J.RUFF:La querelle du phallus


Au début des années 20, Freud demande à ses élèves d'apporter du matériel clinique pour aborder la sexualité féminine. Il fait le bilan de ces travaux, d'abord en 1931, avec son article sur La sexualité féminine, et 1932, dans ses Nouvelles Conférences sur la Psychanalyse, avec sa 5° conférence sur La Féminité. Ce bilan, condensé en 4 pages, à la fin du texte sur la Sexualité féminine, est en fait illisible à cause d'une accumulation d'allusions à des textes qu'on ne lit plus et qui étaient souvent inaccessibles avant le travail de M. C. Hamon. La lecture de ces textes est pourtant indispensable non seulement pour apprécier les enjeux doctrinaux qui vont s'en déduire mais encore pour comprendre les scissions qui vont traverser le champ de la psychanalyse.
Lacan est précisément un lecteur de ces textes. En 1958, dans La Signification du phallus, il ramasse, dans une formule pertinente, le statut des productions de cette époque: c'est la "querelle du phallus" dit- il. C'est en effet une querelle au sens où on assiste à un débat doctrinal passionné, puisque certains auteurs prennent position contre les thèses de Freud et que Freud lui-même fait entendre son accord et ses désaccords avec ses collègues. Mais c'est aussi une querelle au sens où on a parlé, au moyen âge, en philosophie, de la "querelle des universaux" pour rendre compte du débat entre les nominalistes, les réalistes, les conceptualistes. La question était de savoir si les catégories d'Aristote, les universaux étaient des choses, des mots ou des concepts. Ce débat philosophique qui plonge ses racines dans l'origine de la philosophie se prolonge encore de nos jours. La "querelle du phallus" serait alors ce temps "médiéval" de la psychanalyse dans la mesure où les années 30 vont produire des figures de débat qui sont encore d'actualité. Cette querelle qui porte sur le statut du phallus, issue des questions posées par la sexualité féminine, est donc un belvédère stratégique qui permet de s'orienter non seulement dans les différentes disputes théoriques mais aussi dans les scissions qui vont traverser le champ freudien. Cette période est d'autre part décisive car elle permet de réaliser, à plus d'un titre, la portée conclusive de la thèse de Lacan, celle du phallus comme signifiant. Elle est d'abord conclusive, pour Lacan lui-même, au sens où c'est par rapport à un temps de conclure qu'un psychanalyste énonce les consignes qui président à la direction de la cure. "Ces consignes véhiculeront la doctrine que s'en fait l'analyste au point de conséquence où elle est venue pour lui." Elle est également conclusive dans la mesure où elle se traduit par l'exclusion de Lacan de l'I.P.A.. Elle est enfin conclusive dans la mesure où elle met un terme aux débats théoriques à l'intérieur de l'I.P.A. qui désormais se contentera d'un Babel de figures de discours. Il nous suffira pour en rendre compte de lire les productions théoriques récentes, faites par deux membres de l'I.P.A.
Mais il convient, pour ne pas tomber dans une position partisane, de rappeler le point sur lequel porte l'impasse et l'issue qui permet à Lacan de " faire jardin à la française." Avec son élaboration du concept de phallus, lié au symbolique, il nous permet de nous désengluer du "maquis d'approximations" de textes embarrassés par l'imaginaire des organes sexuels. En effet, les auteurs de cette époque, étaient sur le point de recouvrir la problématique de la castration par des formulations qui se laissaient largement contaminer par un imaginaire captivé par l'anatomie sexuelle. . Lacan, en 1972, dans l'Étourdit, en revenant sur cette période, dit que les acteurs s'étaient fourvoyés, aveuglés par le "voile de l'organe." La querelle du phallus passe par la nécessité de préciser dans le débat le statut du manque. Lacan produira un tableau des catégories du manque d'objet: la castration, la frustration et la privation. Ces distinctions sont aussi indispensables que celles des modalités de la négation établies par Freud: refoulement, démenti, forclusion, dénégation.
J'ai donc pris le parti de rendre plus familier des noms de cette époque qui sont peut-être inconnus à certains d'entre vous. Je me tiendrais donc à une lecture des 4 pages du texte de 1931. Trois remarques s'imposent.
1° Ce qui est frappant c'est que Freud conclut son texte de 1931 sur la Féminité par un bilan des articles qui lui ont servi à écrire son texte! M.C.. Hamon va jusqu'à parler d'escamotage. 2° Ce que Freud retient de ces textes n'est pas ce qui est le plus mis en valeur par les auteurs eux-mêmes. 3° Freud ne mentionne pas certains auteurs, et surtout, il ne parle ni de Joan Rivière et ni d'Anna Freud.
Ces trois remarques appellent trois réponses. Pour le premier point, celui d'escamotage, je préférerais soutenir que Freud prend sa place de fondateur du mouvement psychanalytique. Pour cela, il énonce les arêtes vives des points doctrinaux. C'est ce qui nous permet de répondre au deuxième point. Freud n'a pas voulu résumer ce qui a été fait avant lui. Il dit bien vouloir isoler certains points, en préciser d'autres et en écarter certains, non pas parce qu'il les conteste mais parce que ça entraînerait une certaine confusion dans son exposé (la place du surmoi, le sentiment de culpabilité, l'homosexualité féminine). Et c'est vrai que l'on croule dans ces textes sous la multiplicité des cas et l'opacité de l'élaboration doctrinale. Reste le troisième point qui me paraît le plus important: les auteurs que Freud ne mentionne pas. Autant dire que ce ne sont pas des oublis. Ces oublis témoignent, comme nous le verrons, d'une prudence bien justifiée de Freud. Je vais donc reprendre dans le détail du compte-rendu de Freud.

