F. HACCOUN: Entretiens préliminaires


- « Il n’y a pas d’entrée possible dans la psychanalyse sans les entretiens préliminaires » (le savoir du psychanalyste, Lacan, Entretiens de St Anne, 2/12/71)

C’est dans cet enseignement oral, et assez tardivement que Lacan attire l’attention des entretiens préliminaires. Ceux-ci ne sont pas consultations ou entretiens préalables mais véritablement, comme il le souligne dans « ou pire… » dans la leçon du 21/06/71, ce qui est important c’est la « confrontation de corps », c’est de là que cela part, cette rencontre de corps car à partir du moment où on entre dans le discours analytique il n’en sera plus question.
L’ entretien préliminaire, comme Lacan le souligne également dans ce séminaire « ou pire… » ( leçon du 15/03/72), est la première approche ou se constitue « l’os du dialogue », dialogue discutable pour Lacan mais dialogue sur fond de présence humaine.

C’est avec un vif intérêt que j’ai pu lire le texte de M.H Roch, AE de l’ECF parue sur Ornicar – digital du 21/12/01 et où elle cite les entretiens préliminaires.
Je cite.
« La partie qui s’engage est un jeu sérieux . Il faut encore que l’analysant y consente, il appartient à l’analyste d’en donner quelques prémices. C’est à quoi serviront les entretiens préliminaires, outil lacanien, où l’analyste prend le temps qu’il faut pour écouter la plainte du sujet et, sous la plainte, l’appel à l’être au moment où celui-ci vient lui demander son aide. Il évalue l’implication du sujet dans l’analyse, il souligne la part que celui-ci a prise au désordre du monde qu’il dénonce, il cherche à « rectifier » la position victimaire de l’analysant. Ces entretiens serviront à situer les données d’un problème qui ne cessera pas de se dire tout le temps de son développement, ainsi qu’une journée qui commence et qui dure jusqu’à ce qu’elle soit finie, pour paraphraser Claudel… »

Je retiendrais dans ce texte trois propositions clés que je vais tenter de déplier.
C’est à l’analyste, dépositaire de l’adresse qu’il appartient de :
1. – Faire que l’analysant potentiel consente à ce « jeu sérieux »
2. – Ecouter la plainte du sujet ainsi que sa demande, et ce, le temps qu’il faut.
3. – Evaluer l’implication du sujet dans l’analyse afin de « rectifier » sa position subjective, depuis l’entrée jusqu’à la fin de la cure.

Si on parle de préliminaire, cela suppose qu’il y ait un avant et un après soit un seuil, un pas à franchir entre un en-deçà et un au-delà de la demande, demande prise entre le vouloir et le désir. Le vouloir, du côté de la volonté serait connecté à la jouissance, la demande déjà articulé au désir, comme ce qui prolonge le désir, dans les mailles du transfert.
La volonté, seule peut faire barrière à la demande alors que toute demande, qui s’adresse à l’autre par l’usage de la parole, du signifiant, est déjà orientée vers le désir.

Esthela Solano Suarez dans un article du dernier numéro de la C.Fr (n°49, « l’obscur de la jouissance ») pose les incidences de l’expérience analytique à l’égard de la volonté dans son rapport au désir, articulé autour du mot de Lacan, « que le sujet est appelé à renaître pour savoir s’il veut ce qu’il désire… » Il y a embrouille, impasse même entre volonté et désir, désir en éclipse, voire parfois vacillant du sujet.
Cette première rencontre avec un analyste met à l’épreuve le désir du sujet à poursuivre dans la voie signifiante ou à vouloir plutôt que ça continue, soit ne rien lâcher de sa jouissance.

