J. RUFF: Contre-transfert


Contre -transfert.
(1999)
Le contre-transfert n'est plus un sujet qui occupe l'attention et ceci depuis les années 60. Pourquoi? Il est pourtant, dès le départ, lié aux problèmes que posent la cure car il concerne l'analyste tout comme le transfert qui ne concernerait que l'analysant. C'est cette répartition simpliste qui sera dépassée.
On part du temps originaire. Freud est saisi par le rapport qui noue son élaboration de savoir à l'amour passionnel qui le lie à Fliess.
Il faut partir maintenant du temps fondateur. Freud a pris la place de ce que fut Fliess pour lui. Cet acte fondateur reste toujours à interroger et est toujours interrogé du fait qu'à la suite de Freud d'autres seront aussi pris par ce désir d'être, comme on dit, psychanalyste.
Ce désir est apparaît rapidement problématique quand on découvre les plaintes et embarras qui se font entendre de la part de ceux qui ont voulu prendre cette place.
- Lettre de Ferenczi à Freud 1908 : « j'ai beaucoup trop tendance à considérer les affaires des malades comme les miennes ». (1)
- Premier emploi chez Freud dans sa correspondance avec Jung, en 1909. « Il nous pousse ainsi la peau dure qu'il nous faut, on devient maître du " contre-transfert" dans lequel on est tout de même chaque fois placé, et on apprend à déplacer ses propres affects et à les placer correctement. » (2)
- Dans une lettre à Binswanger, c’est le problème le plus difficile de la technique psychanalytique. L'analyste ne doit rien donner à l'analysant de son inconscient, il doit dépasser son contre-transfert pour être libre soi-même.
Lacan ramasse ces problèmes dans son Intervention sur le transfert (3). Il dira aussi que c’est la « somme des préjugés, des passions, des embarras, voire de l'insuffisante formation de l'analyste à tel moment du processus dialectique »(4) donc « des embarras de la terminaison de la cure ». (5)Formation des analystes, terminaison d'une cure, passage à l'analyste autant de termes d'actualité que la notion de contre-transfert va ramasser d'une manière confuse.
Il y a donc un temps logique qu'il faut parcourir: l’instant de voir avec Ferenczi, jusqu'en 1933, le temps de comprendre de l'après-guerre, avec les analystes anglais autour de M. Klein et enfin le moment de conclure de Lacan autour de 1960.

I - l'instant de voir: Ferenczi. De la technique active à l'horreur de l'acte.
1) la technique active ( avant 1926)
Si le psychanalyste doit être psychanalysé, seconde règle fondamentale (6), « il n'atteint pas généralement, dans sa propre personnalité, le degré de normalité auquel il voudrait faire parvenir ses patients »(7) dit Freud. Lacan en souligne la porté pour dire que ce n'est pas une élite mais le commun des hommes. Pourquoi ce constat laconique et désabusé? La cure très vite pose problème: l’interprétation ne suffit pas. Il y a des résistances au processus association-interprétation. C'est pourquoi Ferenczi dénonce l'infatuation (8)des analystes incapables de reconnaître leurs propres insuffisances. « Le fanatisme de l’interprétation fait partie des maladies d’enfance de l’analyste...(le patient ) accomplit le travail d’interprétation presque tout seul, ou avec seulement une aide minime ».(9)
En fait quelque chose est attendu du côté de l'analyste pour que la cure ne stagne pas.
« C’est très tôt que la question de l’être de l’analyste apparaît » et c’est par celui qui fut « le plus tourmenté par le problème de l’action analytique »(10), « le plus pertinent à questionner ce qui est requis de la personne du psychanalyste et notamment pour la fin du traitement ». (11)
Une fois le cadre posé (règle d'association, paiement, vacances), il faut abandonner le rôle passif surtout en fin d'analyse pour dépasser le point mort du travail analytique en intervenant activement dans les mécanismes psychiques (12): fixer un terme, pousser à prendre une décision différée, demander à faire un sacrifice particulier. Il faut une élasticité analytique céder aux tendances du patient mais sans abandonner la traction dans la direction de ses propres opinions tant que l’absence de consistance de l’une ou de l’autre de ses positions n’est pas pleinement prouvée .(13)
1) L’analyse n’avance pas. On fixe un terme. Mais çà n’apporte pas d’aide.