Le compte-rendu freudien.
La présentation de ce bilan est faite en deux parties: d'un côté les viennois, de l'autre les londoniens.
A. Points d'accord et de désaccord: les freudiens.
1° 1920 K. Abraham
. "Les manifestations du complexe de castration de la femme." Abraham est le théoricien de la théorie des stades
a) Accord: c'est un travail non encore dépassé dit Freud. Il met en valeur les effets de la castration. Lacan en reprenant le cas de la petite fille dont parle Abraham montre "que ce n'est pas de manquer simplement du phallus...mais de le donner à sa mère ou d'en donner un équivalent " qui est important. C'est en introduisant donc la distinction du symbolique et de l'imaginaire que l'on peut s'orienter dans les questions de sexualité sinon, l reste pris dans l'imaginaire de l'anatomie. C'est ce qui se passe pour Abraham. Les femmes refoulent le désir d'être homme et leur aversion de la condition féminine du fait de l'infériorité des organes externes. Le sexe féminin est comme une blessure (menstruation, défloration, accouchement sanglant) qui porte la marque de la castration. C'est la raison du besoin de vengeance sur les hommes: vaginisme, vol, accidents, mutilations, frigidité pour décevoir ou humilier l'homme.
b) Désaccord: il oublie le lien premier et exclusif avec la mère
2° 1927 Jeanne Lampl de Groot
Elle fut analysée par Freud. Elle est installée à Amsterdam. Elle fut une proche de Freud et d'Anna Freud.
a) Accord
Elle met en valeur le point négligé par K.Abraham. "L'histoire du développement du complexe d'Oedipe de la femme" montre qu'il n'y a qu'un seul sexe dans le rapport à la mère. Elle montre que l'activité masturbatoire phallique est liée à la conquête de la mère et vise à écarter le père. La rencontre de la castration de la mère produit un abandon de la mère comme objet ainsi que de la jouissance masturbatoire. Elle a une formule: "la fille traverse une phase de complexe "négatif" qui consiste à écarter son père pour avoir sa mère avant d'entrer dans la phase positive, et faire de son ennemi son bien aimé." Il y aurait donc un complexe de castration secondaire à un complexe d'oedipe négatif. En somme la fille renonce difficilement à son objet d'amour premier, sa mère, et à sa masculinité. Jeanne Lampl de Groot s'attarde du coup sur un certain nombre de thèmes: l'homosexualité comme retour à la "virilité "de départ, la frigidité de la prostituée "masculine" et la surcompensation virile de l'intellectuelle. Sa théorisation du phallus reste néanmoins captive de la différence anatomique des sexes qui est posée comme équivalente à la castration.
b) Désaccord
Elle oublie de parler de l'hostilité vis-à-vis de la mère qui n'est pas un simple changement d'objet
3° 1930 Hélène Deutch
Elle a fait un an d'analyse avec Freud puis une analyse avec Abraham. C'est la référence de S. de Beauvoir pour le "Deuxième Sexe".
a) Accord. C'est elle qui va mettre en valeur le dernier point négligé par Jeanne Lampl de Groot.
b) Désaccord. Dans "Le masochisme féminin et sa relation avec la frigidité" de 1930, elle montre que lorsque la fille se tourne vers le père, cela entraîne une position passive masochisme. Freud ne met pas en valeur ce point pour une raison que nous reprendrons plus tard avec Anna Freud.
4° 1930 Otto Fenichel: "La préhistoire prégénitale du complexe d'oedipe."
Fenichel est un opposant à Jones et Mélanie Klein. Il critique Reich et prend position contre le culturalisme des néofreudiens. Il est contre la thèse de Mélanie Klein, c’est-à-dire du complexe d'Oedipe qu'elle fait commencer dès la deuxième année. L'ouvrage de Mélanie Klein "Les stades de début du complexe d'Oedipe" est en effet de 1928.
a) Accord
Il insiste sur la difficulté à reconnaître ce qui est inchangé de la phase préoedipienne et ce qui a été déformé. Ce qui s'est joué avec la mère revient sur le père. Celle qui a eu peur d'avoir le dessous, humilie les hommes. Mais ces hommes sont des "figures écrans" pour la mère vers qui vont haine et amour.
b) désaccord
Il ne reconnaît pas l'activité phallique de la fille décrite par J. Lampl de Groot

Dans ce premier groupe, Freud ne parle pas des hollandais Van Ophuijsen, "Contributions au complexe de masculinité chez la femme" de 1917 , ni d'August Stärcke, "Le complexe de castration" de 1920, traducteur des oeuvres de Freud en néerlandais, proche des thèses de Ferenczi et en désaccord avec la théorie de la pulsion de mort. En fait, il a mentionné ces deux auteurs dans des textes précédents. Ils font plutôt figure d'épigones. Il leur préfère une autre hollandaise Jeanne Lampl de Groot. De même il ne parle pas, en 1931, de l'américaine Ruth Mack Brunswick mais la mentionne dans son texte de 1932 qui met plus l'accent sur les questions préoedipiennes. Ruth Mack Brunswick fut une patiente de Freud avant d'être une de ses disciples les plus ferventes en opposition contre Mélanie Klein. Freud lui envoya de nombreux patients dont le célèbre Sergueï Constantinovitch Pankejeff dit "l'homme aux loups".