Lacan, dans ses conférence et entretiens dans les universités américaines (Scilicet 6/7 p32) annonce en parlant des patients « qu’il s’agit de les faire entrer par la porte que l’analyste soit un seuil qu’il y ait pour eux une véritable demande…cette demande : qu’est ce dont ils veulent être débarrassés ? un symptôme…j’essaie que cette demande les force à faire un effort… » et ajoutera « être débarrassé d’un symptôme, je ne leur promets rien »

D’où les difficultés posées pour saisir les articulations que constitue une demande, l’un des enjeux de ces entretiens préliminaires. Cette demande « véritable » est selon Lacan différente d’une demande de guérison pure et simple afin que le symptôme dans son versant « plainte » advienne à se saisir comme symptôme analytique c’est à dire comme le souligne Herbert Wachsberger (Ornicar 33, avril-juin 85) « en passe d’attester le sujet par le fait d’une préalable ouverture à l’Autre », ouverture qui ne s’apprécie que par rapport au transfert soit la prise du symptôme dans le transfert, autre visée incontournable des entretiens préliminaires. Ce temps est variable pour que se noue quelque chose de particulier qui permette la mise à l’œuvre du travail de l’inconscient. Pour cela Il importe que l’analyste se fasse le dépositaire de la souffrance du patient.
C’est dans la « technique psychanalytique » que Freud énonce les conditions pour que, de l’analyse il y ait et particulièrement ch IX « le début du traitement de 1913. Pour Freud le devenir psychanalysant n’est jamais joué d’avance c’est à dire que seule la rencontre de tel patient et tel analyste ne peut suffire à parler de psychanalyse.
Cette entrée dans le dispositif analytique s’il ne va pas de soi représente un enjeu véritable que Freud assimile au jeu d’échecs .
« Celui qui tente d’apprendre dans les livres le noble jeu des échecs ne tarde pas à découvrir que seules, les manœuvres du début et de la fin permettent de donner de ce jeu une description schématique parfaite… »
Freud y donnera quelques règles sur le début du traitement, règles ou plutôt « conseils ». La référence à la manœuvre stratégique du début indique déjà la direction de la cure. Freud ne parle pas d’entretiens préliminaires mais de « traitement d’essai », « d’essai préliminaire » qui possède l’avantage de « faciliter le diagnostic ». Dès, ces 1er entretiens, Freud fixe les modalités de la partie : l’argent, le temps, le nombre de séances (par exemple pour connaître la durée du voyage, il faudrait connaître le pas du voyageur).
Il s’agit d’attirer l’attention sans effrayer le patient sur les difficultés de la psychanalyse et sur les sacrifices qu’elle impose, soit faire qu’il y ait vraiment consentement du patient à devenir sujet de l’inconscient. Pour Freud encore la question de l’interprétation est soumise à une condition essentielle : « abordons maintenant une question essentielle, celle du moment où nous devons commencer à interpréter les dires du patient. Quand est-il temps de lui dévoiler le sens caché de ses idées et de l’initier aux hypothèses et aux procédés de l’analyse. Voici notre réponse : « pas avant qu’un transfert sûr, un rapport favorable aient été établis chez le patient… » ( p99).
Les entretiens préliminaires visent donc, aussi à s’assurer du transfert et de son ancrage..
C’est l’entrée en fonction dans le dispositif du sujet supposé savoir. Dans sa proposition de 67 (scilicet 1 p 19), Lacan, énonce que « le sujet supposé savoir » est pour nous le pivot d’où s’articule tout ce qui l’en est du transfert… » Ce sujet ne suppose pas dira Lacan, il est supposé, supposé par un autre sujet, supposé par le signifiant qui le représente pour un autre signifiant, signifiant quelconque prélevé sur l’analyste qui lui assigne dés lors la particularité de la supposition de savoir.
Comment ce signifiant du transfert se manifeste-t-il ? H.Wachsberger (ornicar 33p 18 19) nous le montre :