2) Il remarque un onanisme discret : presser les cuisses l'une contre l'autre. Il faut s'en abstenir pendant la séance. Une musicienne qui a le trac: il en arrive à lui faire chanter et mimer une chanson : plaisir exhibitionniste (14), masturbation inconsciente du doigté. « Maintenant fini de danser, il s’agit de travailler », injonction et prohibition. (15)Il faut intervenir avec tact (16)sur les tics et les singularités de comportements dont ils ne se doutent pas le moins du monde mais dont tout le monde sourit en cachette.(17)Aucune analyse symptomatique ne peut être considérée comme terminée si elle n’est pas une analyse du caractère(18) . Il y a le parler à côté, la logorrhée. Ils les enjoint d’avoir des fantasmes, un transfert négatif. Il dit s’en servir à la fin dans la période de détachement (19).
3) Il va jusqu'à faire arrêter d'autres pratiques hors de la séance : besoin d’uriner intempestif.
4) L'analyse elle-même peut être une satisfaction par rapport à la réalité extérieure . (20)
Conclusion sur la technique active.
C’est un emploi exceptionnel : « forceps de l’accoucheur »(21). C’est un « agent provocateur » (22)(en français dans le texte). Cette technique vise la jouissance: actualiser les fantasmes dans le transfert, les provoquer pour les insatisfaire. Elle accentue l'abstinence (23). Il la dit ascétique par ses interdits et frustrations.(24) C’est approuvée par Freud : le fantasme est le secret du symptôme, fixer un terme comme dans l'analyse de l'homme aux loups. L’interruption de séance va dans ce sens Lacan obtient l’aveu d’un fantasme de grossesse.
2) L'horreur de l'acte : la gratification
Il y a pour Lacan une « extravagance théorique où se démontrent pouvoir tomber le plus authentique interrogateur de sa responsabilité de thérapeute comme aussi bien le scrutateur le plus rigoureux des concepts ». Ferenczi se plaint de la fin de l’analyse (25): il n'a pas été suffisamment analysé pour pouvoir aborder ce qu'il rencontre dans la cure. Il voudrait plus d'amour (26)de la part de Freud qui s'intéressait, à cette époque, moins aux problèmes de la cure qu'aux problèmes politiques du mouvements psychanalytiques(27) . Pour Ferenczi, Freud se désintéresserait trop de l’aspect thérapeutique et n'aurait pas assez pris en compte le transfert négatif (28)dans le moment de fin de cure. Il y aurait une insensibilité de l'analyste: hypocrisie professionnelle et rigidité de la technique(29) . Freud disait que les patients sont de la racaille juste bon à nous entretenir financièrement et de nous instruire (30). C’est le rapport d’un père (de la psychanalyse ) à son fils, au point qu’il lui propose sa fille aînée Mathilde. L’analyse de Freud n’aurait pas été poussé assez loin. Freud lui parlera de sa « troisième puberté » (31)et lui demandera de quitter « l’île de rêve où il séjourne avec les enfants de son imagination ». (32)Freud lui dit qu’il est inaccessible à toute remise en question et parle d’erreur théorique. Ferenczi meurt 7 mois plus tard .
Pour répondre à l'angoisse que suscite cette place de psychanalyste, Ferenczi opère un retournement de perspective théorique et technique . (33)
a) Théorique . Tout est la faute de l’Autre mauvais: séduction, jouissance, mensonge. La résistance n’est pas imputée au fantasme mais aux traumatismes du passé . (34)Freud est passé du traumatisme au fantasme. Ferenczi fait le chemin inverse, du fantasme au traumatisme. « Les fantasmes hystériques ne mentent pas ».(35)
b) Technique. Renversement de la technique active sadique, paternelle en passive masochiste, maternelle (36). On ne frustre plus. On donne, répare, gratifie. Le psychanalyste est le réparateur du manque à être. Il faut prendre la faute sur soi pour réduire le traumatisme. La demande insistante n’est pas générée par la béance du sujet mais par l'événement de la réponse inadéquate de l’Autre. Il veut être à la hauteur de la demande, veut leur refaire une origine pour les laisser jouir de l'irresponsabilité de l'enfance(37) : « retrouver les béatitude d’une enfance normale.. l'harmonie détruite » (38). Jusqu’où irez-vous dans la gratification, lui dit Freud.
