encrage se révélera pris dans un fantasme névrotique. Ce qu’il tentait de récupérer c’est une jouissance dont sa petite sœur aurait eu l’exclusivité, dans un rapport à un adulte pervers.

Ce qui se déduit de ces deux cas c’est que le trait de perversion est transstructural, il est actif dans la psychose, la névrose et la perversion. Il s'inscrit en un point de non symbolisation où le sujet pris au dépourvu, face à la jouissance, a recours au même processus de Verleugnung, démenti que celui rencontré dans la perversion. Il s’agit d’en déplier les coordonnées et de repérer la façon dont il vient surseoir à la problématique de la castration du côté du délire ou de la construction d’un fantasme. L'étude de ce trait de perversion nous permet aussi de suivre le parcours de l'objet regard et l'articulation de cet objet dans le fantasme : "Être en train de regarder une scène, se faire regard". La position du sujet se révèle alors.
Par ailleurs l’approche de ces cas nous permet d’envisager l’orientation du travail analytique, sa visée dans le traitement du réel traumatique, du réel sexuel.

En haut En bas