Par un effet de surprise du patient, surprise devant, par exemple un trait de comportement passé jusqu’alors inaperçu tellement il était familier et qui soudain sonne aux oreilles du parleur comme étonnement dénué de sens, surprise qui, par l’opération transférentielle vient faire butée, achoppement…marquant l’entrée dans l’analyse mais seulement dans l’après-coup de son repérage par le sujet…
Dans « la direction de la cure »Lacan montre comment Freud commence à introduire son patient, l’homme aux rats, à un premier repérage de sa position dans le réel, comment par une interprétation hardie mêlé d’intuition- chez le névrosé obsessionnel la fonction de l’autre ne peut être tenue que par un père mort – il ordonne la cure « selon un procès qui va de la rectification des rapports du sujet avec le réel, au développement du transfert, puis à l’interprétation » (les écrits p598) chez Freud, dit Lacan, cette rectification subjective est didactique et part des dires du sujet…
Dans l’article de référence de 1937 « construction dans l’analyse » (résultats, idées, problèmes, II page 269) ». Freud souligne le lien étroit entre travail préliminaire et construction. En assimilant dans un premier temps l’analyse à l’archéologue tel celui qui déterre une demeure détruite ou un monument du passé, les distinguera dans un deuxième temps en précisant que l’objet psychique est incomparablement plus compliqué que l’objet matériel de l’archéologue. Si pour ce dernier, la reconstruction est le but et la fin de son effort, pour l’analyste « la construction, n’est qu’un travail préliminaire… » construction équivaut pour Freud aux interprétations et à leurs effets…Ces constructions n’auront comme valeur qu’une supposition qui attend examen, confirmation ou rejet dans la poursuite de l’analyse.

Je vais maintenant saisir, dans le travail avec un sujet que je reçois depuis environ 10 mois les moments de bascule, perceptibles, par les remaniements qu’ils provoquent dans la dialectique que ce sujet à mis en place dans ses rapports au monde. Comment certaines interventions et interprétations ont opéré une transmutation dans son discours, un vacillement sur sa position subjective et sur la question de son rapport avec l’Autre soit de son désir, si on reprend la définition que Lacan nous enseigne, « que le désir, c’est le désir de l’Autre » . Comment enfin ces renversements dialectiques amèneront le sujet à prendre en compte la part qu’il prend dans le désordre dont il se plaint et ouvriront sur le transfert, les étapes de cet enjeu dans le travail d’orientation lacanienne se soutiennent des entretiens préliminaires. De ces renversements dialectiques, Lacan dans « intervention sur le transfert (les écrits, p 218) précise à propos de l’analyse que Freud fait de Dora « il s’agit d’une scansion des structures où se transmute pour le sujet la vérité, et qui ne touchent pas seulement sa compréhension des choses, mais sa position même en tant que sujet dont sont fonction ses « objets »

Déplions maintenant le cas clinique en l’articulant avec les quelques points théoriques que je viens de présenter.


Présentation :