D’où l’analyse mutuelle .(39) C’est l’invention d’une de ses patiente qu’il trouve antipathique. Il veut être aimable au point qu’elle le croit amoureux et amant idéal (40). Il s’agit de poursuivre son analyse avec son patient et lui montrer ses faiblesses(41) , ses émotions, pleurer avec eux, dire ses agacements, fatigues, fantasmes (42). Il s’agit de se laisse faire et par exemple de se laisser embrasser par principe de relaxation! (43)Freud appellera çà la technique du baiser!
Mais il va critiquer sa propre méthode en découvrant ses limites. Le revécu du trauma apporte un soulagement momentané. Mais l’abréaction ne suffit pas (44). C'est sur le réel en jeu dans la cure qu'il bute.
Conclusion.
S’il voit bien la responsabilité de l'analyste dans le transfert et interroge son acte, il noie les difficultés de l'élaboration conceptuelle dans l’impasse d’une relation duelle couverte par un fantasme de fusion unitive. C’est le mirage de la complétude du sujet soutenu par une théorie de la compréhension qui implique l’absence de faille dans l’Autre. C’est le déni de la castration symbolique, le refus de l’incurabilité (45). Furor sanandi, lui dit Freud.
Freud lui répondra dans Analyse finie et infinie, en 1937, 4 ans après la mort de Ferenczi. Il y a la castration impossible à dépasser .
Ferenczi aura une postérité: Winnicott, Balint et après la guerre sous l'influence des disciples de M. Klein, P. Heimann, M. Little, psychanalystes anglais et théoriciens de la thérapie des mauvais traitements.
II Le temps de comprendre: impropriété conceptuelle, fausse consistante de propos à la mode. (46)
Après guerre le contre- transfert n'est plus une imperfection. Quand Lacan tente de s'orienter vers une conclusion dans son temps pour comprendre, il fait référence aux meilleurs des cercles kleiniens . (47)
1) Les analystes anglo-américaines
Il n’y a pas de préjugés défavorables contre le CT qui serait une perturbation par rapport à l’idéal de l'analyste détaché avec une bienveillance uniforme et tiède sans ride émotionnelle. Cette idée peut prendre racine dans la métaphore freudienne du chirurgien ou de l'analyste miroir. Le contre-transfert comme le transfert furent au début, indésirables. Maintenant les deux sont respectables(48) . Transfert et contre- transfert sont indissociables, inévitables. Il s’agit d’en contrôler l’extension et de s'en servir (49). Il n’est pas question d’un psychanalyste parfaitement analysé. Le patient teste son psychanalyste sur ses faiblesses et limites, et sur ce qu'il peut endurer (50). Le contre-transfert est dû à l'angoisse de l'analyste (51). C'est la résistance du groupe analytique(52) qui n’a pas permis de l'analyser. Il y a eu une peur d'en parler même en contrôle.
a) technique: sentiment ou pas ?