B. La controverse Londres - Vienne.
1° K. Horney
. "Fuite hors de la féminité." 1926
C'est d'elle que part une rébellion contre le dit patriarcat freudien de l'oedipe qui correspond à l'orthodoxie représentée par K. Abraham avec qui elle fit une cure ratée: il s'était contenté de lui appliquer sa théorie de stade. Elle se réfugiera dans l'auto-analyse avant de reprendre une analyse avec Hanns Sachs. Par la suite, elle s'orientera comme E. Fromm, dans le culturalisme qui, par l'anthropologie et l'ethnologie veut briser l'universalisme des théories freudiennes. C'est le départ du courant américain, avec Ruth Benedict et Margaret Mead, qui met en avant le concept de personnalité de base. Les continuateurs seront Malinovski et Devereux.
Pour elle l'envie du pénis est donc secondaire et sert de défense contre la féminité et le lien oedipien au père. Elle accentuera l'importance du maternel et du féminin, en soulignant le fait que l'attachement au clitoris serait l'indice d'un refoulement d'un plaisir vaginal antérieur. Freud critique cette défense contre la féminité pour rappeler qu'elle ne peut trouver son énergie que de la tendance masculine qui a trouvé sa première expression dans l'envie du pénis que manifeste l'enfant. Sa thèse sur la sexualité féminine est en somme féministe c’est-à-dire marquée plus par son culturalisme. Lacan estime, dans le droit-fil de Freud, que les objections de Karen Horney à l'égard de Freud "sont commandées par des prémisses réalistes. "
C'est à ce texte de Karen Horney que se rattachent nombres d'auteurs que Freud ne mentionne pas. C'est le cas de Josine Müller avec son texte de 1925 sur la "Contribution à la question du développement libidinal de la fille à la phase génitale" qui porte sur ce point de controverse: la reconnaissance ou non du vagin et des sensations vaginales chez la petite fille. Lacan mentionne son nom dans son "Propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine" en 1960, pour mettre en valeur ses observations tout en soulignant l'absence de fondement théorique chez les tenants de cette thèse.
2° E. Jones "Le développement de la sexualité féminine."1927
Le stade phallique pour la fille ne serait qu'une réaction de protestation, construction défensive secondaire, plutôt qu'un véritable stade de développement. Il met en valeur l'importance de la perte de jouissance ou aphanisis et la différence entre l'envie du pénis autoérotique préoedipienne et post-oedipien. Il parle surtout de l'homosexualité et de l'identification au père pour refouler les désirs féminins. Avec l'identification au pénis, la fille érigerait des barrières contre l'aphanisis et la féminité.
3° Mélanie Klein "Les stades du début du complexe d'oedipe." 1928
Il n'y a là que désaccord. Pour Freud cette date de 2 ans ne s'accorde ni avec les analyses d'adultes et avec les découvertes du long attachement préoedipien avec la mère.

Dans ce groupe, Freud mentionne, sans le nommer Carl Müller -Braunschweig, "La genèse du surmoi féminin". Mais il dit n'avoir pas voulu parler du surmoi et du sentiment de culpabilité pour ne pas rendre confus son compte rendu.

On doit, par contre, revenir et s'attarder un peu plus sur Jones qui soutiendra M. Klein, Josine Müller, K. Horney et qui contribuera au durcissement de la controverse entre A. Freud et M. Klein. Freud ne lui accorde que quelques lignes. Or, dans ce texte de 1928, Jones met l'accent sur un concept qui ne retient pas Freud mais retiendra Lacan, celui d'aphanisis. Aphanisis, pour Jones, désignerait cette peur fondamentale de l'abolition de la jouissance, à la base de toutes les névroses. On pourrait trouver dans la notion castration et dans les pensées de mort les idées les plus proches. Mais il pense que le terme d'aphanasis serait plus fondamental que le terme de castration qui ne désigne qu'une menace partielle qui ne se porterait que sur l'homme. Lacan lira attentivement les trois articles de Jones sur la sexualité féminine: "Le développement de la sexualité féminine"1927, "Le stade phallique" 1933 et "Sexualité féminine primitive"1935. Il parle de "faux pas phénoménologique ...au regard de cette pierre de scandale, que l'on n'admet qu'à renoncer à la complétude du sujet: la castration." En fait Jones, et tout l'I.P.A. à sa suite, aura des difficultés au "maniement du complexe de castration." ll faut s'attarder à ces textes car c'est dans une lecture de Jones que Lacan dégage non seulement le concept de phallus lié au signifiant mais encore qu'il articule par la suite la question du sujet liée à l'aphanisis.