« Tu ne peux pas comprendre, c’est ce qu’il me répète sans cesse… »
Mme X, 28 ans, institutrice me rencontre pour l’insupportable que lui procure ce qu’elle appelle « l’alcoolisme de son conjoint, évoquant son dégoût pour l’alcool. Dès cette première rencontre elle nomme ce qu’il en est de son mode de rapport à l’autre, soit ce qui fait répétition dans sa vie et qui écrit sa lettre de jouissance : « je suis impuissante quand il est dans cet état, je n’y comprend rien… » Mme C compte les jours où il boit, ceux où il ne boit pas, compte les verres, chiffre précisément les temps d’abstinence et ne le supporte plus. « Cela ne peut plus durer… » telle est sa plainte, sa souffrance, soit ce qui l’angoisse. Se sont produits, à trois reprises des départs venant d’elle mais Mme C…revient à chaque fois. Construisons ces temps qui ne sont pas sans rapport avec sa demande adressée à l’Autre :
- Soit c’est lui qui le lui demande
- Soit c’est quand elle se rend compte qu’il va mieux car il fait un travail sur lui. Son conjoint, en effet rencontre une analyste depuis quelque temps. C’est elle qui m’à adressé Mme C.
L’un de ses départs s’est produit, par exemple, alors qu’elle était enceinte (elle à une fille de 18 mois aujourd’hui…et devait se marier. Elle a annulé le mariage et est partie vivre chez des amis…
Je mis fin à cette 1ère séance par un « vous êtes donc dépendante de son alcoolisme ».
Cette scansion aura comme effet un décollement de l’imaginaire et l’ouverture à d’autres signifiants de son histoire associés d’effets et d’émotion intense. Pleurs, sanglots seront les manifestations de ses affects .
Mme C reconnaît très vite qu’elle est fragile, sensible et que si elle vient me voir c’est pour elle…que sa première demande, se dégager de l’alcoolisme de son conjoint ne venait que recouvrir la question de son être.
Sa vie sexuelle selon ses dits est plutôt calme et monotone . Ses rêves sont des rêves de relations sexuelles avec d’autres partenaires, différents de son conjoint, elle en dira qu’elle ne peut faire de comparaison, qu’elle ne sait pas comment cela se passe ailleurs… « Parler de sexualité je ne me sens pas à l’aise, je n’y arrive pas ».
La relation avec ses parents est abordée sur un mode nostalgique alterné par des pleurs. Son père lui « donne plus de câlins »… Il buvait lui aussi mais cela ne « se voyait pas ».
Avec sa mère, sa demande d’amour ne trouve jamais de satisfaction : son père, alors qu’elle était en seconde à eu une relation extra conjugale avec une jeune femme, une rupture familiale a suivi où là elle vivait « seule » avec sa mère.
« Il n’aimait pas ma mère… » dira t’elle sans vouloir en savoir plus, faisant le choix du recouvrement sur cette question…
« je me sens bête », « je ne comprends pas », « je ne suis pas intelligente » signifiants qui la désignent, la nomment, signifiants maître qui écrivent sa jouissance. Comme l’a montré J.A.Miller (la cause Fr. n°47) en parlant des marques de paroles. « quand le sujet est absorbé par sa marque, il ne s’en distingue pas…S1 est cette marque qui commande, à laquelle le sujet est identifié, identifié dans l’autre » Je me sens bête est le signifiant identificatoire qui soutient sa jouissance.
Son compagnon, elle le décrit comme plutôt vif et intelligent, la poussant toujours par le haut pour qu’elle réussisse là où elle a tendance à vouloir renoncer.
Inhibitions, doutes et interrogations sur sa valeur sont les modalités qu’elle utilise pour asseoir sa plainte et la position victimaire de sa vie. Jusque là, la fenêtre de son fantasme à travers laquelle elle voit le monde se soutient de ce symptôme d’impuissance, de moins que rien. Mais, se dont elle se plaint, elle en jouit…
Plusieurs séances vont être consacrées à des identifications idéalisées avec d’autres femmes avec qui elle se sent en rivalité, miroir de son moi, situées sur l’axe imaginaire a-a’ :une amie, une cousine, toujours « plus » qu’elle… le « moins » pour Mme C ne cesse pas de s’écrire, définition de la nécessité du symptôme promu par la répétition.
Mme C, au travers des dépliés de ses signifiants, pourra percevoir la relation ravageante avec l’autre femme incarnée par ces personnages féminins qu’elle évoque. Une ancienne collègue a eu un accident de voiture. La perceptive de la rencontrer à l’hôpital lui est excessivement difficile.
la transformation physique, l’évocation de voir le corps malade et souffrant lui sont insupportables. « J’imagine être à sa place, je me vois en elle… » ses paroles laissent entrevoir le rapport entre son moi et son image, le corps déchu par la déformation physique fait tenir l’image… « J’appréhende, je ne supporterais pas de voir çà… »
Identifié à ce corps déchet, souffrant, soit à l’objet (a) , la médiation symbolique que constitue la séance cherche à écarter le ravalement, l’écrasement, l’engluement imaginaire…

« Que représente cette femme pour vous ? » lui dis-je.
Cela produit en elle une coupure symbolique presque radicale sur l’envolée imaginaire et de ce fait, l’apaise…
Elle se dit « un peu changée » depuis qu’elle vient « depuis que je discute ici… » dit ne plus vouloir se laisser « dominer par les autres, sa belle mère, sa belle sœur avec laquelle elle est en « conflit endormi »