On dénonce l'analyse sans sentiment: paranoïaque ou phobique. Il ne s’agit pas de dire ses sentiments à l'analysé mais utiliser ses réponses émotionnelles (53)pour sortir de l'aspect intellectualiste et interprétatif classique chez les débutants. C’est le cas qu’expose P. Heimann. L'analysant après un divorce se précipite dans un mariage. Elle s'oppose à cet acting out en ressentant un embarras. Elle avait perçu des relations ambiguës de cet homme à son égard. Elle est accrochée par le terme de mauvaise passe qui est le trait qui lui plaît chez cette nouvelle femme. Un rêve survient chez le patient. Il achète d'occasion une voiture étrangère qui avait été accidentée et veut la faire réparer mais une personne s'y oppose. C'est quand elle ne comprend plus qu’elle se branche sur ses propres réactions émotionnelles. Elle découvre après coup le sadisme du patient à l'égard du psy défectueux . (54)
Il faut exprimer ses sentiments contre transférentiels pour Margaret Little(55) et Lucia Tower(56) . Une petite émotion chez le psychanalyste peut permettre un grand changement chez le patient .(57) C’est le cas qu’expose M. Little de Frieda kleptomane. Il n’y a pas de transfert et les interprétations ne portent pas. Elle lui dit être affectée par sa douleur et l'ennui de ses propos. Puis elle la menace d'interrompre l'analyse si elle revoie sa mère .(58) La spontanéité du psychanalyste entrainera la chute de la rigidité du patient (59). C’est le cas de L.Tower qui supporte des insultes du patient. Il s’en suit un acting out où elle oublie sa patiente et lui dit son agressivité .(60) C’est de même dans un autre cas de L. Tower où elle découvre son attitude protectrice maternelle avec un patient et sa rivalité oedipienne avec sa femme. Mais la cure est ponctuée d'un rêve (61)qui dit ce qui se passe, d'un symptôme d'épuisement masochiste et sadisme du patient. Le patient a perçu qu'il pouvait toucher et influencer son psychanalyste et lui exprimer son sadisme ouvertement (62).
b) théorie: comprendre ?
1) l'Inconscient de l'analyste comprend celui de son patient (63)par projection et identification . (64) A.Reich devient le patient pour un temps dans un identification temporaire, par empathie.(65) On est loin du psychanalyste neutre, miroir, tolérant.(66) A. Reich ne supporte plus les demandes d'attention du patient (67). A d’autres moments elle est fascinée par le droit d'accéder au secret des autres(68) . Elle identifie ce désir comme issu de son rapport à sa mère .(69)
2) L'analyste est le dépositaire d'un objet.
Roger Money Kyle 1956 La dépression, le dégoût de l'analyste est l’effet de la projection du mauvais objet dans l'autre.(70) Le contre-transfert (71)a lieu quand l'analyste ne comprend pas. Quand il comprend il n'est pas affecté. L'analyste devient le patient, le réceptacle(72) de ce mauvais objet projeté en lui par son partenaire.(73) Il sent un objet étrange et se trouve en position de dépotoir (74).

2)Temps de comprendre de Lacan: du contre-tranfert au désir de l’analyste.
« On n'a pas avancé sur ce qu'a apporté Ferenczi jusque dans ses errements sur l'action et la responsabilité qui revient à l'analyste dans la production de la vérité »(75). Il n’y a eu qu’imposture, démission et déviations par rapport à la vraie nature du transfert. (76)La psychanalyse serait une rééducation émotionnelle (77). « Quelle hauteur d'âme nous témoignons à nous montrer dans notre argile faite de la même que ceux que nous pétrissons ». (78)Comment se fier d’autre part à la communication des inconscients. On est fasciné par le phénomène au point de délaisser la théorique qui en donnerait la structure. « Il n'est pas nécessaire de connaître le plan d'une maison pour se cogner la tête contre ses murs contre ses murs: pour se faire on s'en passe même fort bien ».(79)
Pour Lacan, plutôt que de se fixer sur le contre transfert (80) , il conviendrait mieux de parler du désir de l'analyste(81) . Il faut se débarrasser de l’image populaire de l'idéal stoïcien(82) de l’analyste, ou de la complète réduction de son inconscient. La reconnaissance de l'inconscient ne met pas l'analyste hors de portée des passions. Il sensible à la haine et à l'amour sans se disqualifier(83) . Mieux il sera analysé, plus il sera possible qu'il soit franchement amoureux ou de répulsion par rapport à son partenaire. (84)« Le prendre dans ses bras ou le passer par la fenêtre, j'augurerai mal de quelqu'un qui n'aurait jamais ressenti ça ».(85) L'idéal d'apathie s'enracine ailleurs. Il faut du temps pour en donner la formule (86). Freud cite Platon (87)et en effet la question est reprise par Lacan dans sa lecture du Banquet . Il y a une disparité subjective, des positions non équivalentes (89). « l'analyste est impliqué dans la position d'être celui qui contient l'agalma ». Cet objet est lié au fantasme (91).