a) en 1958
L'aphanisis est le concept que Jones convoque pour résoudre la difficile manipulation du terme de castration. Lacan pointe que cette difficulté surgit à propos du terme de frustration. Jones ne distingue ni les modalités de la négation (les Ver freudien, Verwerfung, Verneinung etc.) ni les catégories du manque: castration, frustration et de privation. C'est là qu'intervient le tableau bien connu de Lacan sur ce sujet. Jones reste à un niveau réaliste de description où un désir est comme un besoin et de ce fait, il perd l'articulation symbolique qui seule permet de se repérer. Il insiste sur l'objet mais oublie le don et l'amour de qui peut venir ce don. On confond alors la privation du pénis (la femme est privée de pénis) avec une castration réelle du fait de ne pas pouvoir élaborer la castration en terme symbolique. Jones bute sur le symbolisme où se perd l'imaginaire des thèses de M. Klein alors qu'il avait reconnu d'emblée l'importance de la place de la métaphore incompréhensible en dehors du fait linguistique. D'autre part l'important n'est pas seulement de parler du phallus comme un pur objet mais de voir le moment où ce concept est mis en jeu pour symboliser un événement. Le cas Sandy d'Anneliese Schnurmann disciple d'Anna Freud nous a permis de nous en rendre compte.
b) en 1964
Il faut souligner l'importance qu'il redonne à ce terme, en le détournement de l'emploi qu'en faisait Jones. Il parle d'aphanisis du sujet quand il met en place ses termes d'aliénation et de séparation. Là où le sujet apparaît comme sens, ailleurs il se manifeste comme disparition, aphanisis. L'aphanisis est le $, disparition du fait du signifiant, du S2. C'est la reprise du "peut-il me perdre?" et la mise en jeu de ce qui est perdu du fait du signifiant. Il évoque à ce propos l'importance du scepticisme et du sujet cartésien.
On saisit donc l'importance de la connaissance de ces textes percevoir l'émergence de la position lacanienne.


Les vraies oubliées du compte- rendu: Anna Freud , Joan Rivière.

Ce qui est en fait le plus surprenant, c'est l'absence de référence à Joan Rivière "La féminité comme mascarade" de 1929, donc deux ans avant le texte de Freud sur La sexualité féminine, et à Anna Freud qui venait de publier un texte sur le "Fantasme d'être battu et rêverie" en 1922 alors que Freud venait de publier son texte sur ce fantasme en 1919.
1° Joan Rivière
Joan Rivière pourtant proche de Mélanie Klein occupe une place paradoxale. Elle parle de la féminité comme défense pour masquer une masculinité coupable d'avoir dérobée le phallus. Elle fait partie de ces femmes analystes de l'époque sur qui la querelle du phallus a produit des effets de passage à l'acte sur leur propre corps par une intervention chirurgicale. Elle demanda à une gynécologue d'élargir et d'inciser son hymen tout comme Marie Bonaparte de son côté, par trois opérations, a tenté de rapprocher le clitoris de son vagin pour atteindre au fameux orgasme vaginal.
a) le cas.
Une femme a des angoisses après chaque prise de parole en public. Elle éprouve le besoin compulsionnel après coup, du fait d'avoir "commis un impair", de faire naître chez les hommes un désir sexuel pour elle. Elle a recours à une mascarade. Au seuil de l'angoisse hystérique, au pied de la question qu'est ce qu'une femme, elle met en place une stratégie en trois temps.
1) Elle fait l'homme, s'identifie à son père qui fut un littéraire puis un politique et rivalise avec lui dans le contexte du pénis neid: se faire aimer par son père, se faire reconnaître par lui comme partageant le même idéal phallique. C'est un moyen de négocier sa castration en se vouant à l'idéal paternel et pas seulement pour sa seule jouissance. Les exemples sont multiples: B. Bhuto et son père Ali Bhuto, I. Gandhi et Nehru, Aung San Suu kyi et son père.
2) C'est alors l'instant de voir, la nuit: " N'ai-je pas commis un impair?" L'angoisse et la culpabilité mettent en lumière la castration. Elle a le pénis du père donc elle l'a châtré. C'est le manque rencontré du côté des hommes, donc la castration paternelle qui fait effet de surprise. Sa réussite dans les conférences c'est leur castration à eux.. Elle ne peut pas soutenir l'illusion qu'elle a le phallus même si elle en avait pris conscience et n'en était pas dupe: elle était particulièrement désinvolte. L'amour du père atteint sa limite là où elle s'affronte au désir de l'Autre. Car la crainte de la mère est plus forte que celle du père.