1ère Scansion

A la séance suivante elle commence par m’annoncer qu’elle souhaite interrompre les séances…La question de l’argent est mis en avant, elle doit faire attention à ses dépenses.
Sans peser la portée de mon intervention qui dans l’après coup révélera être un acte de ma part, je lui demande si son compagnon continuant ses séances. « Lui, oui, il s’organise il travaille pour cela… »
A cela je lui pointe « Alors vous vous renoncez ? » Le signifiant « renoncement » est précisément son symptôme dans ce qu’il à de plus réel…
Renoncer elle l’a toujours fait et, recouvert par des pleurs qui donnent vrai, Mme C vient décliner que oui, c’est toujours elle qui renonce, tel est l’énoncé de son fantasme : elle renonce à ses loisirs , elle a renoncé à un stage qu’elle voulait faire, pour son concours elle a voulu renoncer plus d’une fois, si ce n’était son compagnon qui ne l’avait soutenu… « je réalise que j’ai besoin ici de venir ici, que je vais m’arranger pour continuer … « je réalise que je fais toujours la même chose… »
Par cette dialectique signifiante, quelque chose a vacillé chez Mme C. Lacan dans le séminaire IX.nous dit « qu’il n’y a de cause que de ce qui cloche…c’est la définition de l’inconscient freudien … « … » « entre la cause et ce qui l’affecte, il y à toujours la clocherie ». Pour Lacan « l’inconscient nous montre la béance par où le névrosé se raccorde à un réel. Dans cette béance, il se passe quelque chose » (p30 Sem XI) Que s’est-il passé là pour Mme C ? C’est précisément par la faille, la béance produite par son inconscient que la surprise est née, que le vacillement s’est produit, qu’un renversement à opéré en elle qui lui a fait dire « je suis venue vous dire que je ne reviendrai plus, je vous dis à la semaine prochaine ». Et Lacan de poursuive eu évoquant la recherche de Freud « Qu’est ce qu’il trouve dans le trou, dans la fente, dans la béance caractéristique de la cause, quelque chose de l’ordre du non- réalisé » dira-t-il plus loin de « non-né ». C’est bien pour Mme C ce qui s’est produit-achoppement et surprise, même trouvaille, celle qui se présente dans le hic et nunc de la séance, retrouvaille plutôt qui est toujours prête à se dérober à nouveau, instaurant alors la dimension de la perte.
C’est la discontinuité de l’inconscient qui s’ouvre au sujet de l’énonciation en tant « qu’il se perd autant qu’il se retrouve » Pour Mme C, prise dans le lien transferentiel, s’est produit par cette vacillation, une tuché en tant que « rencontre du réel » rencontre venant faire « accroc » à l’automaton de sa répétition de jouissance soit sa compulsion à renoncer.
Pour Lacan, l’inconscient c’est la discontinuité, il a une structure qui se construit dans un battement de fente, dans la fonction pulsative. Il est, en acte cette coupure temporelle où se construit toujours dans l’après coup « c’était oublié », « tout, ce qui, un instant, apparaît dans sa fente, semble être destiné à se refermer… à se dérober, à disparaître… »

2ème scansion

Elle revient et reparle du « choc » que produit en elle l’accident de sa collègue. Le regard porté sur le corps « déformé », recouvert de perfusions semble l’effrayer autant que la fasciner « je n’ai pas reconnu ce que j’avais connu… » n’est ce pas au travers de cette identification imaginaire à cette collègue dans le réel du corps que Mme C ne se reconnaît pas, mais se reconnaît aussi produisant un effet d’inquiétude étrangeté face à ce regard porté sur le corps « déformé ».
Ce qu’il y à de plus intime en nous apparaît comme le plus étranger, le plus extime.
M-J Asnoun’(la cause fr. n°4 dans un texte « l’intime, l’extime,le psychanalyste » nous dit concernant le symptôme : « il y a une face intime du symptôme qui mute en une face extime…La dimension extime s’inscrit lorsque le sujet peut resserrer sa plainte en un symptôme, symptôme analytique… »