Le transfert est en fait les « modalités de représentations de l'analyste »(92). Il y a le temps de l'intersubjectivité et des affects duels, a-a', amour haine. Il y a le temps épistémique, celui où le psychanalyste s'identifie à l'Ics en apprenant à parler comme lui. (93)Il y a ce qui reste de lui quand on largue les « amourres ».

III Lacan : le moment de conclure.
a) Il n'y a qu'un transfert, c'est celui de l'analyste.
Le transfert est un « phénomène où sont inclus ensemble le sujet et le psychanalyste. Le diviser dans les termes de transfert et de contre-transfert, quelque soit la hardiesse, la désinvolture des propos qu'on se permet sur ce thème, ce n'est jamais qu'une façon d'éluder ce dont il s'agit ».(94) C’est le« phénomène essentiel lié au désir comme phénomène nodal de l'être humain qui a été découvert avant Freud ».(95) C’est ce qui est exposé dans le Banquet où Socrate est le sujet supposé savoir quelque chose du désir(96). En 1974 dans les Non dupes errent Lacan conclut ainsi. « Il n'y a qu'un transfert: c'est celui de l'analyste. Voilà le principe du discours analytique, et c'est en cela que j'ai dit quelque part - et à quelqu'un qui a fait, ma foi, un fort joli petit livre sur le transfert, c'est le nommé Michel Neyraut - en quoi je lui ai dit que, commencer comme il le fait par ce qu'il appelle le "contre-transfert", si par là il veut dire en quoi la vérité touche l’analyste lui-même, il est sûrement dans la bonne voie, puisque après tout, c'est là que le vrai prend son importance primaire, et que, comme je l'ai fait remarquer depuis longtemps, il n'y a qu'un transfert, c'est celui de l'analyste, puisque après tout c'est lui qui est le sujet supposé au savoir. Il devrait bien savoir à quoi s'en tenir là-dessus: sur son rapport au savoir, jusqu’où il est régi par la structure inconsciente qui l'en sépare, de ce savoir, qui l'en sépare bien qu'en sachant un bout, et je le souligne, autant par l’épreuve qu'il en a faite dans sa propre analyse que par ce que mon dire peut lui en porter Est-ce à dire, est-ce à dire que le transfert, ce soit l'entrée de la vérité ? C'est l'entrée de quelque chose qui est la vérité, mais la vérité dont justement le transfert est la découverte, la vérité de l'amour ». (97)
b) Le pouvoir de la parole et le discours du maître.
« Voici ma question. Ne pensez-vous pas qu'entre transfert et contre-transfert, il y a réellement une différence qui se situe au niveau du pouvoir- C'est tout de même très démonstratif, que le pouvoir ne repose jamais sur la force pure et simple. Le pouvoir est toujours un pouvoir lié à la parole. Il se trouve qu'après avoir seriné des choses très longtemps, j'attire du monde par mon jaspinage qui, évidemment, n'aurait pas ce pouvoir s'il n'était pas sérié, s'il ne convergeait pas quelque part. C'est tout de même un pouvoir d'un type très particulier. Ce n'est pas un pouvoir impératif. Je ne donne d'ordre à personne. Mais toute la politique repose sur ceci, que tout le monde est trop content d'avoir quelqu'un qui dit En avant marche - vers n'importe où, d'ailleurs. Le principe même de l'idée de progrès, c'est qu'on croit à l'impératif. C'est ce qu'il y a de plus originel dans la parole, et que j'ai essayé de schématiser - vous le trouverez dans un texte qui s'appelle Radiophonie, et que j'ai donné je ne sais