3) Elle ne choisit de ne pas cultiver son manque par des plaintes et des larmes et se décide à s'adresser masquée aux hommes et faire semblant d'être une femme: c'est une dérobade calculée. Elle se présente démunie, innocente, faible, incertaine. Ce troisième temps est la mise en jeu d'un fantasme ancien. Elle est seule et terrorisée cherchant à nettoyer un vêtement taché. Cette tache sur ce voile, c'est elle-même. La seconde image d'un rêve montre cette même dérobade. Elle retourne la situation quand un homme noir l'attaque. C'est un rêve réponse à la rencontre de la sexualité qui fut pour elle marquée par la perte: crainte d'être déflorée ou de devenir frigide. Sa vie sexuelle est encore "harmonieuse" car elle vit dans l'idée que l'homme va lui restituer quelque chose.
b) Joan Rivière et les londoniens
Cette thèse ne va pourtant pas avec l'envie du pénis secondaire et défensive contre la féminité des londoniens. Est ce parce que Joan Rivière, qui fit une première analyse avec Jones et eut une relation avec lui, fît par la suite une analyse avec Freud, au même moment qu'Anna Freud avec son père, que sa prise de position reste originale? Prendre place entre A. Freud et M.Klein ne devait pas être facile. Marie Christine Hamon pense que c'est parce qu'elle se rallie à Mélanie Klein que Freud la passe sous silence. Pourtant elle illustrerait parfaitement la thèse de Freud en 1932 où la fille se réfugie dans l'oedipe comme dans un port. Quelle meilleure illustration que cette identification au père!
c) Lacan et Joan Rivière.
Lacan, quant à lui, sans la nommer, parle de cette défense comme mascarade. Il y voit un effet de voile c’est-à-dire une articulation du symbolique et de l'imaginaire qui inscrit d'une part la place de la jouissance phallique mais laisse d'autre part la place à la manifestation de la femme comme Autre absolu, reste du registre phallique. Freud avait déjà corrélé le pulsionnel à la féminité. La mascarade serait alors une esquive propre à la femme face à l'Autre jouissance. Ce n'est pas une pathologie mais la présentation d'un semblant dont le sujet ne doit pas être dupe. Ce n'est pas un "je n'en veux rien savoir." C'est une expression de la division subjective de la position féminine. Joan Rivière va jusqu'à ne pas faire de distinction entre féminité et mascarade.
2° Anna Freud et l'impasse du masochisme féminin:
S'il ne parle pas du texte de sa fille, c'est qu'indirectement elle est peut-être au centre du débat. Le concept de masochisme féminin est introduit par Freud dans deux articles qui correspondent, dans leurs dates, aux deux tranches d'analyse d'Anna Freud avec son père: de 1918 à 1922 pour la première ("On bat un enfant" 1919) et 1924 à 1926 pour la seconde (1924, "Le problème économique du masochisme").Un des cas de l'article de 1919 serait celui d'Anna. D'autre part "les belles histoires" dont parle Anna Freud dans son texte et qu'elle nomme "courant tendre sublimé", par rapport au courant sensuel du fantasme lui-même, sont les siennes. On peut souligner, avec Marie Christine Hamon, que le texte d'Anna Freud et le thème du masochisme se trouve comme "un fil discret à travers les cas de femme analysés par des femmes analystes" de toute cette période. L'identification au père passe par le masochisme. C'est la phase inconsciente du fantasme: je suis battue par le père. Être battu c'est être aimé.
Mais si Freud ne parle pas du masochisme et surtout pas du masochisme féminin, c'est qu'au-delà de l'implication de sa fille, ce concept est d'un emploi fourre tout où peut se confondre position d'objet, passivité, féminisation, féminité et hystérie. Il suffit de rappeler que lorsque Freud parle de masochisme féminin il l'illustre par des hommes, dans une féminisation par rapport au père. Si la position d'objet pour une femme passe par le consentement à être désiré, à être objet cause du désir, elle n'équivaut pas à l'assujettissement à l'Autre du masochisme. Les post-freudiens vont pourtant avoir recours à ce concept de masochisme féminin pour rendre compte de l'excès de privation où conduit l'amour chez les femmes, au -delà du principe de plaisir. Pour n'avoir pas parlé du masochisme féminin, et du texte de sa fille, Freud permet de ne pas renforcer le préjugé d'une essence de la femme que le terme de destin souvent évoqué par H. Deutsch dans son texte de 1930 sur "Le masochisme féminin" risque d'accréditer. Pour H. Deutch, il n'est pas question de la castration du père ni du désir de l'Autre mais seulement de la castration de la fille. Elle s'attarde par conséquent sur l'équivalence castration-viol-accouchement de la triade masochiste en reprenant la triade de Freud dans le "Problème économique du masochisme": être châtré, subir le coït, accoucher. À rester dans la phénoménologie de l'organe pénien elle est automatiquement entraînée dans le contexte imaginaire du sadisme de l'organe masculin, fantasme d'être violé équivalent à être aimé par le père. En fait ce fantasme dépasse les structures cliniques et les différences sexuelles. Le masochisme est plutôt comme tout fantasme à corréler au non-rapport sexuel comme le montrera Lacan. Mais il est vrai que lorsque la mesure phallique est rompue, l'amour féminin peut prendre l'aspect d'un "potlatch amoureux," comme le désigne pertinemment E. Laurent: tout donner pour être tout afin de s'assurer d'une place dans le fantasme de l'homme.

La querelle du phallus vue de l'I. P. A.