3ème scansion

Quelques heures avant le rendez-vous suivant, Mme C me téléphone pour le décommander. Un accident est survenu. Elle a glissé d’un escalier portant sa fille (18 mois) aux bras, chaussée de pantoufles alors que cet escalier est connu comme glissant…Sa fille à une fracture du bassin, elle, quelques contusions sans gravité. Que s’est-il produit là? Accident, passage à l’acte ?L’idée même d’un acting out m’a spontanément traversé mais si c’est le cas, l’acting out étant ce qui se produit dans le réel, en tant qu’adressé à l’Autre… « c’est le signe quand même qu’on en empêche beaucoup dira Lacan dans le séminaire. « L’angoisse (leçon du 23/1/63) Que n’aurais-je pas entendu alors ?
Soumettant ce cas en contrôle, rien ne pouvait faire penser à un acting out il fallait plutôt laisser le sujet déplier les coordonnées subjectives de ce qui lui est arrivé , les questions étant de savoir ce qu’il eu est de ce qui constitue sa jouissance Lacan, dans « Encore » p81, nous le propose « Si l’inconscient nous ce appris quelque chose, c’est d’abord ceci, que quelque part dans l’Autre çà sait. Ca sait parce que çà se supporte justement de ces signifiants dont se constitue le sujet ».

Mme C, à son retour cherche à donner du sens à l’accident, tâtonnant, posant des hypothèses dans une dialectique de cause à effet. Les coordonnés en sont les suivantes :
- L’opposition à sa belle-mère, qui elle est toujours très vigilante quand elle descend l’escalier avec l’enfant.
Ce serait , dit-elle, réactionnel face à elle.
Une tension extrême s’est produit à l’école alors qu’on aurait dévalorisé une tata ,et qu’elle ne l’a pas supporté – sa propre mère était cantinière, elle même à fait des boulots de « moins que rien ». cette identification imaginaire à l’autre déchet constitue pour elle même la réel de jouissance
Je lui livre alors:
« oui, mais vous portiez tout de même votre fille dans les bras »
Mme C reste sidérée, telle un moment de vertige qui la fait vaciller à nouveau
J’étais sur le point de la coucher (j’entends « accoucher) et reprend ce signifiant dans son équivoque
« vous étiez sur le point de l’accoucher ? »
Il lui revient alors quelque chose qui s’est produit quelques jours auparavant.
Sa petite fille venait d’acquérir la propreté à la crèche et dira-t-elle « en dehors de sa présence, avec d’autre que moi, je l’ai mal vécu…oui, ajoutera t’elle on est tombée toutes les deux …quand elle à marché par contre j’étais présente… »
Je lèverai la séance à ce point. Point vérité pour elle en lui proposant cette l’équivoque signifiante « alors, c’est une question de lâcher et retenir ».
Reprenons cette scansion qui sera précisément le point fort de ce que Lacan nomme la « rectification subjective » chez Mme C et mettra en œuvre un nouvel enjeu pour son symptôme, symptôme qui, articulé au transfert, prendra là à mon sens la modalité de symptôme analytique.
Parlant du rapport de l’enfant à la mère, dans le séminaire. « l’angoisse » de la leçon du 23-1-63 Lacan insiste sur la prudence à poser l’étiquette de mère phallique. Mais si vous avez à faire à quelqu’un qui vous dit qu’à mesure qu’un objet lui est précieux, inexplicablement, elle sera atrocement tentée de ne pas, cet objet, le retenir dans une chute…et que l’enfant le plus aimé est justement celui qu’un jour elle a laissé inexplicablement tomber…alors là, vous pouvez faire l’identification de ce qu’il convient d’appeler une mère phallique.
Quelle est alors là la place de l’enfant et qu’est ce que Mme C à mis en acte de sa jouissance dans cet évènement ?
Pour y répondre, je relèverai la phrase de Lacan dans le séminaire « encore », p36 : « à cette jouissance qu’elle n’est pas toute (la femme), c’est à dire qu’il à fait quelque part absente d’elle même, absente en tant que sujet, elle trouvera le bouchon de ce (a) que sera son enfant ».
Identifiée à l’enfant phallus et par ce laisser tomber de son propre enfant, objet a, Mme C à rejoué ce qu’il en est de sa position de jouissance et revit quelque chose d’elle même dans son rapport à sa propre mère : être le phallus qui manque à l’Autre à qui elle adresse, via le transfert sa demande d’amour.