plus où. Il s'agit de la structure du discours du maître. Le discours du maître est caractérisé par le fait qu'à une certaine place, il y a quelqu'un qui fait semblant de commander. Ce caractère de semblant - D'un discours qui ne serait pas du semblant- a servi de titre à un de mes séminaires - est tout à fait essentiel. Qu'il y ait quelqu'un qui veuille bien se charger de cette fonction du semblant, tout le monde en est en fin de compte ravi. Si quelqu'un ne faisait pas semblant de commander, où irions nous ? Et par un véritable consentement fondé sur le savoir qu'il faut qu'il y ait quelqu'un qui fait semblant, ceux qui savent marchent comme les autres. Ce que vous venez là de saisir avec une certaine façon de prendre vos distances, c'est ce que vous évoquez d'une ombre de pouvoir ». (98)

1)Correspondance Freud-Ferenczi 1908-14 p. 27 Calman -Lévy 1992
2)Correspndance Freud-Jung p. 309 Gallimard
3)Ecrits p 224 Intervention sur le transfert 1951
4)idem p. 225
5)Fonction et champ de la parole et du langage. 1953 Ecrits p. 243
6)id p. 50, Elasticité de la technique psychanalytique 1928-IV p. 54
7)E. p 340 Analyse finie et infinie
8)IV Problème de la fin de l'analyse 1927 p. 49
9)id p. 61
10)idem p^. 612
11)Variantes de la cure p. 340
12)IIII Difficultés techniques d'une analyse d'hystérie 1919 p. 22
14)IV Elasticité de la technique psychanalytique 1928- p 60
15)III Prolongement de la "technique active" en psychanalyse 1920 p. 121
16)id p. 123
17)id p. 55
18)IV Problème de la fin de l'analyse 1927 p. 47
19)IV idem p. 46
20)III Les fantasmes provoqués 1924 p. 243
21)III Psychanalyse des habitudes sexuelles 1925 p. 356
22)III Prolongement de la "technique active" en psychanalyse 1920 p. 125
23)III Prolongement de la technique active 1921 p . 133
24)III Difficultés techniques d'une analyse d'hystérie p. 20
25)Journal p. 46
26)Journal clinique janvier octobre 32 p. 25
27)Correspondance p. 231
28)lettre du 25 dec 29 Journal p. 24 et surtout 17 I 30 p. 25
29)id p. 113
30)Journal clinique p. 43, 54, 73
31)Journal clinique p. 256
32)idem p. 27
33)ide p. 28
34)L' acte manqué de Ferenczi C.Soler Orni 35
35)IV L'enfant mal accueilli et sa pulsion de mort 1929 p. 78
36)IV p. 93
37)Journal p. 147, 252
38)IV p. 80
39)IV Principe de relaxation et néocatharsis 1930 p; 97
40)p. 47
41)Journal p. 93
42)p. 58
43)id p. 53- 113
44)id p. 45
45)idem p. 165, 197 234 sq
46)IV p. 100
47)La direction de la cure 1958 p. 585
48)id p. 223
49)id. p. 75
50)CT p. 46
51)CT p. 57
52)id; p. 116, 139
53)id. p. 118, 123
54)CT p. 24
55)id. p. 95
56)CT p 41
57)CT p. 45
58)p. 122
59)id.p. 43
60)id p. 73-4
61)id Lucia Tower ; p 125-6
62)id p. 132-3
63)id; p. 134-5
64)CT p. 25
65)id p. 96
66)Reich id. p. 104
67)id p. 77
68)id. p. 80
69)id p. 85
70)id p 88
71)Séminaire VIII 1960-61 p. 226
72)id 234
73)id p. 227
74)id p 227
75)id p. 227
76)Variantes de la cure 1955 p. 332
77)idem p. 589
78)SIV 56-57 p. 108
79)idem
80)Direction de la Cure p. 608
81)id p. 216
82)S VIII p. 216
83)id p. 219
84)idem 220
85)id p. 220
86)id 221
87)idem p. 220
88)Dynamique du transfert p. 50
89)idem p. 223
90)idem 233
91)idem p. 229
92)id p. 229
93)Acte n°18 p. 28
94)Acte n°32 p. 10
95)S XI p. 210
96)idem
97)SXI p. 210
97)Non dupes errent 19 novembre 1974
98)Lacan Conférence de Genève 1975
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