Comme on le sait en psychanalyse, ce qui n'est pas réglé en son temps vient hanté immanquablement le présent. Cette querelle du phallus est dans les textes de ceux qui n'ont pas suivi Lacan. Les oppositions dans le champ analytique ne sont pas des querelles de chapelles. Soutenir une position contraire, c'est accréditer un syncrétisme de bon aloi qui débouche sur le scepticisme qui gomme le réel en jeu dans la cure. Cette position sceptique rejoint le sentiment du désenchantement du monde contemporain qui laisse place à l'éclectisme préservant le narcissisme des personnes. L'actualité est plutôt dans le dialogue entre Horacio Etchegoyen, président de l'I.P.A. et Jacques-Alain Miller, président de l'A.M.P.., sous le titre " Silence brisé, Entretien sur le mouvement psychanalytique". À trop souvent se fixer, ces derniers temps, sur le Lacan contre Lacan, on avait tendance à oublier aussi le Lacan contre l'IPA des années 50- 60.
Profitons donc de ce silence brisé entre l'I.P.A. et Lacan, pour entendre les débats bruyants qui sont encore en acte dans le présent des publications. Je voudrais en donner une idée par la lecture de deux livres de membre de la S.P.P., André Green et Joyce Mc Dougall.
1° Joyce Mc Dougall, "Éros aux mille et un visage".
Elle est d'origine néo-zélandaise et exerce en France. Elle est membre de la S.P.P. Elle participe activement aux débats sur la psychanalyse en Angleterre et aux E.U.
a) voyage et structure.
Son maître mot, pour parler de la cure, c'est "voyage psychanalytique". Cette métaphore souligne la disponibilité à la surprise que l'arrogance de notre terme de structure aurait tendance à masquer. Comme si la structure produisait des Monsieur je sais tout d'avance. De quoi est-elle alors surprise, elle qui voyage en fait avec l'agence Mélanie Klein? De son contre-transfert soit de ce qui, chez l'analyste, fait obstacle à l'avancée de la cure. Prenons ainsi son voyage dans la sexualité féminine.
b) l'homosexualité primaire.
Le livre commence bien. "La sexualité humaine dans ses origines mêmes est essentiellement traumatisante." L'aspect général du traumatisme résiderait dans la nécessité de devoir renoncer à une bisexualité (posséder sexuellement la personne du même sexe et être le parent du sexe opposé) pour la monosexualité. Qu'en est-il de la sexualité féminine? Elle reconnaît à la suite de Freud, les deux axes du changement d'objet et d'organe, mais veut souligner l'importance de la libido homosexuelle primaire. En bonne kleinienne, elle met l'accent sur les fantasmes archaïques, prégénitaux, oraux et anaux de la scène primitive. Mais dans un moment d'inertie de la cure, elle découvre l'importance du lien érotique d'une patiente à sa mère. Elle prend, à cette occasion, conscience de son contre transfert c’est-à-dire qu'elle s'était laissée piéger par les thèmes d'agressivité à l'égard de la mère sans saisir que le lien érotique à la mère était plus profond. Ce contre-transfert s'actualise dans un rêve où elle prend conscience qu'elle n'avait pas réalisé sa propre homosexualité primaire dans sa cure. En somme elle avance dans sa propre cure grâce à certains de ses analysants. Sans doute est-ce une manière très particulière de témoigner de la destitution du sujet supposer savoir. Mais ce qui surprend le plus c'est qu'elle est prise dans les débats des années 20-30 sans le réaliser, puisqu'elle tombe sous les critiques de Freud qui rappelle à Lampl de Groot, qui accentue l'amour pour la mère, la part de haine et à H. Deutch qui souligne la part de haine l'amour érotique pour la mère. Ce qui surprend donc dans son voyage analytique c'est qu'elle ne va pas plus loin que Freud lui-même qui était déjà surpris en 1933, soit 56 ans avant elle, de l'importance du lien d'une fille à sa mère. ( M. Klein et sa fille Melitta Schmideberg peuvent largement l'illustrer.) Elle contribue en fait à l'illustration de la clinique du lien primaire ravageur avec la mère. Elle y parvient d'autant plus qu'elle rend encore plus étouffant ce lien par cette conception kleinienne du fantasme qui, en dramatisant les éléments imaginaires (dévoration, destruction) du fantasme, entretient la fascination pour cette jouissance délétère au lieu de dégager, par un acte plus radical, comme le fait Lacan, dès 58, dans la Direction de la cure, l'aspect machiniste et metteur en scène du sujet dans son propre fantasme. Il est vrai qu'elle rappelle à sa patiente qu'elle est l'auteur de ses fantasmes, et de son théâtre interne. Mais parler de voyage analytique en 1996 ne constitue pas une véritable avancée sur le continent noir.
b) Le repérage de la jouissance.
Comment se repère-t-elle alors dans la cure? Nous dirions qu'elle va directement à la jouissance qu'elle met en rapport avec des comportements addictifs. En somme, tout homme doit être "accro" à quelque chose! Ce rapport entre sexualité et comportement addictive tranche avec son usage kleinien du fantasme. En effet ici le sens laisse place au réel d'une jouissance. C'est en effet là qu'elle est la plus proche du symptôme rapporté au réel puisqu'elle parle du symptôme comme d'une "survie psychique" c’est-à-dire une invention qui a permis de tenir le coup face au traumatisme. Cette position à l'endroit du symptôme pourrait trouver des échos dans notre thématisation de l'identification au symptôme en fin de cure.
c) la doctrine du phallus.