Les dernières séances.

L’édifice qui faisait tenir ses identifications imaginaires commence à trembler, il ne tient plus aussi fort.
Mme C durant les dernières séances amène ce qu’elle a pointé de sa vérité de sujet. « J’ai mis le doigt sur pas mal de choses d’inconscient. Je ne me rends pas compte que c’est inconscient, cette grande fusion que j’ai avec elle, elle y est…
Je suis consciente qu’elle grandit et en contre partie, j’ai pas envie de cela… »
Mme C, par ces effet de réel continue à dérouler les signifiants qui la représente pour les autres signifiants. Pas n’importe quel séquence advient juste après : elle me confie qu’elle suce son pouce pour s’endormir c’est le secret qu’elle n’a jamais livré à personne… « le pouce c’est l’intermédiaire pour me donner ce que je n’ai pas avec quelqu’un d’autre… »
Quel énoncé serait plus parlant pour exprime sa demande d’amour, plutôt sur le mode régressif A un autre ! son conjoint l’à surprise. « j’ai été surprise d’être surprise…j’ai pas franchi le cap… »
Mme C repère ce qu’elle nomme la « barrière », barrière par rapport au dire, par rapport au faire, soit la barrière, je dirai la barre qui constitue cette béance qu’il y a entre ses dits et ses dires, telle la pulsation d’un intervalle entre ouverture et fermeture. Ce que Lacan cite dans « encore » , p16 « par le discours analytique, le sujet se manifeste dans sa séance, à savoir dans ce qui cause son désir.

Conclusion :

Le fait que son conjoint « ait rebu » est vécu comme moins dramatique pour elle. « Je suis surprise de ma réaction, je n’avais pas la haine contre lui, avant je prenais ces écarts pour moi…j’ai réussi à le faire…comment cela se fait-il ?… »
La question « ce que représente pour elle un homme qui boit » à partir de se moment est abordé différemment.
Un « homme qui boit » est articulé à la violence, au regard qui change…
Mme C décline ses peurs, subjective sa position de contrôle et de maîtrisé car « un homme qui boit ne se contrôle pas… » elle me livre de plus que cela va mieux avec son conjoint sur le plan sexuelle. «c’est moins monotone, je trouve plus de plaisirs…avant, je me sentais bloquée… » Elle pleure. Elle pleure parce qu’« elle a sûrement du mal à parler de sexualité »redira-t-elle.
Quelle orientation peut nous apporter l’éclairage de la sexuation dans la lecture de ce cas ?
Précisément nous pourrions avancer que madame C. se situe aujourd’hui du côté de la jouissance phallique soit, à incarner le phallus pour l’Autre sexe mais en tant que dominée par le moins, le manque.
Si cependant quelque chose se produit pour elle du côté d’une circulation du phallus entre l’être et l ‘avoir, soit pouvoir s’ en désidentifier, elle ne s’inscrit pas actuellement du coté de la jouissance de S(A), jouissance pas toute de la femme, celle qui excéderait sa jouissance phallique.

Par ces quelques scansions que j’ai tenté d’articuler Mme C semble passer de la jouissance du réel en tant que symptôme au réel en tant que savoir (M.J. Asnoun) Consentira t’elle à poursuivre dans cette voie qui l’à amené à ce : qui suis-je eu tant que femme, en tant que mère, qui suis-je et quelle place j’occupe pour l’Autre ? consentira t’elle à poursuivre dans le choix de l’amour et de l’horreur de la vérité soit de sa propre castration ?
Par mon « désir décidé », la partie semble amorcé.
C’est ce que Lacan appellera l’acte analytique en tant qu’il est commandé par le désir de l’analyste. Et pour conclure sur cette phrase de Lacan « il faut du temps pour se faire à l’être » La partie continue donc…
En haut En bas