À la fin de son livre, elle souligne ce fait que les divergences doctrinales produisent pourtant des cures où des gens partent soulagés d’un certain nombre de symptômes qui les encombraient. D'où, à quoi servent ces querelles de chapelles? En somme la théorie ne servirait à rien, tout serait dans la pratique. En fait, elle nous montre plutôt qu'elle est embarrassée par une théorisation du phallus et une doctrine engluée dans l'imaginaire. L'oralité comme toujours occupe massivement le tableau. Le pénis est réduit au sein, le vagin à la bouche. On est complètement dans les textes des années 30. Au-delà du manichéisme du bon et du mauvais, c'est surtout l'absence de la place des catégories du manque qui surprend et donc de la place du phallus comme signifiant du manque. Mais la lecture de son livre s'éclaire brusquement quand elle se sent obligée d'introduire la différence entre le phallus et le pénis. Elle fait du phallus le symbole de la fertilité, voir du pouvoir de fécondité pour les deux sexes. Le symbole est l'objet coupé en deux dont chacun aurait une partie. C'est le pénis en érection d'un côté et l'excitation vaginale de l'autre. La réunion de chaque élément assurerait la rencontre complémentaire des partenaires où les fantasmes de chacun semblent mystérieusement se communiquer. À nouveau le fantasme fait bouchon et écrase le manque propre à la castration comme point d'où peut se repérer le réel de la pulsion qui permet de nouer les choses autrement. Nous sommes dans une théorie du phallus- symbole.
II André Green. Les chaînes d'Éros. Actualité du sexuel
Avec André Green, peut être futur président de l'I.P.A., le silence est-il brisé? Il semble l'être puisque son livre fait de très fréquentes références à Lacan. Il rappelle qu'il fut son élève mais rappelle aussi ce qui fait qu'il s'est éloigné de lui. Allons directement aux reproches.
a) l'oublie de la pulsion et du réel pour le signifiant.
Il critique le Lacan "tout signifiant" qui avait oublié la pulsion freudienne réduite au signifiant. C'est en fait la lecture que fait J.A.Miller. En accentuant, dans un premier temps, l'imaginaire et le symbolique Lacan met en effet de côté le réel. En somme Lacan ne dit pas tout tout de suite: à croire que c'était ce que Green espérait de Lacan au moment où il le suivait. Mais pourquoi ne reconnaît-il pas le Lacan des années 7O? Quand il fait de son titre une métaphore qui lui semble originale, les chaînes d'Éros, pour parler de la sexualité, il n'a pas un mot pour la théorie des noeuds qui dès 1972 avance dans cette perspective.
b) le temps des séances.
C'est le temps qui fait donc problème. Ce qui nous amène donc logiquement à la question du temps de la séance qui est le point autour duquel s'est focalisée la scission puis l'excommunication de Lacan de l'IPA. Lacan n'était pas dans le standards des 3 ou 4 séances de 45 minutes. Ce qui est éclairant sur ce point c'est le rapport implicite qu'il fait entre la séance et la jouissance. Lacan apparaît comme celui qui dans la cure met en valeur la place de la jouissance. Et curieusement pour lui, c'est une critique puisqu'il pense qu'il vaudrait mieux prendre plus de temps pour parler de cette jouissance. Lacan est alors un praticien pervers puisqu'il renforce la jouissance masochiste ou sadique. Green rappelle que, pour Lacan, le surmoi prescrit la jouissance à laquelle le partenaire répond par un "j'ouis" d'obéissance fasciné. "Nul n'a mieux souligné les joies de la servitude volontaire que l'auteur de "Kant avec Sade". Nul n'a mieux illustré dans sa vie cette puissance fascinante qu'exerce le maître à provoquer la jouissance masochiste, sinon de l'esclave, du moins de l'élève. Car il l'affirme c'est l'esclave qui jouit. L'élève aussi. Ultime revanche du masochisme: l'analysant jouira des douleurs que lui inflige l'analyste (silence, mépris, rebuffade, extorsion d'argent, interruption intempestive des séances, coup de pied au cul.)" Il faudrait donc plus de temps à l'analysant pour parler de sa jouissance. Il faudrait s'attarder dans l'aliénation. Green ne peut penser ni la séparation ni l'analyste en place d'objet. Ou plutôt s'il peut penser l'analyste en place d'objet ce n'est pas en place de semblant. On a du mal à penser que celui qui a théorisé l'analyste comme celui qu'on laisse tomber, comme une merde à l'occasion, celui qui a parlé de la destitution du sujet supposé savoir puisse être le même que l'agent sadique sur lequel Green se fascine. Lacan "ne propose guère d'ouverture, je veux dire la pénétration et l'élucidation d'un point de vue psychanalytique" C'est ce point du masochisme qui est pour lui en effet le point de butée et il ne voit pas dans la résolution du fantasme la part de l'acte de l'analyste.
En somme il n'y a pas de théorie de l'acte puisqu'il n'y a pas de la place pour la discontinuité, la béance dans l'inconscient. On comprend pourquoi puisque, d'une manière saisissante, il reprend la thèse du phallus comme signifiant mais sans voir le rapport de cette thèse implique avec le temps de la séance. On comprend alors qu'il s'oppose à la mise en avant par Lacan du manque et de ses modalités. Il fait d'ailleurs porter sa critique sur la " castration comme référence philosophique pour fonder une anthropologie du signifiant comme agissant de façon séparée de la signification, qui dépasse les contradictions de celle-ci." La place du manque perd pour lui sa pertinence car elle est trop globalisante et conduit à une dérive esthétisante qui culmine dans la jouissance du dire. On voit bien qu'il est, lui aussi, pour le statut d'un phallus-symbole et pas pour un phallus signifiant du manque. Cette question du temps de la séance, réduit au sadisme frustrant de l'analyste, date de la scission de 1953. Les aiguilles se sont arrêtées, on ne se querelle plus à l'I.P.A.

La querelle sur le statut du phallus est donc bien un des points cruciaux du champ freudien. C'est autour d'elle que se décident les déviations de la pratique et que se distribuent non pas les querelles d'écoles mais bien les scissions qui marquent des repères dans la logique de la cure ordonnée par le réel en jeu dans l'inconscient. C'est donc effectivement à partir de la sexualité féminine et des années 1920 que les perspectives du champ freudien se réordonnent. On peut alors apprécier la suite que Lacan saura donner à ce débat en passant de la sexualité à la sexuation comme seule issue logique aux impasses de l'imaginaire du sexe.

Le réalisme de la structure

Il faut, pour conclure, revenir sur cette formulation de Lacan: la " querelle du phallus" non pas cette fois ci pour parler du statut du phallus mais pour trancher sur l'orientation de Lacan dans cette querelle. Bien sûr la question de Lacan n'est pas celle des universaux, mais elle porte sur les rapports du langage et du réel. En somme Lacan est-il nominaliste ou réaliste? Lacan est pour un "réalisme logique." et il ajoute à ce propos que c'est "à entendre médiévalement." Il n'y a donc aucun doute sur l'expression querelle qui rejoint bien le problème philosophique du moyen age. Mais ce qui peut embarrasser, c'est la suite de la citation de Lacan. Ce réalisme logique est "si impliqué dans la science qu'elle omet de le relever." Faut-il entendre que la science doit ici servir de modèle ? Cette querelle se déplacerait alors jusque dans l'épistémologie actuelle. C'est ce que la dernière partie de la citation ajoute. " Cinq cents ans de nominalisme s'interpréteraient comme résistance et seraient dissipés si les conditions politiques ne rassemblaient encore ceux qui ne survivent qu'à professer que le signe n'est que représentation.." Nous sommes donc avec ces propos au centre d'un débat complexe qui engage la psychanalyse et la science. Et la question est de savoir si la psychanalyse doit trouver son chemin du côté de la science. La logique impliquerait une orientation des réflexions sur le langage vers la démonstration, la certitude, le possible, l'impossible. Le réel de la science "parle" en langage mathématique: " le réel du nombre s'enracinant dans le langage." En psychanalyse le statut du langage n'est pas aussi assuré comme on l'a vu. Le phallus est soit un symbole soit un signifiant. Lacan, avec sa thèse de l'inconscient structuré comme un langage, ne met pas d'emblée un accent aussi évident sur la logique. C'est lorsqu'il déplace les formulations de Freud sur le fantasme, "grammaire du fantasme", et qu'il parle de "logique du fantasme" qu'il décide d'une orientation. On a vu qu'au contraire, J. Mc Dougall ou A. Green prenaient une position éloignée de la logique et même d'un quelconque réalisme puisqu'ils ne s'intéressaient pas au statut du langage d'une manière générale. Or ce "réalisme de la structure" comme le rappelle J. A Miller est une position absolument centrale chez Lacan. Mais si c'est avec le langage que la psychanalyse tente de modifier le réel, n'a t elle pas alors rapport avec la magie quand ce n'est pas la science qui la guide? Comment accorder ce réalisme avec l'élucubration de savoir? J.A.Miller travaille cette question depuis le départ de son enseignement. Il montre dans un premier temps qu'il faut poser un réalisme qui se conjugue avec le créationisme. Si le réalisme du "déjà là" est celui du langage, le réalisme logique ne peut être qu'après coup, c’est-à-dire que c'est un réalisme modifié par la temporalité qu'introduit le signifiant qui, en passant dans le réel, produit un avant et un après. C'est un "déjà là mais après coup",   Mais cette clarification ne nous permet pas encore de distinguer le réel de la science de celui de la psychanalyse. C'est en avançant récemment la distinction entre deux réels, celui de la science et celui de la psychanalyse que J.A.Miller permet de nous orienter plus facilement dans cette question du réalisme de la structure. Le réel de la psychanalyse est celui de l'inconscient. Néanmoins, si dans les deux cas, on accède au réel par l'impossible dans le cas de la psychanalyse c'est un impossible qui n'est pas corrélé au nécessaire mais au contingent. C'est là que la question du symptôme, dans sa singularité pour chaque sujet, se pose dans toute son actualité. En effet, "le réel est l'os du symptôme" dans la mesure où le symptôme est la réponse pour chacun de sa rencontre au non-rapport sexuel. Nous sommes alors au-delà des limites de ce travail.

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